Y'a-t-il un péril vert?

Publié le par Le chafouin

wilders.jpgAprès maints avertissements, et au terme d'une histoire à rebondissements, histoire de faire monter la sauce, le député néerlandais Geert Wilders a fini par diffuser son film "Fitna", que vous pouvez dès à présent visionner ici en anglais.

Pour ceux qui ont raté un épisode à ce sujet petit rappel : le bouillant chef du parti néerlandais de la Liberté (PPV), âgé de 44 ans, menaçait depuis des mois de diffuser un court-métrage de 17 minutes ayant pour mission d'ouvrir les yeux de ses contemporains sur le danger représenté par l'Islam et le Coran, livre saint que le député qualifie de "fasciste" et qu'il compare à Mein Kampf. Et dont bien sûr, il demande l'interdiction. Ou comment utiliser la liberté d'expression pour lutter contre la liberté d'expression!

Ce mini-film, qui a l'allure d'un clip, n'a pas pu être diffusé, comme prévu initialement, sur un site web hébergé par un FAI américain. Des extraits ont d'abord été lâchés sur You Tube, avant que le film soit publié dans son intégralité hier soir sur le site du PPV. Puis en versions néerlandaise et anglaise sur le site d'échange liveleak.com.

A quoi ressemble ce film?
On voit d'emblée une des caricatures danoise de Mahomet, représentant le prophète avec une bombe dans le turban. On lit des extraits violents du Coran. Musique mélodramatique. Les textes évoquent les athées, les autres religions, les juifs, les femmes adultères, la vocation universelle de l'islam... Le tout illustré par des prêches d'imams radicaux à travers le monde et aux Pays-Bas. Par des images des attentats perpétrés au World Trade Center, à Madrid, à Londres. Des images de Théo Van Gogh et de son assassin, qui dit "ne rien regretter". Des textes de fatwas, des slogans antisémites, des appels à conquérir le monde. Rien de bien nouveau, rien de révolutionnaire, juste une compilation visant à alerter l'opinion publique néerlandaise, européenne et occidentale sur ce que craint l'auteur du film : une colonisation de l'Occident par les musulmans, manipulés par des fondamentalistes fascistes.

Que faut-il en penser?
- en terme de politique intérieure néerlandaise : en 2002, ce fut l'assassinat de Pim Fortuyn puis en 2004, celui du cinéaste Théo Van Gogh, qui avait sorti un film dénonçant l'oppression subies par les femmes dans l'Islam. Depuis, les Pays-Bas marchent sur des oeufs dès qu'il s'agit d'islam. Vu sous cet angle, Fitna souffle sur les braises des débats sur l'intégration, le multiculturalisme, ou encore  l'islamisation de la société et de l'Europe tout entière. Résultat : Wilders vit protégé, change toutes les nuits d'adresse. Pas sûr que son obsession soit gagnante électoralement au bout du compte. Et sur le fond, il y a beaucoup à dire...
- en terme de liberté d'expression : Il aurait été idiot de censurer ce film. Plusieurs pays avaient brandi l'hypothèse de boycott économique (l'Iran et l'Egypte), les Talibans avaient assuré qu'ils viseraient les soldats néerlandais présents en Afghanistan si le film était diffusé. Pendant ce temps, les associations musulmanes des Pays-Bas appelaient au calme... Elles ont déposée un recours aujourd'hui. Mieux vaut toujours combattre les arguments des autres plutôt que de leur interdire de les exprimer. Même chose au sujet du Coran, d'ailleurs!
Mais la question se pose de savoir ce qu'apporte ce film, car on est jamais libre de dire des inepties. Sur son blog, Ivan Rioufol indiquait ceci ce matin, sans avoir vu Fitna : "A la condition que Wilders n’accuse pas sottement l’ensemble des musulmans, sa critique doit être permise". L'intéressé lui-même affirmait au Figaro : Je n'ai rien contre les individus, mais nous avons un problème avec l'idéologie islamique. Je ne veux pas renvoyer ceux qui sont ici et veulent s'assimiler, mais je leur dis de se débarrasser de cette idéologie, que je qualifie de fasciste".
C'est l'écueil que ce film n'a pas su éviter : il vise le texte du Coran, pas les musulmans, ni les fondamentalistes. Cependant, il illustre les citations par des images d'islamistes radicaux, qu'il qualifie de musulmans. Il se tire donc une balle dans le pied. Car il est tombé dans l'excès, la caricature...

