En novlangue, une gifle est une violence aggravée sur mineur

Publié le par Le chafouin

Un professeur de technologie du collège de Berlaimont, près de Maubeuge, devra répondre de violence aggravée sur mineur devant le tribunal correctionnel, après avoir giflé lundi un élève de 6e qui l'avait traité de "connard". Le père du garçon a porté plainte : le prof a été arrêté et il a fait vingt-quatre heures de garde à vue.

Officiellement, le rectorat se passe de commentaire, et souffle juste qu'«on ne peut pas accepter qu'un professeur gifle un enfant quelles que soient les circonstances».

Officeusement, l'inspecteur d'académie ne mâche pas ses mots au sujet de ce renvoi devant la justice. Son interview est édifiante : si "l'autorité peut s'imposer autrement que par des coups"., si le geste de ce professeur est "inacceptable", que les enseignants doivent avoir un "respect absolue pour l'intégrité physique de leurs élèves", on ne peut "pas le blamer de cette perte de sang froid car certains élèves poussent les professeurs à bout". Michel Soussan confie qu'"il ne se passe pas une journée sans qu'il y ait des situations de violences, des faits similaires, ce cas n'est pas isolé, le métier d'enseignant est de plus en plus difficile", et conclut que la garde à vue est pour lui une réponse clairement "disproportionnée" dans ce genre de cas. La justice doit avoir le "discernement qui s'impose" pour que les enseignants ne souffrent pas d'une "double-peine".

Que dire de plus? Ah si. Le père de l'élève ayant reçu la gifle est gendarme. Faudra pas s'étonner que les soixante-huitards s'en amusent, hein... Faudra surtout pas s'étonner si dans les semaines qui viennent, d'autres élèves traitent leurs professeurs de "connards". Que pourront-ils répondre?

EDIT : Il me semble important, par souci d'objectivité, d'apporter quelques développements supplémentaires sur cette affaire.

- La gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais, tout d'abord, a diffusé les précisions suivantes afin de défendre le père de l'enfant ayant reçu la gifle : " Le gendarme en question a été informé de la situation par le principal du collège et s’est donc déplacé à sa demande ; il était à ce moment-là en service ce qui explique son déplacement entenue; afin de ne pas mêler sphères privées et professionnelles, il a décidé de porter plainte auprès du commissariat de police d’AULNOYE AYMERIES district de MAUBEUGE, territorialement compétent. La gendarmerie n’a pas été partie prenante au traitement de la procédure."

- Il semble également que si à cause de la publicité qui a été donnée à cette histoire et à sa conclusion (le professeur perd la face, il est placé en garde à vue et comparaîtra au tribunal), on ne peut faire l'économie d'une réflexion collective et générale sur l'autorité, les faits n'auraient jamais dû faire l'objet d'une telle médiatisation. Un élève a dérapé, un professeur - qui semble moins victime que ce qu'on en a dit initialement - a surenchéri. Tout cela aurait dû être règlé dans le bureau du directeur.

- Et la reflexion qui s'engage doit prendre un point de départ : pourquoi le procureur de la République , saisi de la plainte du père de l'enfant, décide-t-il de renvoyer l'affaire devant le tribunal? Il me semble que des moyens pénaux "doux" existent, et que si infraction il y a, elle aurait pu trouver un autre mode de règlement que l'audience publique. Encore une fois, le ministère public donne le sentiment que l'élève a gagné.

- Ah, une dernière chose. 20 Minutes-Lille est satisfait de porter à la connaissance du public le fait que ce professeur avait un problème d'alcool. Aucun rapport avec les faits. Lisez cet article, c'est un monument de bêtise. Cela montre pourquoi on doit payer son journal plutôt que de se le faire offrir à la sortie du métro.

Publié dans Société

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L
@DominiqueTout part de la réaction très contestable (lire jules de diner's room à ce sujet) du procureur...
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D
Que le rectorat ou l'IA ne puisse pas intervenir pour défendre le prof n'a rien d'étonnant, puisque le père a déposé plainte auprès du procureur de la république.Le premier fusible était le chef d'établissement qui a convoqué le père : un peu trop rapidement peut-être, puisque contacté alors qu'il était en uniforme, il est  venu ainsi au collège. 1°) Il faut espérer que le principal n'a pas incité le père a déposer plainte.Le procureur de la république, saisi, avait tout possibilité de classer la plainte sans suite : il ne l'a pas fait.2°) j'ai vu ce procureur de la république s'eprimer à la télévision et il m'intéresserait de savoir ce qu'un psychologue ou/et un psychiatre  diagnostiquent quant au comportement du dit procureur.
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L
@ErickCe qui m'amuse, plutôt, c'est que des bienpensants comm eMaître Eolas, qui est intouchable dans la soi-disant blogosphère, puisse affirmer que les baffes mènent à une société de violence. On en a jamais aussi peu donné, et la société n'est pas d'un calme olympien... Je ne dirai pas que c'est la plus violente de l'histoire, ce qui serait faux, mais c'est je crois la première fois qu'on a autant de violences gratuites. Pourquoi? Pas de fermeté, ni d'autorité.
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E
"De mon temps" (selon la formule consacrée des vieux,c ...), il arrivait relativement souvent qu' on reçoive une baffe ou un pied au cul en cas d' insolence ou d' indiscipline caractérisées. On ne s' en vantait pas chez nous car on pouvait alors en recevoir une deuxième. Et aprés on faisait gaffe; ou on était viré. C' est vrai que cela se passait il n' y a pas loin de 50 ans. Une autre époque !<br /> On peut critiquer aujourd'hui ce genre de traitement mais ce qui est hallucinant, c' est qu' un gendarme, soit-disant représentant de l' ordre, porte plainte alors que son fils se comporte comme un voyou. J' espère simplement que ça rentrera dans la "note de gueule" qui est prise en compte pour l' avancement.<br /> Ne dit-on pas que l' autorité qui manque à l' école, c' est surtout celle des parents ?
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L
@CriticusSauf que l'empire était un pouvoir personnel@PascalJe ne connais pas du tout le Québec... En revanche si tu te sens d'en faire un... Tu as mon mail en bas de la page!
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