On paiera pour votre suicide mais pas pour votre chimio

Publié le par Le chafouin

Petit à petit, on se rend compte que ceux qui criaient au loup, aux prémices du débat sur l'euthanasie et le suicide assisté, en alertant l'opinion sur le fait que des considérations autres que la compassion pouvaient entrer en ligne de compte (et notamment économiques), avaient bien raison de s'inquiéter. Les faits le démontrent fréquemment.

Exemple récent (après la maison de retraite néerlandaise) dans l'Etat américain de l'Oregon, où le suicide assisté est permis par la loi. Là-bas, la caisse d'assurance-maladie refuse le remboursement de la chimiothérapie aux patients atteints de cancer, dont les chances de survie pour les cinq prochaines années n'excèdent pas 5%. A la place, elle leur propose le recours au suicide assisté, et bonne âme, finance l'opération. Deux patients au moins ont reçu un courrier leur indiquant que la chimo ne serait plus remboursée, mais que le suicide, si. 

“I think it’s messed up,” 64-year-old Barbara Wagner told the Register-Guard newspaper. “To say to someone, we’ll pay for you to die, but not pay for you to live, it’s cruel.” And 53-year-old Randy Stroup received the same response when he was denied medication for his prostate cancer. "It dropped my chin to the floor," Mr Stroup said. "[How could they] not pay for medication that would help my life, and yet offer to pay to end my life?"

On aimerait savoir ce qu'auraient pensé les partisans français du suicide assisté si le gouvernement avait persisté dans sa volonté de ne pas rembourser les affections de longue durée, et avait proposé à la place la mort pure et simple pour les malheureux patients. Jean-Luc Romero et consorts, merci d'y réfléchir.

Comme dit Le Conservateur, "les conséquences de la création d'un droit de se faire tuer par autrui, sous le prétexte d'une expertise médicale, d'une décision de justice, d'une décision gouvernementale, ou d'une "preuve de consentement" sont trop nombreuses, imprévisibles et dangereuses pour réduire ce débat difficile à un déballage d'émotions consécutives à la découverte d'un cas personnel forcément touchant pour qui est un peu humain."

Derrière la compassion et le désir de respecter la volonté des malades, le débat sur le suicide assisté cache aussi une pression qui va aller en s'acroissant sur les malades et les personnes âgées, face à l'augmentation de l'espérance de vie, de la qualité des soins et de la pression démographique. Que répond la caisse à Barbara Wagner? "We do need to point out the options available to her under the Oregon Health Plan" (nous devons lui fournir les difftentes options possibles conformément au plan santé de l'Oregon).

Le plan santé de l'Oregon, plus important que la vie d'une personne. Il y a un certain collectivisme derrière le libéralisme, en fait. Le Serment d'Hippocrate est pourtant clair, malgré ses variantes : "Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément."

Le problème, c'est que derrière les médecins, il y a des bureaucrates.

Publié dans Société

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Charlatan Crépusculaire 08/09/2008 16:07

C'est pour cela que la législation française me satisfait en ne légalisant pas le suicide médicale. Elle prévient des abus et laisse quand même la porte ouverte aux juges pour décider la relaxe dans les cas extrêmes, ie, ceux qui valaient la peine que des gens se battent et prennent des risques (même si c'est difficile pour ceux-là). 

le chafouin 05/09/2008 19:03

@ppscoubyCf dans la colonne de droite il y a un mini article dessus : une maison de retraite néerlandaise ne réanimera plus les personnes âgées de plus de 70 ans le cas échéant, sauf si elle sont manifesté auparavant une volonté contraire.L'angoisse!

ppscouby 05/09/2008 17:29

@chafouinMerci d'avoir signalé ce fait qui me glace tant finalement ce que nous pressentions est loin d'être des élucubrations.Chafouin, vous parlez d'un exemple récent dans une maison de retraite néerlandaise, de quoi s'agit il ? Je n'ai pas suivi...N'oublions pas qu'au début de l'été avait été évoqué le possible déremboursement de certaines maladies longue durée.... (voir sur rue89).

pelmer 31/08/2008 15:35

Bien vu, Chafouin !

le chafouin 27/08/2008 08:37

Cratyle et LGB, merci!Je vous renvoie à un excellent commentaire de Liberal (sous l'aticle traitant du même thème), un commentateur de chez Koz, pour qui ce genre de dérives est inévitable écnomiquement : une fois qu'on a franchi le premier pas, le second paraît plus léger. Jusqu'à sombrer, comme dans cette exemple, dans une caricature qui s'explique pourtant très rationnellement si l'on se contente de raisonner en terme de gros sous...