Mardi 20 mai 2008 2 20 05 2008 09:16
On n'arrête pas de nous bassiner, en ce moment, avec mai 68. Vous savez, cette pseudo révolution qui a comme toutes les révolutions, profité seulement à une minorité. Qui a entendu les étudiants bobos mais pas les ouvriers. Cette révolution que même le PS ne célèbre pas, car il sait qu'elle n'a débouché que sur d'avantage de capitalisme, d'égoïsme, de consumérisme.

Il y a un aspect de mai 68 qu'on nous ressasse à volonté : la libération des femmes. Ben oui, parce qu'avant cette époque de contestation bénie des dieux, les femmes étaient des objets à la merci des hommes, ces grands méchants loups. Aujourd'hui, à entendre les hagiographes de mai 68, elle seraient enfin libres. Maîtresses d'elles-mêmes, de leur corps, de leurs envies et de leur destinée. Merci aux manifestants de l'époque, qui lui ont permis de sortir de l'obscurantisme qui s'était abattu sur elles depuis le Moyen-Age!

Il y a là-dedans beaucoup d'exagération. C'est comme lorsqu'on essaie de nous faire croire que depuis 1789, la vie est belle, qu'avant, elle était morose et qu'on vivait dans un Etat totalitaire.

Je contemplais hier, époustouflé, une photographie instructive à cet effet dans un de nos quotidiens régionaux, Nord Eclair. On y voyait une femme, avec la coupe au bol si jolie de cette époque, porter un panneau avec ce message inscrit : "Ras le bol!!! d'être tâtées, soupesées, évaluées, pelotées".

Sensation étrange. C'est drôle, mais j'ai eu l'impression que ce slogan pourrait tout aussi bien convenir aujourd'hui. Où est la libération des femmes, franchement, quand on les voit nues sur quasiment chaque affichette de café-presse? Quand la présentatrice de la météo sur Canal Plus, Louise Bourgoin, se croit obligée de se dénuder en Une d'Entrevue pour gagner en célébrité? Est-on libre, quand on est sans cesse ravalé à une paire de seins, de fesses, à un objet de jouissance sexuelle? Est-on libre, quand dès qu'il fait beau, on est sifflé à la première jupe de l'été?

Croit-on qu'aujourd'hui, parce qu'elles ont accès à d'avantage de fonctions (ce qui est un progrès substantiel, évidemment), qu'elles ne sont plus cantonnées au ménage et à la cuisine, les femmes sont libres? Quand aujourd'hui encore, elles sont parfois moins payées, juste parce qu'elles ont deux chromosomes X? Quand aujourd'hui, elles doivent de fait assumer non seulement leurs obligations professionnelles, mais bien souvent aussi le reste, les enfants, le foyer, etc... ?

Je n'ai pas d'avis définitif sur la question, mais j'ai tendance à penser que l'arbre de la "maîtrise du corps" et de la natalité cache la forêt de la mainmise de l'homme sur la femme, qui à mon sens, continue de plus belle. J'oserais même affirmer que cette "maîtrise" du corps de la femme, en définitive, arrange bien les hommes : ainsi, ils peuvent fuir leurs responsabilités encore plus facilement qu'avant. Tout bénéf'! Et les femmes ont désormais une pression : celle de la libération, justement. Pas facile, aujourd'hui, de dire non. Et quand on voit ces histoires de gamins d'une dizaine d'années qui filment leurs "relations" avec des filles de leur âge ou même moins âgées, et dont on peut douter du consentement libre et éclairé, on se dit que la libération a conduit aussi à certains excès. 

Certes, on pourra rétorquer qu'aujourd'hui, les femmes ont au moins le choix. Oui, bien sûr! Mais le choix, est-ce cela, la liberté? Un choix, une fois effectué, est-il forcément libre? Est-on vraiment libre, par exemple,  de choisir une mauvaise solution? Je ne sais ce que les philosophes en disent, mais instinctivement, j'ai tendance à me poser la même question que Georges Bernanos : la liberté, pour quoi faire?
Par Le chafouin - Publié dans : Société
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Commentaires

Je ne suis pas un exégèse de 68 mais si on devait faire le lien entre la "libération" acquise depuis et l' explosion de la pronographie (Canal+ en fut un vecteur), je vois mal où le respect de la femme et de son image a pu gagner.
Commentaire n°1 posté par Erick le 20/05/2008 à 11h37

c'est sans doute une des conséquences collatérales de la libération, cette fois pas seulement de la femme mais la "libération sexuelle" tout court...

