Quand le Monde cessera-t-il ses à peu près en matière religieuse?

Publié le par Le chafouin

Le problème n'est pas spécifique au Monde. De manière globale, si l'on excepte bien sûr La Croix, les médias racontent à peu près n'importe quoi sur les religions. Pourquoi? Parce qu'ils ne les connaissent pas et qu'il n'existe (presque) plus de journalistes spécialisés en la matière.

Au Monde, il y a Henri Tincq. Il est même spécialiste de la religion catholique. Ou même, encore, spécialiste dans le dézinguage systématique de tout ce qui, au sein de l'Eglise, est un peu trop proche du Vatican. Patrice de Plunkett parle régulièrement de ses approximations.

Aujourd'hui, on sera (ou pas) surpris de lire dans le célèbre quotidien du soir, sous la plume de Stéphanie le Bars (remplaçante temporaire à la rubrique?), un très bel article intitulé "Benoît XVI célèbre une messe empruntant au rite ancien".

Le résultat est très joli. On avait déjà démontré qu'en matière de rite et surtout quand il s'agit de latin, comme on l'avait vu en ce qui concerne le Motu Proprio, les médias s'embrouillent, s'emmêlent, pataugent complètementIci, cette journaliste nous explique ceci : "Célébrant la messe dominicale dans la chapelle Sixtine, à Rome, dimanche 13 janvier, le pape Benoît XVI a utilisé un autel ancien placé contre le mur, tournant à plusieurs reprises le dos aux fidèles, selon un rite qui n'avait plus été observé en public par un pape depuis le concile Vatican II (1962-1965)."

Tournant à plusieurs reprises? Dans la messe St Pie V, si c'est celle dont parle notre béotienne, on tourne le dos aux fidèles, mais pas seulement à plusieurs reprises.

Il y a mieux : plus loin, Le Monde indique que cette messe a été célébrée "en italien". Les messes St Pie V se déroulent en latin, si je ne m'abuse. Voilà pour les imprécisions. L'auteur parle d'un événement auquel elle n'a pas assisté, à partir de dépêches d'agence vaguement compilées. Erreur!

D'ailleurs, il suffit d'aller jeter un coup d'oeil chez Zénith pour lire la réponse du Vatican à ce sujet :

 

"Le pape a célébré l'Eucharistie à l'ancien autel situé au-dessous du Jugement universel, au lieu de faire installer au centre, sur une estrade, un autel supplémentaire, « pour ne pas altérer la beauté et l'harmonie de ce joyau architectural », explique une note vaticane.

Le pape s'est ainsi parfois retrouvé « le dos aux fidèles et le regard tourné vers la Croix, orientant ainsi l'attitude et la disposition de toute l'assemblée », tout en utilisant le Missel ordinaire, et non celui qui précède le Concile Vatican II."


Mais ça, les lecteurs du Monde n'auront pas le droit de le savoir!

Finalement, il n'est pas compliqué d'aboutir à la conclusion que cet article a un seul but : décribiliser le pape, et tenter de faire croire (comme Le Monde le fait depuis des mois et des mois) que le Vatican a basculé du côté de l'intégrisme, qu'il s'est allié aux Lefévristes. C'est un article à charge, sans aucun recul. Car côté commentaires fielleux, la journaliste n'est pas en reste. C'est drôle, parce qu'on croyait se rappeler qu'en école de journalisme, on apprenait à scrupuleusement séparer les faits des commentaires. Stéphanie le Bars, elle, adore confier son opinion dans ses articles. Celui-ci débute ainsi : "Faut-il y voir un nouveau signe adressé à la frange la plus conservatrice de l'Eglise catholique ? " Le ton est donné, ça y est, Benoît XVI est avant tout procès jugé coupable de conservatisme, l'horreur! Vous rendez-vous compte?

Plus loin : "Quelques mois plus tôt, en mars, le pape avait affiché des positions particulièrement conservatrices sur la vie et les rites de l'Eglise. Il y rappelait le caractère obligatoire du célibat des prêtres et l'interdiction de sacrements faite aux divorcés remariés". Des thèmes absolument pas conservateurs : tous les papes ont toujours, à toutes les époques, parlé du mariage comme un sacrement indissoluble. Quant au célibat des prêtres, on pourrait en parler des heures, mais on aimerait que ceux qui ne sont pas concernés par cette question (c'est-à-dire tous ceux qui ne sont pas catholiques) arrêtent d'exiger de l'Eglise qu'elle modifie une règle qui ne les concerne pas, ni de près, ni de loin.

