Le spectacle auquel assistent les Lillois depuis le premier tour des élections municipales, comme dans bon nombre d'endroits en France, est affligeant, et à vrai dire, quasi pathétique.
Tout se passe comme si ce qui comptait était le pouvoir, et rien que le pouvoir. La fin justifie bien les moyens. Ce que les électeurs ont dit dimanche? On s'en fout. Place à la cuisine
électorale !
Car un des enjeux du second tour, un enjeu complètement oublié des médias nationaux, est la conquête des communautés de communes, communauté d'agglo et autres communautés urbaines, qui dans bien
des secteurs, peuvent basculer en fonction des alliances locales et des renversements de tendances dans certaines villes.
Dans la métropole lilloise, l'enjeu est là, puisque Pierre Mauroy quitte la présidence de LMCU (lille métropole communauté urbaine) et que Martine Aubry, arrivée largement en tête à Lille
(46%), est en concurrence avec l'UMP Marc-Philippe Daubresse, réélu au premier tour (51%) dans sa bonne ville de Lambersart.
A priori, étant donné que le FN n'existe plus et que Tourcoing n'a pas basculé (à l'inverse le socialiste Delannoy a mis une bonne fessée à l'UMP Vanneste), Aubry est largement
favorite. Sauf que la situation est plus complexe que cela. Non seulement à gauche, on a parfois fait alliance avec le MoDem dès le premier tour (à Roubaix, par exemple), mais
en plus, de nombreuses communes de la métropole, généralement dirigées par des maires divers-droite, sont "non-alignées", et arbitrent le duel Aubry-Daubresse. Pour compliquer le tout, à
Villeneuve d'Ascq, le maire socialiste sortant Jean-Michel Stievenard s'est fait laminer au premier tour par l'ancien édile de la ville et héros local, le dissident ex-socialiste Gérard Caudron,
une espèce de tribun populiste dont on ne sait comment il va se comporter à l'égard de ses anciens "camarades"...
Du coup, les socialistes sont tentés de réaliser un accord au niveau communautaire avec le MoDem, sans qui la majorité à LMCU serait au pire compromise, au mieux ric-rac. Sont
tentés? Non, ils l'ont fait, en profitant de la rancune tenace que vouent les centristes à Daubresse, qui avait quitté l'UDF en 2002 pour rejoindre l'UMP.. Ah, les vieilles querelles! Et
l'électeur, dans tout ça? Comme d'habitude, le vote à LMCU se fera dans son dos puisque le suffrage indirect est de mise.
A Lille, Martine Aubry s'est donc alliée au MoDem hier dans cette perspective, suscitant l'ire des Verts et des communistes, qui n'ont eu de cesse, ces derniers mois, d'asséner que le
leader centriste local, Jacques Richir, n'était qu'un type de droite, allié traditionnel de l'UMP. Ce qu'il est, depuis des années! Et l'électeur, dans tout cela? Aubry n'avait absolument
pas besoin des centristes pour l'emporter dimanche prochain...
Les communistes ferment leur clapet, puisque le PS est déjà bien gentil de leur donner une place sur sa liste. Et les Verts? Ils cèdent également, contre quatre postes d'adjoints... Comme dit le
candidat de droite, Sébastien Huyghe, qui se réveille enfin après une campagne de premier tour atone, "c'est la grande braderie des convictions". Tu m'étonnes. Aubry, elle,
refuse de débattre au second tour avec son adversaire. On ne peut pas avoir le temps à la fois de faire de la tambouille et de s'occuper de vrais enjeux
démocratiques...
Pour couronner le tout, les cantonales font partie du marchandage : le MoDem se retire dans trois cantons lillois au profit du PS. En échange, celui-ci demande à une de ses
candidates de laisser place libre au leader métropolitain des bayrouistes, Olivier Henno, réélu dès dimanche dans sa ville de Saint-André, mais en grande difficulté aux cantonales. Et
l'électeur, dans tout cela?
Les conséquences sont prévisibles : d'abord, Martine Aubry va remporter la présidence de LMCU, sans laquelle elle ne pourrait avoir aucune marge de manoeuvre pour appliquer
sa politique à Lille. Mais au lieu de le faire en plein jour et en toute transparence, ce sera en coulisses. Ensuite, le MoDem local est au bord de l'implosion. Dans
certaines communes, un partie de ses membres ont déjà annoncé qu'ils rendraient leur carte. Forcément! on leur promet un truc ni gauche ni droite, et ils se retrouvent aux manettes avec des
communistes... Du coup, le Nouveau Centre va enfler. Troisième conséquence : les abstentionnistes, déjà nombreux dimanche dernier, seront majoritaires dimanche prochain.
L'électorat de droite, assommé dans de nombreuses villes de la métropole, se réveillera peut-être mais rien n'est moin sûr. Les électeurs des Verts ou de l'extrême-gauche, eux, ne
cautionneront certainement pas ce rapprochement contre-nature, dans des terres traditionnellement acquises à la gauche.
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