Commentaire n°2 posté par le chafouin le 20/05/2008 à 13h16
j'ai arrêté au premier paragraphe :-)... c''est bien connu tous les leaders de mai occupent depuis tous les postes... ils sont partout
Commentaire n°3 posté par marc le 20/05/2008 à 14h33
@marc tu avais raison, un bel enfilage de perles réactionnaires.
Commentaire n°4 posté par Ant. le 20/05/2008 à 14h40
@marc
c'est justement ton pb, il faut lire jusqu'au bout pour comprendre ;)

@ant

J'adore l'argumentation! vive votre propre caricature.
Commentaire n°5 posté par le chafouin le 20/05/2008 à 15h09
la liberté, pour quoi faire? on peut se  le demander qu'on ait une paire de couilles ou de seins. allez, voire les deux, si on ne sait pas quoi en faire.
 le féminin ne se décrète pas, ne s'impose pas . il a toujours serpenté son chemin, profond , fragile et initié à la vie...le respecte qui le veut et le peut...degré de civilisation et d'éducation.
Commentaire n°6 posté par jane le 20/05/2008 à 19h26
@jane

Effectivement, la question finale ne s'adresse pas qu'aux femmes...
Commentaire n°7 posté par le chafouin le 20/05/2008 à 19h47
Le choix, bien sûr est une liberté. il suffit d'imaginer ce qu'est l'absence de choix.

Par ailleurs, le choix pour quoi faire ? Mais ce que chacun voudra en faire, bien sûr ! Quoi d'autre ? C'est chaque individu qui doit pouvoir dans une large mesure décider ce qui est bon pour lui, et faire les choix qui le concernent.

Comment peut-on penser cela autrement ?
Commentaire n°8 posté par lomig le 20/05/2008 à 19h57

Es-tu vraiment "libre", si tu choisis une mauvaise solution? Est-on vraiment libre de faire un mauvais choix?
L'absence de choix n'est pas toujours une non-liberté. L'enfant qui n'a pas le choix du menu concocté par ses parents n'est pas opprimé. En ce sens, octroyer des libertés dont on use mal n'est pas forcément intelligent. C'ets pour cela que j'avance l'idée selon laquelle la pseudo libération des femmes ne leur a pas forcément profité (1), et que la pseudo libération sexuelle a conduit à des inepties sans nom (2)...

Commentaire n°9 posté par le chafouin le 20/05/2008 à 20h08
@ chafouin
spéciale cacedédi to Bon Papa ;))))))))
Courageux Chafouin ! le chevalier sans peur et sans reproche de la blogosphère, toujours prêt à mettre les pieds dans le plat de la bien pensance déguisée en libertaire !
Commentaire n°10 posté par mon bon martin ; mais c'est le même voyons ! le 20/05/2008 à 21h04
Avant 68, elles étaient à la merci de leur mari et des grossesses à répétition, maintenant elles sont à la merci des regards, des réflexions et des propositons voire des menaces de leurs camarades de classe parfois de leurs professeurs, de leur patron, de leurs collègues, des voisins, des sondages et des journalistes, des publicitaires, mais aussi du planning familial, des assistantes sociales et de leur médecin : vous ne prenez pas la pilule ?
Mais heureusement elles n'ont plus la honte d'être femmes au foyer, elles ont la fierté d'assumer courses, devoirs scolaires, ménage, cuisine, vaisselle, lessive, repassage et devoir conjugal après le boulot.
C'est pas facile d'être une femme libérée.
Commentaire n°11 posté par Christine le 20/05/2008 à 21h28
@Christine

Bonjour!

Loin de vouloir faire la promotion de la femme au foyer, je ne pense pas qu'on puisse parler de honte : ma propre mère a été femme au foyer pendant des années avant de reprendre une activité professionnelle par nécessité. Je n'ai pas le sentiment qu'elle ait été soumise une seule seconde à mon père, qu'elle ait été forcée de le faire, qu'elle ait été ignare et bêtement renfermée sur soi, et tous les clichés qui circulent sur les femmes au foyer.