On aimerait bien que Stéphanie le Bars publie un rectificatif après cet article partial, et surtout mensonger. On va demander. Mais on ne se fait pas trop d'illusions!

EDIT. - Ah, une petite précision sur les différences entre rites prétendument "ancien" et "nouveau". Je trouve cet extrait du site Eucharistie Miséricordieuse tout à fait éclairant sur ce point :

Le terme « ancien », évoque ici, bien sûr, la messe dite “de saint Pie V”. C'est-à-dire le rite “d’avant”, d’autrefois, celui qui est censé ne plus exister. Il aura échappé à Dame Chroniqueuse que le motu proprio de juillet 2007 – qu’elle évoque pourtant dans son papier – indique explicitement que s’il existe deux formes d’expression rituelle, l’une ordinaire, selon l’ordre de 1969, que l’on appelait jusque-là la “messe de Paul VI” ; l’autre extraordinaire, selon l’ordo de 1962, que l’on appelle désormais la “messe du bienheureux Jean XXIII”, il n’existe qu’un seul rite romain. Comme elle semble l’ignorer, cette dernière forme liturgique est celle qui a été suivie pratiquement pendant tout le concile Vatican II.

Or les deux formes liturgiques évoquées ont droit de cité dans l’Eglise, même si nombre de clercs ne s’en sont toujours pas rendu compte, ou ne s’y sont pas encore résignés. En sorte que ces deux formes liturgiques d’un seul et unique rite romain sont toutes deux actuelles. La dialectique entre un rite ancien et un rite nouveau n’est donc plus de mise, à la fois pour qui suit un peu l’actualité et pour qui sait lire un texte comme le motu proprio évoqué plus haut.

En tant que catholique, je me moque de ces histoires de rite... C'est du détail selon moi. Je pense que Dieu se moque d'être honoré en français, en italien ou en grec. Dans le même temps, je respecte ceux qui sont attachés à d'autres formes de prière. Que les médias et les incroyants, que ne cessent de se croire les plus tolérants du monde, viennent se mêler de cette soupe interne me laisse sans voix, surtout si c'est pour raconter des blablas!

Publié dans Religion

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le chafouin 16/01/2008 15:45

Je pense que ça peut aussi parler à des tas de gens qui se méfient du libéralisme tout en le trouvant bon à la base, ou qui trouvent les idéaux marxistes sympathiques tout en s'inquiétant de ses dérives... Le bon sens, justement, ne s'adresse pas qu'aux catholiques!

oscar 16/01/2008 15:39

En fait, le libéralisme est un système fondé sur les lois du marché. Le marxisme est un système fondé sur la lutte des classes. Mais la dse n'est pas un système du tout. Ou alors, il est fondé sur l'homme, l'homme image de Dieu, ce qui me paraît un bon départ. Et c'est pour cela peut-être que cela te semble du bon sens. Cela parle tout de suite à une mentalité un peu imprégnée de catholicisme. Parce qu'on y retrouve tout ce qu'on a lh'abitude de retrouver par ailleurs. C'est rassurant.

le chafouin 16/01/2008 15:24

C'est vrai que la destination universelle des biens, c'est énorme comme truc! Au fond, la DSE c'est un peu du bon sens quand même.

oscar 16/01/2008 15:10

Pas préexistante ! Mais en fait, la dse est fatite putôt de principes, de grandes idées et de conseils généraux. Ces principes, fondés sur l'homme image de Dieu, sont suggérés dans la Genèse. Je ne pense pas qu'on dise que la dse puise ds le libéralisme. Mais de fait, ce qu'elle recommande se retrouve plus dans le libéralisme. Mais la destination universelle des biens, par exemple, semblerait plutot marxiste.

le chafouin 16/01/2008 14:19

@OscarLa DSE, préexistante dans le Genèse? Oui, à partir du moment où le temps n'existe pas pour Dieu, on peut tout dire! Ce que je voulais signifier, c'est que la DSE me paraît d'avantage puiser dans le libéralisme que dans le marxisme. L'Eglise dénonce les maux engendrés par le capitalisme, pas du libéralisme si je ne m'abuse? Dis moi si je me trompe.