Le MoDem, un "opportunisme électoral éhonté"?

Publié le par Le chafouin

Concernant le MoDem, voici l'un des commentaires les plus lucide que j'ai jamais lu, et qui provient d'un communiqué de presse du PCF Lillois, qui fait partie de la liste d'union de la gauche autour de Martine Aubry :

"Faut-il rappeler que le MoDem est issu de l'UDF qui a voté au niveau national la plupart des réformes antisociales depuis 2002, et siégeait encore récemment au conseil municipal de Lille dans le même groupe que l'UMP? Que cette formation politique se garde d'annoncer la couleur à ses électeurs en taisant ses projets d'alliance pour le deuxième tour ne relève pas d'une prétendue maturité politique mais d'un opportunisme électoraliste éhonté."

Que dire de plus? Tout y est. Il y a un grand écart permanent entre les grands discours de Bayrou ou de Sarnez, qui consistent à nous faire croire que la gauche et la droite, c'est fini, que la morale politique arrive enfin, et qu'il faut dépasser les clivages pour découvrir la pureté et entrer dans la gloire de l'être suprême, et la réalité. La réalité, c'est celle d'alliances purement locales, en fonction de "qui est le plus fort". Vive Rebsamen à Dijon, vive Juppé à Bordeaux. Ne parlons pas de Lyon ou Marseille, où il y a du MoDem dans toutes les listes.

La réalité, c'est aussi celle d'un changement pur et simple de stratégie, mais il s'agit bien de stratégie, pas de bien commun ni d'intérêt de la France : comme ça ne paie pas à droite, la direction national penche à gauche, où il y a de l'espace à mordre. Même Delanoë déplore que le MoDem parisien fasse preuve "d'un peu trop d'habileté tactique et de contradiction". Ce qui n'empêchera sans doute pas le pacte. Il y a une mairie en jeu, zut!

Bon, ça ne veut pas dire pour autant que le PCF illois a gagné ses galons de fin analyste politique. Car nos amis communistes oublient qu'à seulement quelques kilomètres de là, à Roubaix, le même PCF est sur la liste d'union PS-MoDem... Elle est pas belle, la vie?

Publié dans Politique

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le chafouin 07/03/2008 20:06

@clémentJ'ai déjà eu l'occasion ici de fustiger le manque de proportionnelle, l'hypocrisie représentée par l'ouverture... On est d'accord là dessus.Ce qui est écrit sur un blog est un tout, je comprends que vous n'ayiez pu tout lire, mais je ne peux à chaque article réexpliquer, nuancer, et indiquer que bien sûr, le moDem n'est pas seul en cause. ça me paraît tout à fait censé...L'idée du point d'interrogation à la fin du titre de l'article était aussi une façon de faire une petite "pirouette" sur l'origine de l'attaque : le PCF. Nos arguments se rejoignent, puisque ça m'amusait à vrai dire follement de lire cette prose dans la bouche d'un parti qui à dix kilomètres de là fait campagne commune avec les orangistes.Pour moi, les stratégies ne sont pas forcément mauvaises en soi puisque si on défend une certaine conception de la ociété et de la politique, c'est normal de souhaiter la voir appliquée, et donc d'être au pouvoir. Mais le MoDem va trop loin car il a fait son beurre de cett eespèce de pureté idéologique. Personne n'est dupe, mais je suis très déçu. je pense que ces mensonges ne font que le lit des extrêmes...

