Homicide par compassion?

Publié le par Le chafouin

leonetti.jpgJean Leonetti, rapporteur de la fameuse loi de 2005 sur le refus de l'acharnement thérapeutique, et chargé d'évaluer le texte, estime qu'on pourrait dépénaliser les homicides par compassion.

La voilà la première brèche. Par compassion pour la personne qui souffre? Par compassion pour sa douleur telle qu'elle la vit, ou telle que son entourage la vit? Ce terme de compassion est problématique. Pénalement, cela pose question. Comment définir la compassion? Peut-on tuer quelqu'un par compassion contre son gré?

La citation exacte de Jean Leonetti est celle-ci : "Je suis favorable à ce que des instructions soient données au parquet pour que, dans certaines circonstances d'homicide par compassion, avec l'aide possible d'experts demandée par le juge d'instruction, on puisse, comme cela a été le cas dans l'affaire Humbert, ne pas poursuivre les auteurs de ces actes."

C'est vrai que si l'on peut se passer de toute modification législative en demandant juste aux parquettiers d'ignorer les textes existants, c'est encore le plus pratique! La loi nous embête? Ne l'appliquons plus! L'ADMD me fait rager lorsqu'elle s'offusque qu'un médecin puisse refuser le permis d'inhumer, qu'un  procureur puisse réclamer une autopsie. C'est la loi, bon sang! Elle s'applique à tous.

La voilà, l'hypocrisie à la française : on laisse les esprits se faire petit à petit à l'euthanasie. On ne la légalise pas. On tient des propos fermes à son endroit, mais on introduit sans cesse des exceptions nouvelles. Des brèches qui réduiront progressivement à néant les oppositions... Vive la démocratie!

Publié dans Société

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le chafouin 25/03/2008 11:20

@ThaïsJ'ai lu l'article dont tu parles, il est terrible! je ne sais ce que ça signifie, je vais essayer de rechercher sur d'autres sources. La déclaration du pè-re de la dernière fille de chantal sébire est à ce titre éclairante...De toutes façons, côté ADMD, totu est aujourd'hui question d'émotion (convaincre la sensibilité plut^to que le cerveau) et de flou dans la vocabulaire utilisé.

Thaïs 25/03/2008 09:51

"On tient des propos fermes à son endroit, mais on introduit sans cesse des exceptions nouvelles"oui très juste, la langue juridique sera à l'image de la grammaire française...sauf que les risques d'une mauvaise application de la langue française ne sont pas graves contrairement au langage juridique.Et je dois dire qu'avec tout ce que je viens de lire sur le sujet de l'euthanasie, je suis perplexe sur les réelles motivations de C Sébire. Je pensais qu'il ne s'agissait que de finir ses jours auprès des siens sans trop de douleur...J'ai l'impression de n'avoir rien compris et d'être prise en otage de ma sensibilité. Grrrr !Un article du JDD hier s'en faisait l'écho d'ailleurs.

le chafouin 25/03/2008 01:18

@KozLa politique des petits pas... Je suis même étonné que l'admd en demande autant d'un coup. Parce que le cas de madame sébire est exceptionnel et n'a rien à voir avec l'euthanasie telle qu'on l'entend.Pour te répondre sur al loi leonetti, je trouve qu'entre injection létale et sédation, il y a une différence fondamentale : l'intention. Dans un cas je veux soigner la souffrance, totu en sachant que mon acte va probablement donner la mort (inévitable), alors que dans un autre, on injecte un poison, dont l'effet est de tuer.je crois qu'eponymus a cité cet article sous ton avant-dernier billet sur le sujet, non?@DangJustement on voit bien que le procureur ne peut pas faire son travail, puisque s'il demande une autopsie, on l'assassine publiquement. Mais je susi d'accord avec vous sur le rôle du juge, qui doit appliquer la loi intelligemment au cas d'espèce.

Dang 24/03/2008 23:27

@Le Chafouin : vous ne m'avez pas bien compris. Je parle du juge et non pas du procureur. Le procureur poursuit, il applique la loi. Le juge apprécie les circonstances particulières en son âme et conscience. En l'occurence je suppose que le juge est en fait un jury d'assises, donc des citoyens. Mais on peut imaginer que le délit soit qualifié de façon à renvoyer l'accusé en correctionnelle, ce qui ne changerait rien. En fait c'est déjà comme cela. Les peines prononcées sont des peines de principe. En revanche si les poursuites conduisent systématiquement à un acquittement on peut dire que la loi et les principes fondamentaux qui nous inspirent sont bafoués.

koz 24/03/2008 23:11

J'avoue, à la suite d'échanges que j'ai pu avoir récemment, une certaine amertume. A l'origine, la loi Leonetti ne m'enchantait guère. Mais bon, on se dit qu'il faut bien faire un compromis. Et puis, elle semblait convenir à certaines personnes opposées à la légalisation de l'euthanasie.Aujorud'hui, on me dit : ben, puisque ça ne te pose pas de problèmes que l'on injecte des produits qui vont sédater le mourant, pourquoi n'accepte-tu pas l'injection létale ?Voilà, on a avancé d'un pas, et on s'en sert contre "nous". Cela donne des arguments à ceux qui s'opposent à tout compromis, à ceux qui restent intransigeants. Parce qu'après ce pas-là, on nous parle, donc, de l'"homicide par compassion". Rien que le terme, pourtant, devrait suffire à faire frémir : accoler homicide et compassion dans la même expression devrait faire "tilt". Ensuite, les associations passeront au suicide médicalement assisté hors de toute maladie... Eponymus nous disait que c'était déjà la nouvelle revendication aux Pays-bas mais il ne retrouvait plus l'article de Libé qui en parlait (il y a un ou deux ans). tu as de meilleurs moyens de recherches ?