Existe-t-il un péril vert, le coran est-il fasciste?
Comme Ivan Rioufol ou Lomig, j'estime que la critique de l'islam doit être possible en tant que composant du corps social. L'excès représenté par le film de Wilders n'empêche pas de se poser les vraies questions au sujet du Coran, dont certaines parties sont effectivement plus que limites. S'il a tort de globaliser sa critique à l'ensemble des musulmans, Wilders pose le problème culturel ("Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société, comme cette culture retardée. Les individus sont égaux. Mais toutes les cultures ne se valent pas") de façon judicieuse quoiqu'insultante : si l'on juge un arbre à ses fruits, alors les fruits islamiques sont amers. La question n'est même pas celle du livre saint de l'Islam car on pourrait tout aussi bien extraire des citations contestables dans la Bible. C'est celle du regard que cette religion porte sur les femmes, sur la liberté, sur la vie, sur les autres hommes, les religions. Pas seulement dans le Coran, mais aussi dans les faits. Je ne sais s'il s'agit d'un livre fasciste, car on a tendance à tout mettre derrière ce mot. En revanche, il s'agit d'un livre contenant des règles de vie douteuses. Sans aucune autorité supérieure qui n'ait légitimité à les interpréter! Il est bien là, le drame de l'Islam.

Le péril serait donc d'accepter que ces dérives aient lieu sur notre sol. Divorcer par texto, c'est possible en Indonésie, mais on espère que cela ne sera pas le cas en France ou aux Pays-Bas. La réponse tout simple à cette crainte, c'est d'occidentaliser l'islam. Plutôt que de le voir sans cesse comme une partie prenante à un choc des civilisations, tâchons de le fondre dans la nôtre. Ce qui suppose d'arrêter avec l'angélisme, avec les théories d'intégration, et de revenir à la notion d'assimilation. Pour couper la chique aux barbus de tout poils, qui souhaitent pouvoir représenter une alternative au capitalisme et au marxisme. Pour éviter que l'Islam ne soit le refuge d'idéologues L'islam ne connaît pas la laïcité classique (le "rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu"), alors apprenons-la lui.