clément 07/03/2008 19:53

Cher chafouin,mon propos n'est assurément pas de vous faire un procès d'intention ni de renvoyer la balle à droite. Au contraire, je la renvoie dans le camp de tous les partis, sans exception. Simplement, soyons lucide, quand on me parle d'opportunisme politique, je pense, comme vous, au Modem mais aussi tout autant à la soi-disant politique d'ouverture au plan local de l'UMP (au plan national, il en va différemment à mon sens) qui n'est qu'un écran de fumée et qui n'est en réalité qu'une stratégie purement électoraliste (qui consiste précisément à se ranger derrière le vainqueur dès qu'on le peut) et malheureusement souvent très éloignée de l'idée intérêt général (sans parler de Neuilly...) ;  je pense aussi aux stratégies d'alliances du PS avec l'extrême gauche qui sont elles aussi électoralistes et non pas fondées sur la renaissance de l'idée de gauche plurielle.A la décharge toutefois du Modem, je constate que du fait du mode de scrutin aux législatives et de l'absence totale de représentation proportionnelle (au moins d'une dose de proportionnelle! A cet égard que dire des raisons qui ont poussé la droite à repousser cette réforme : en matière d'opportunisme politique, voilà un bel exemple), ce parti n'a aujourd'hui d'autres choix que d'agir de la sorte. Je le regrette comme vous car on s'éloigne certainement de l'intérêt immédiat électeurs. Reste que c'est la conséquence d'une anomalie démocratique assez grave et que si l'on est attaché au pluralisme (et non pas à l'avenir de tel ou tel parti...), on se doit de le reconnaître. Pour autant, ce n'est pas parce qu'une stratégie d'alliance est incontournable dans le contexte actuel, qu'il n'y a pas des excès qui font grincer des dents pour ne pas dire plus. Il n'est d'ailleurs pas certain que Paris en soit le meilleur exemple car il y aurait des choses à dire sur la stratégie de poker menteur de Delanoë ou même sur la tectonique des candidatures à l'UMP. En bref, je suis prêt à condamner comme vous, un "certain" opportunisme du Modem (celui qui dépasse la stratégie compréhensible d'ancrage dans le contexte du système de scrutin actuel aux législatives) mais je ne vois pas absolument pas en quoi il diffère de celui que l'on constate tous les jours de la part des autres partis à l'approche des élections... Ne diabolisons pas l'un pour angéliser les autres. C'est ainsi, je pense, que l'on défendra au mieux l'intérêt des électeurs

le chafouin 07/03/2008 18:47

@ clémentVous vous trompez de combat... Je ne suis ni pro-ump, ni pro-gouvernement, donc ne cherchez pas à renvoyer la balle à droite comme si je devais me justifier de quoi que ce soit...Désolé si pour vous l'intérêt général n'a pas d'intérêt. Pour moi, il importe plus que l'avenir de n'importe quel parti...Je suis d'accord cependant avec les éléments que vous avancez au sujet du particularisme des municipales, qui sont de toutes façons une élection peu propice au MoDem. Mais l'essence même de ce parti est d'agir ainsi, on le voit depuis son origine! Ce n'est pas particulier aux municipales... Sous couvert d'autonomie, on change juste de camp. Et ne me dites pas que bayrou ne veille pas derrière marielle de sarnez, par exemple. Ce qui se passe à Paris est toujours emblématique. Que fait-elle? Elle tape systématiquement sur panafieu, et lèche les bottes de delanoë. Pourquoi? Parce qu'elle se range derrière le vainqueur, comme le modem le fait à Bordeaux dans l'autre sens, par exemple.Je ne suis pas pour autant hostile au fait de dépasser le clivage gauche droite, c'était d'ailleurs pour ce motif que j'avais voté bayrou en 2007. Mais il faut le dépasser vraiment, pas se vendre au plus offrant. Surtout que qui est la cruche de l'histoire? L'électeur du premier tour.

Loïc 07/03/2008 16:32

Tout à fait d'accord avec Clément... Vous terminez votre article en disant à juste titre qu'au PCF et au PS, c'est comme au MODEM, des calculs électoraux, des retournements de veste... Mais, c'est la même chose à l'UMP : dans combien de villes, n y at-il pas des listes d'alliance UMP-Nouveau Centre-Radicaux-Gauche Moderne-Société Civile... c'est le grand regroupement des étiquettes derrière une liste qui se veut rassembleuse, qui se veut la meilleure... Quand l'UMP soutient le maire sortant PS Irureta de Pau, qu'est-ce que c'est ? Sinon, un calcul politique... Le fait est que oui, lors de la constitution des listes municipales, peu importe l'étiquette : il y a des offres d'engagement, des débauchages beaucoup de colistiers préfèrent choisir d'être deuxième sur une liste qui n'est pas de notre parti, que quatrième sur la liste de leur parti... La vision positive, c'est que réellement les clivages politiques à l'échelle d'une ville sont différents des clivages nationaux : l'important, c'est le pragmatisme dans le projet municipal...Alors, oui, effectivement, François Bayrou et Marielle de Sarnez font de la communication politique quand ils prétendent que le MODEM se construira grâce aux municipales... Selon moi, on ne construit un parti que sur les élections nationales... (qui manquent vraiment de proportionnelle, je pense) Alors, ma foi tous ces gens qui vont toucher aux responsabilités dans les municipalités, et qui vont porter l'étiquette du MODEM, c'est bien : mais ces élections municipales ne construisent que des destins individuels, et non pas le destin d'un parti... Après, c'est au parti par son projet national, de convaincre les gens de qualité de le rejoindre...