La différence entre 1968 et aujourd'hui, c'est qu'en tous les cas, il est désormais très difficile économiquement de rester mère au foyer. Pour ne pas dire impossible...
Commentaire n°12 posté par le chafouin le 20/05/2008 à 21h35
Je plaisantais...
Je travaille par nécessité alors que j'ai 5 jeunes enfants et je regrette le temps où le salaire du père de famille permettait de nourrir (et de loger) la tribu.
Je suis également très partagée sur les "progrès" que 68 aurait apporté à la condition féminine.
Les hommes ont apparemment été les grands gagnants de la "libération" sexuelle, mais ils commencent à déchanter maintenant que leur statut est devenu plus relatif...
Puisque nous, les femmes, devons tout assumer comme les hommes, pourquoi irions-nous nous en encombrer ? Quitte à être libres, autant l'être entièrement.
Ce n'est pas nous qui avons besoin des hommes, c'est eux qui ont besoin de nous, certains commencent à s'en apercevoir.
Commentaire n°13 posté par Christine le 20/05/2008 à 23h17
@Christine

C'est effectivement un autre dommage collatéral, mais très collatéral, de la chose... Je crois qu'il y en a encore pour quelques années de domination de l'homme dans le smilieux populaires.

Mais vous avez tout de même besoin de nous! Qui va préparer le barbecue s'il n'y a plus d'hommes?;)
Commentaire n°14 posté par le chafouin le 21/05/2008 à 08h48
je n'arrive plus à te suivre Chafouin, on voit que tu as l'habitude d'écrire... :-) la commémoration de mai 68 m'emme... franchement, d'ailleurs je n'ai rien lu qui la concerne. J'ai le sentiment que, de toutes façons les soit-disant changements intervenus seraient intervenus à plus ou moins brèves échéances car ils sont concommitants à des avancées médicales (ex : pilules), techniques (machine à laver devient plus présente)et sociétale/culturelle (apparition de la TV de masse, développement des bibliothèques). La femme s'est mise à travailler pour pouvoir s'offrir tout ce que la pub commençait à lui montrer et pas seulement pour être libérée de l'homme. Puis il y a eu des films qui montraient que s'affranchir de la "tutelle" de son homme, oublier les convenances habituelles de fidélité, de "petite femme parfaite" en jupe et col roulé, de dévouement à sa famille, que tout ça étaient vraiment dépassé et le mimetisme a fait le reste. En travaillant, elles ont découvert d'autres hommes, elles se sont sans doute plus mises à lire les journaux, et à "l'ouvrir" et surtout elles se sont prouvées qu'elles pouvaient faire aussi bien (sauf préparer le barbecue :-) ) Donc la libération des femmes est surtout celle de la parole et du travail grâce sans doute au fait de la limitation des naissances (car travailler avec une pléthore de marmots, j'ai du mal à imaginer). Le problème c'est que quand on parle de libération de la femme, on pense avant tout libération sexuelle et avec une connotation positive. je ne savais pas que tu lisais entrevue :-)
Commentaire n°15 posté par Thaïs le 21/05/2008 à 17h16
@thaïs

Je suis abonné, penses-tu... ;)
Commentaire n°16 posté par le chafouin le 21/05/2008 à 20h11
Je vous propose de rire un peu... même si le au final le sujet ne s'y prête guère.
http://www.abseditions.com/DetailPiece.php?IdOuvrage=41
Commentaire n°17 posté par Rachien le 22/05/2008 à 12h21
Bonjour =)
Je voulais vous signaler que, étant en classe de première ES, j'i
Commentaire n°18 posté par Zoé le 12/04/2009 à 22h31
bonjour =)

(je crois que j'ai, par erreur, posté un commentaire incomplet...)

Je voulais juste dire que, étant en classe de première ES, j'ai, cette année, effectué (en groupe) des TPE (Travaux personnels encadrés) sur ce thème de la femme, et de sa "pseudo-libération" après mai 68. Ma problématique étant : "Peut-on parler d'une libération de la femme en France après mai 68 ?" 
Alors voilà, si cela intéresse certains, mon travail est disponible sur     http://lewebpedagogique.com/orlandidanielses/2009/04/03/evolution-statut-femme-mai-68/

=)
Commentaire n°19 posté par zoé le 12/04/2009 à 22h37

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