Publié dans Religion

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L
Je ne suis pas toujours très objectif mais j'essaie de l'être sur ce sujet, autant que possible... Pour ce que je connais, à Lille, c'est dingue le clientélisme de la gauche dans les quartiers où les "gens d'origine immigrée" sont majoritaire. On donne des cadeaux à la con (lille-plage, des trucs du style) pour s'assurer du vote, et je t'assure qu'il est massivement à gauche (quoi, 80% à peu près?). Le seul truc bien, c'est la mission locale. mais on ne fait rien pour sortir les gens de leurs stéréotypes. Je comprends qu'on se replie sur sa communauté, c'est rassurant, c'est ce que tout le monde ferait, mais le but, quand tu arrives dans un pays, c'est de t'y intégrer quand même.Faudrait une bonne bière pour en parler de façon plus approfondie en fait.
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L
Les étrangers n'ont pas le droit de vote et les Français issus de l'immigration ne votent pas "massivement" pour la gauche, c'est un leurre. Bien souvent, le vote immigré est plus proche du vote ouvrier. C'est fou comme la gauche, dans ton discours, est parfois responsable de tous les maux. Les communautés se constituent de matière forcée (ghettoisation géographique et sociale) mais aussi naturelle. Tout étranger, placé dans une situation matérielle et professionnelle difficile, cherche dans son pays d'acceuil les fragements de sa culture d'origine, souvent parce qu'il ne trouve pas ailleurs l'aide et le soutien qu'il recherche, ou tout simplement pour retrouver une assise psychologique. La communauté, c'est d'abord la famille, puis la famille élargie, les amis, les proches etc... Le repli communautaire est un phénomène de crispation de la communauté, mais ce n'est pas la communauté en elle même qui est un danger, ce sont les angoisses qui la traversent et la violence qu'elle subit. C'est la qu'elle se referme, se cabre, se radicalise. Je ne dis pas c'est la faute d'un tel ou d'untel, je dsiq ue le problème est ancien, très ancré dans notre société et qu'il est global, bien au delà des clivages politiques ou des affaires de postures. Que chacun face un pas vers l'autre, république et immigrés, gauche et droite, et on aura déjà une vision plus claire de la situation et des solutions bien plus pertinentes que celles qui ont été utilisées jusqu'à présent.
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L
@LokiJe ne les connais pas plus que d'autres communautés... Oui je dirais que c'est une large responsabilité de la gauche qui a laissé voire encouragé les immigrés venant d'Afrique du Nord (pour s'assurer, evntuellemet, leur soutien?) à se constituer en communauté. On a laissé faire quand il s'agissait du voile, laissé faire quand il s'est agi de donner des cours d'arabe dans certaines écoles, après les cours... Là, on ne parle mêm pas d'assimilation, mais d'intégraiton tout court! A partir du moment où certains parlent arabe et pas français... (d'ailleurs, ce n'ets pas spécifique à cette langue) il y a un gros problème de cohésion nationale.Je ne veux aller nulle part. Je m'interroge sur les dangers d'un certain islam, et tu me rétorques que le voile permet de palier à la souffrance du déracinement... Pour moi, c'est plus religieux qu'autre chose. La preuve, c'est que les premiers arrivants, eux, ne le portaient pas.Quand je te parle d'égalité comme d'une invention, c'est que sur ce problème, on peut partir dans tous les sens. On peut dire "oui mais si les gens ne s'intègrent pas, c'est parce qu'on ne les considère pas comme des français à part entière". ON peut aussi dire à l'inverse que s'ils ne s'intègrent pas, c'est parce qu'ils restent entre eux (à la fois par obligation mais aussi par facilité) et n'arrivent pas à se décoller d'une mauvaise image qui leur colle à la peau.
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L
Si tu as un peu de temps à consacrer au sujet, je te conseille les ouvrages de Gérad Noiriel, clairs et dépassionnés, comme son Atals de l'immigration, petit précis très didactique. Plus lourd "Immigration, antisémitisme et racisme en France" est un pavé très consistant mais précieux. Vincent Viet a également écrit de bons bouquins sur le sujet comme son "Histoire des Français venus d'ailleurs" ou "France immigrée", passionnants tous deux. Les "Idées reçues" de Smaïn Laacher, aussi, même si c'est nettement plus scolaire.
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L
Je ne fais âs dans l'empathie, juste dans la clairevoyance et il me semble faire preuve de mesure dans mes propos, ce qui n'est pas toujours ton cas.Pour revenir à tes Espagnols et tes Polonais (tiens, soudainement la connaissance de ces communautés ne te rend pas, toi, plus empathique?...) il s'agit d'une immigration bein plus ancienne que celle venue du Maghreb. Mais en leurs temps, Polonais ont été chassés des villages du nord, où les moindres détails de leur appartenance culturelle était vu comme un repli communautaire. Méfions nous aussi, du mot communauté, qui prend des allures de Sheitan ces derniers temps.Génial ton analyse sur le vopile: c'est la faute de la gauche dans les années 80! Là c'est pointu dis donc... Il existe aussi, ne t'en déplaise, des voiles assumés, qui ne sont ni le signe d'un repli, ni celui d'une domination. Oui, ca existe. Qu'essayes tu de dire, au final? Où veux tu en venir? Géniale ta chute, également. pusique l'égalité n'existe pas, à quoi bon nous battre pour elle? Tu balayes d'un revers de pensée des siècles et des siècles de combats.
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