Clément 07/03/2008 16:08

Mon cher chafouin, on nous aurait donc menti! Ces petits diablotins du Modem ne seraient en réalité que de machiavéliques comploteurs dépourvus d'idée et assoiffés de pouvoir à tel point que leur attitude ne serait réductible qu'à de la pure Stratégie... Comme d'habitude, la partialité (d'ailleurs parfaitement légitime sur le fond) et les différences d'opinion servent d'appui à de mauvais procès d'intention. Ah! Ce fameux intérêt supérieur de la France si savamment gardé par le parti actuellement au pouvoir, mais aussi, politiquement correct oblige, par ce flamboyant parti socialiste...Non, restons sérieux, et je le dis d'autant plus aisément que je ne voterai ni Modem ni PS aux municipales (ni PC, fallait-il le préciser...).La réalité, quelle est-elle?- d'abord, ne nous-trompons pas, les élections locales et particulièrement municipales sont toujours l'occasion de magouille pseudo-stratégique et pseudo-politique, autrement dit d'un "opportunisme politique éhonté", et ce d'un côté comme de l'autre de l'échiquier politique (je pourrais multiplier les exemples à droite comme à gauche...).  D'une part, car administrer une ville, ce n'est pas gouverner un Etat et qu'en conséquence la politique y est beaucoup plus pragmatique qu'au niveau national. D'autre part car plus on s'approche du local, plus les contentieux personnels s'aiguisent et prennent leur racine dans des querelles humaines de bas étage (la démocratie est un régime pour les dieux, comme le disait Rousseau!)- ensuite, un nouveau parti, le Modem, tente de concrétiser sa place dans le paysage politique français. Je dis concrétiser car l'élection présidentielle (avec toutes les réserves que j'ai par ailleurs à l'égard de cette élection!) mais également le premier tour des législatives ont établi sa légitimité. D'aucuns diront qu'il s'agit du rêve d'un seul homme, et ils n'auraient sans doute pas tout à fait tort. Il reste que non seulement nous sommes en démocratie (bien que l'absence si criante de proportionelle soit de plus en plus gênante!) mais que bien plus encore, le paysage politique français aujourd'hui laisse une place splendidement vide que le Modem aurait tort de ne pas occuper. Entre une UMP, qui ressemble beaucoup plus à une machine de guerre électorale qu'à un parti idéologiquement cohérent (au vu des nombreuses sensibilités contradictoires qu'elle héberge en son sein!)et un PS écartelé entre des nostalgiques du marxisme et des sociaux-démocrates affaiblis, il y a, quoiqu'on en dise et quoi qu'on en pense sur le fond, la place pour un centre rassemblant du centre-droit jusqu'aux sociaux-démocrates.- enfin, pourquoi des alliances au gré du vent? Tout simplement car les UMP et PS du terrain s'inscrivent tout comme les membres du Modem dans une perspective locale et qu'ils délaissent les stratégies (tiens, tiens!) d'appareil national pour s'imposer à tout prix. Ainsi, à à gauche comme à droite (certes un peu moins car on y a la rancune tenace, comme les anciens amis de l'UDF..), on s'allie quand on peux au Modem car c'est souvent le gage  d'une victoire. En d'autre termes, la stratégie du Modem n'est possible que parce que les candidats de l'UMP et du PS font preuve d'un opportunisme encore plus éhonté...Alors s'il vous plaît mon cher chafouin, critiquons joyeusement lorsque la stratégie prend le pas sur les idées, d'accord, mais faisons le d'une part de manière pragmatique et d'autre part de manière juste en oubliant personne...