Droit au laisser mourir : toujours la même rengaine

Publié le par Le chafouin

Laurent Gloaguen, d'Embruns, se fait le relais du cas d'une personne atteinte d'une tumeur très rare, qui lui déforme le visage, et qui demande à mourir. A partir librement. Sereinement. Un cas très poignant, diffusé sur Soir 3 et restitué avec beaucoup d'humanité par Laurent. Qui en fait cependant l'étendard d'une cause.

La vie de cette dame ne doit pas être rose. Elle ne se sent pas bien... Mais pourquoi devrait-on changer la loi, qui se veut générale, pour un cas particulier, comme cet appel semble implicitement le réclamer? Si ses proches l'aiment, comme ils disent, si son médecin est si sûr que sa "conscience" le pousse à l'aider, pourquoi ne le font-ils pas? Pourquoi n'assument-ils pas? Pourquoi veulent-ils le soutien de la loi, en bref, le beurre et l'argent du beurre? Cette dame refuse de choisir entre l'agonie et le suicide. Veut une "mort accompagnée"... Rappelons que ce cas n'a rien à voir avec celui de Vincent Humbert, déjà sujet à débat : elle n'est pas dans l'impossibilité physique de mettre fin à ses jours.

Au-delà de ce cas terrible, il y a, comme le rappelle Authueil, le risque de généralisation. Je préfère voir les proches de cette dame condamnés après coup, même symboliquement, plutôt que des innocents liquidés à cause d'une loi qui sera forcément générale. C'est en substance ce que dit Authueil :

Légaliser l'euthanasie, c'est faire sauter une digue, et prendre le risque de se retrouver avec des comportements abominables. Imaginez, dans les maisons de retraite, la "toute vieille, qu'en finit plus de vibrer, et qu'on attend qu'elle crève, vu que c'est elle qui a l'oseille", qu'on pousse à "choisir" de partir sereinement. Parce qu'elle gêne, parce que la maison de retraite, ça coute cher et qu'il ne va rien rester en héritage. C'est sordide, mais des situations comme celle-là sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense. Il y a aussi ces malades, qui sont parfois touchés par des passages à vide où la souffrance donne envie d'en finir définitivement, et qui finalement, surmontent la maladie et guérissent. Si l'euthanasie est légale, et même si elle est encadrée strictement, il y aura des dérives.

Je ne veux pas comparer des situations différentes. Mais pendant ce temps, certains souffrent en silence. Avec courage, dignité. Il y a un moment où la médiatisation de sa douleur a des limites. Faire de la douleur un argument de la volonté de mourir, c'est entrer dans un engrenage dont on ne connaît pas les limites...

EDIT : à lire, pour comprendre le risque de généralisation, ce témoignage d'une cancérologue atteinte d'un cancer de la moelle osseuse, et qui clame ceci : "Avant cela, je considérais l'euthanasie comme un droit. Depuis que je suis malade, je suis absolument contre." (merci à Polydamas pour le lien)

Publié dans Société

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le chafouin 21/03/2008 10:31

@ppscouby
 
Merci pour tous ces commentaires qui m'aident à y voir plus clair. Sur ce débat je suis atterré par les précautions verbales qu'il faut employer. Le sens des mots est dévoyé, comme vous le dites si bien... Cela m'inquiète beaucoup pour le regard qu'on va porter aux malades qui ne souhaitent pas mourir... On va se dire "quelle irresponsabilité!". C'est d'ailleurs ce qu'on répond aux mères qui ne souaitent pas forcément avorter d'un enfant handicapé, trisomique, ou simplement différent des autres...

ppscouby 21/03/2008 10:22

je suis en train de lire un article "arrêt de vie, fin de vie, euthanasie : enjeux éthiques du débat " du 13 mars 2007 et trouve écrite de manière plus clair ce à quoi je pensais, je cite : 
"Dr Anne Laure Boch
La norme me paraît redoutable, s'agissant de la mort. Que signifie un "droit à mourir dans la dignité ?" N'est on digne que lorsque l'on meurt debout, en pleine possession de ses moyens physiologiques ? Les centaines de milliers de personnes qui meurent dans in lit d'hôpital doivent elles se sentir indignes ? Ne nous propose t 'on finalement pas une pseudo dignité avec l'euthanasie ? a mon sens, cette dernière confine même à une anti dignité " 

ppscouby 21/03/2008 09:29

Le hold up du terme dignité à fonctionné.
 Bravo l'ADMD...
Ce matin, en chemin j'écoute france info, le débat (qui n'en était pas un puisuqe les 2 étaient d'accord) entre laurent joffrin (mas ce n'était pas lui...) et une autre dame. Le premier nous parle des 3 questions  concernant la fin de vie : l'euthanasie passive (qui est un contre sens en soi), l'euthanasie active (qui se pratique en hollande et en belgique) et...........le droit de mourir dans la dignité.
Et voilà comment en scandant sans cesse un slogan (travailler plus pour gagner plus par exemple) on donne une conotation positive auprès du grand public en ne parlant plus de suicide assisté (ce qui a toujours été le combat de l'ADMD comme le dira marie Humbert dans un article du parisien ou elle dira avoir pris ses distances avec cette association).
 Etrange époque ou être digne sera de boire au goulot de la cigue pour fuir toute angoisse ... Mon expérience de gériatie me fait dire que nous allons vite régler les problèmes de structures et de lits car l'indignité de notre société à l'égards de nos anciens y est flagrante.
Etrange époque ou l'on se permet en masse de revendiquer un droit au suicide assisté alors que cette même masse ne dit rien sur la question des franchises médicales... Et pourtant dans ces deux histoires j'ai la nette impression que l'on procède de la même rhétorique.
Donnons des moyens pour prendre soin correctement avant de légiférer sur l'exception qui n'en sera plus une avec le temps (j'en discutais avec une élève aide soignante qui était horrifiée de constater que certaines femmes utilisaient l'IVG comme moyen de contraception)

le chafouin 20/03/2008 13:40

@ppscoubyVous sous-entendez que le fait que tout le monde parle d'eux les a aidé à affronter la peur du dernier moment? Possible, possible...

ppscouby 20/03/2008 13:09

autres réflexions suite au décès de Madame Sébire. EN dehors de la question de la douleur physique, je m'interroge sur la simple douleur psychique de celui qui va partir, du néant qui va l'emporter et la peur alors de ne plus exister du tout autrement : cad dans les consciences/les souvenirs de ceux qui restent.Cela n'a t'il pas été pour cette dame l'assurance d'une certaine immortalité ? On en parle aujourd'hui en prime time, en gros caractère sur les journaux. Et demain une loi Humbert/sébire pourquoi pas. La médiatisation comme moyen de lutte contre l'angoisse du néant.