Je ne voulais pas écrire sur la libération d'Ingrid Bétancourt
après 2321 jours de détention. Tout a été dit, le tourbillon médiatique va durer des jours et des jours, tout emporter sur son passage, on n'a pas fini d'en souper, et quand ce sera fini,
on sera soulagé.
Je ne voulais pas écrire sur cet événement dont l'ultra-médiatisation totalement
disproportionnée est un mystère qui me dépasse : on en a tellement dit dans le passé, on a tellement
organisé de soutiens bidons et d'affichages grotesques sur les mairies et les maisons de quartier, qu'on est bien obligé d'en faire des tartines sur la fin de l'histoire. Surtout s'il s'agit
d'un
happy end.
Je ne voulais pas écrire, car je sentais bien que j'allais chafouiner alors qu'il s'agit pour une fois d'un fait heureux.
Et puis en faisant le tour des infos (médias et blogs) sur le sujet, j'ai été saisi de sentiments très partagés. J'ai été d'abord agréablement surpris par les premières déclarations, très sobres et
très émouvantes, d'Ingrid Bétancourt. Ses mots sur Dieu, ses prières en direct. J'ai été impressionné par le tour de force de l'armée colombienne, par l'incroyable réussite de ce scénario de cette
libération culottée.
Et puis on se prend dans la figure la bizarrerie de l'esprit humain, qui est capable dès les heures qui suivent de se chamailler sur la paternité d'une telle opération, sur les mérites
de chacun. Alors qu'il paraît évident pour tous que la France a été aux premiers postes ces derniers mois, c'est bien la solution préconisée par Alvaro Uribe envers et contre tout,
autrement dit la force, qui a fonctionné. Tout le monde est d'accord là-dessus.
Eh bien tant mieux!
Pourquoi aller plus loin? Pourquoi
Bertrand Delanoë, tout de suite,
déclare qu'il ne faudra
"aucune récupération politique" de l'événement? N'est-ce pas déjà une forme de récupération, de mesquinerie, que de sous-entendre que Sarkozy va chercher à s'en
attribuer les mérites?
Pourquoi, tout de suite, des blogs de gauche, admirateurs de Hugo Chavez, en profitent pour taper sur Nicolas Sarkozy et scander qu'il n'est pour rien dans cette libération?
Sous-entendu : il ne devra bénéficier en rien des effets positifs de l'événement. Horreur! L'ennemi juré pourrait en retirer des miettes! Comme dit avec beaucoup de finesse mon comparse
Seb,
"eux qui n'attendaient qu'une phrase de gloire personnelle pour fusiller "El Presidente" à bout
portant, comme tous les jours, souvent. Orphelins, ces derniers se satisfont comme ils peuvent en rappelant bien l'inutilité de Sarkozy dans
cette affaire."
Surréaliste! Je n'irais pas, comme
Koz, jusqu'à dire que
"le contrat est rempli" pour Nicolas Sarkozy, qui dès le premier discours de son
mandat, avait fait de la libération des otages bulgares et colombiens une priorité de son action... Mais n'est-il pas injuste de lire des réactions comme celle de
Diner's Room, qui lui aussi tombe dans le piège en affirmant que le
président français n'a rien fait d'autre que d'accompagner de ses voeux cet heureux dénouement...
Mesquineries! Partialité. Même Marie-George Buffet, même Jean-Maire Le Pen, même Dominique de Villepin, même Jean-Marc Ayrault ont salué le rôle de Nicolas Sarkozy (et de Jacques Chirac,
d'ailleurs...) dans cette affaire. Et l'Elysée ne récupère rien, puisque Claude Guéant lui-même
admet que la France n'a joué aucun rôle actif dans le sauvetage de l'otage. Il
n'y a que la Maison Blanche qui cherche à
se
faire mousser.
Et excusez du peu, la venue en France d'Ingrid Bétancourt, qui
s'annonce rapide, montre bien qu'elle-même n'a pas
jugé que l'Hexagone avait fait preuve d'inertie ces dernières années. Mais cela fait peut-être mal à certains de le reconnaître.
Ils n'arrivent pas à faire la distinction entre Sarkozy
et le chef de l'Etat français!
Vos réactions