La médiatisation qui se mord la queue

Publié le par Le chafouin

La journée d'hier fut assez amusante, à vrai dire. On a entendu, sur tous nos médias, surgir une belle "polémique" sur la médiatisation des opérations d'arrestations à Villiers-le-Bel. Voir les médias relayer en boucle le message selon lequel les mêmes médias en font trop est vraiment délectable!

Petit aparté pour le lecteur distrait, qui ne s'informe pas : eh oui, cher ami, la police a procédé hier à un vaste coup de filet dans cette petite bourgade qui s'est rendue célèbre, fin novembre, pour ses troubles manifestes à l'ordre public, suite à la mort de deux ados dont la mini-moto était entrée en collision avec une voiture de police. Une trentaine de personnes ont été interpellées dans le cadre de l'enquête sur les violences avec armes (ce qui signifie qu'on a tiré sur les CRS, en somme) perpétrées contre la police au cours de ces soirées agitées. Fin de la parenthèse.

Alors bien sûr, il y avait des nuées de journalistes pour assister à cette opération. Le maire n'est pas content d'avoir été prévenu en dernier. Le pauvre. La gauche, elle, râle. Police-spectacle, dit-elle. Ségolène Royal, qui posa un temps avec ses bébés à la maternité, aurait mieux fait de se taire sur ce coup là. Mais au fond, elle et ses copains n'ont sans doute pas tort, même si leur action semble guidée d'avantage par le souci de se raccrocher aux branches, que par l'intérêt public. La question se pose : agit-on pour la presse, ou pour l'ordre public? SI on avait une une brève venant de l'AFP, évoquant juste les arrestations, y aurait-on perdu au change en terme informatif? Sans doute pas.

En-dehors du fait qu'il est alarmant de voir que la police, dans certains quartiers, est désormais contrainte de s'y mettre à mille pour interpeller trente personnes, ou qu'elle soit obligée de "patrouiller" toute l'après-midi d'après, un peu comme si on était dans la bande de Gaza, l'attitude des médias est intéressante à analyser.

En général, pour ce genre de "coup", les médias sont prévenus la veille. Par qui? Michèle Alliot-Marie est comique lorsqu'elle affirme benoîtement qu'une enquête sera menée afin de déterminer l'origine de la fuite. Alors, le Parisien et France 2, vous la donnez, votre source?

Ils se posent la question, on imagine, lorsqu'ils sont alertés de l'iminence du coup de filet. On y va, là, ou pas? Ils ont un débat, dans la rédaction. Non, quand même, on ne va pas faire le jeu de Sarko, ne manquera pas de dire le plus à gauche de la rédaction. Et puis en plus c'est bientôt les élections municipales! Tout le monde opinera du chef, mais la question suivante mettra tout le monde d'accord : ouais, mais si l'info est demain chez le concurrent, on a l'air de quoi?

La pile de sucre s'effondre comme ça, tout simplement. Tout le monde y va parce que l'autre y va. Les médias français, suivistes? non... Et une fois sur place, les journalistes se rendent compte qu'il y a un problème. Les gens les regardent d'un drôle d'air. Mais qu'est-ce que vous faites là, vous? Ben, on fait notre boulot, ma bonne dame. Les critiques fusent. Les journalistes, comme d'habitude, se marrent entre eux pendant que les flics font leur travail.

Une fois rentrés, ils reprennent leur sérieux. Et pour se donner bonne conscience de leur choix inital pipé par une pseudo-concurrence, ils appellent,à tour de bras les copains du PS pour recueillir leur réaction, alors que tombent peu à peu les premières dépêches d'agence. Les copains du PS s'indignent, la boucle est bouclée...

Le résultat, au final, est grandiose : non seulement on a une belle arrestation, avec de belles images, mais en plus, on a une belle polémique avec un bon vieux affrontemement droite-gauche, et une Michèle Alliot-Marie qui fait des blagues. Et le top, pour la presse : le sentiment d'avoir fait du bon travail, coco, avec le principe du contradictoire et tout et tout!

La schyzophrénie ne s'arrête d'ailleurs pas là : le pompom, c'est de voir en photo, dans nos beaux journaux, ces mêmes journalistes avec leurs micros, leurs appareils photos, leurs caméras! Comme s'il ne s'agissait pas d'eux... Comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre que d'eux-mêmes... Vraiment, le métier de journaliste est compliqué. Une confidence : j'aurais agi exactement de la même façon. Parce que la responsabilité de ce foutoir provient d'un seul endroit : la source qui a fait fuiter l'info.

Publié dans Médias

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L
@LokiDésolé, c'est le sentiment que ça donne... Tu trouves a normal, toi, 1000 flics pour 30 pauvres types? ça veut dire quoi? Que les policiers n'ont pas le choix. ça ressemble à de la guerre civile tout ça.
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L
La comparaison Villiers le Bel / bande de Gaza aurait pu être évitée...
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L
On peut en parler, mais y aller? Quand on sait que cela deviendra le sujet principal?
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T
Le problème est moins de savoir si on en parle que de savoir comment en parler.....
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