La liberté, pour quoi faire?

Publié le par Le chafouin



Une vidéo chipée chez Maxime Pisano, d'une conférence de Pascal Salin, un libéral-libertarien qui se dit "fier d'être extrémiste" (c'est un gag) et qui pense qu'on peut "résoudre tous les problèmes" en laissant la liberté... libre de toute contrainte. N'hésitez pas à écouter la conférence en entier (la vidéo ci-dessus n'est qu'un extrait), qui en dit long sur l'idéologie la philosophie libérale.

Alors que l'actualité récente nous montre bien que la liberté des hommes doit être sous contrôle si on veut éviter au système de ne profiter qu'aux plus fort, il est assez comique d'entendre un tel discours, qui incite à l'irresponsabilité.

L'impôt "consiste à transférer de façon forcée la propriété de quelqu'un à quelqu'un d'autre", selon lui, est un système "immoral par nature parce qu'il repose sur la contrainte", un système qui n'est "pas juste", ce qui est assez drôle de la part de quelqu'un qui un peu plus tôt, explique qu'il ne "peut y avoir de justice sociale", puisque la définition de la justice dépend de l'opinion de chacun . Les morales personnelles de chacun "entrent nécessairement en conflit", donc la "justice sociale ne peut pas être définie" et donc, est "un concept dénué de sens".

Si l'on suit son raisonnement jusqu'au bout, la morale de chacun étant personnelle, on se demande au nom de quoi on devrait tenir compte des idées libérales, qui ne sont après tout également que l'expression d'une morale personnelle...

Pascal Salin, bien sûr, a la réplique toute trouvée : si j'ai bien compris, dans son schéma, le droit de propriété doit être le curseur, la ligne rouge qui nous dit ce qui est bien ou mal :  comme il s'agit du "fruit de l'effort humain", son respect absolu doit être érigé en "morale universelle", qui nous permet de déterminer ce qui est juste ou non. Pour moi, il y a une limite toute trouvée au droit de propriété : la destination universelle des biens.

Voilà qui me paraît en tout cas à la fois incohérent et dangereux. Ce relativisme absolu ne conduit-il pas tout droit à "l'état de nature", c'est-à-dire la loi de la jungle? Le problème, dans un système où on érige la propriété en valeur absolue et inviolable (Lomig disait bien, l'autre jour, qu'un principe connaissant des exceptions n'en était pas un), où on insiste sur la liberté de chacun, c'est que très rapidement, ce sont toujours les plus faibles qui se retrouvent pénalisés. C'est la dissolution du contrat social!

On peut là encore employer le mot "naïveté"  : à trop croire, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, que "l'homme naît naturellement bon", on peut aboutir aux pires dérives. Non, l'homme naît avec ses faiblesses, ses passions, il est un "loup pour lui-même", pour paraphraser Hobbes (tiens! un libéral...). Il faut donc le tenir à carreau.

Le caractère absolu de la liberté, tout comme celui de l'égalité, ne peut conduire qu'à la pagaille : sans contrainte, il n'y aurait certes pas d'impôt, mais il n'y aurait peut-être plus de charité. Chacun sera d'accord pour dire qu'une solidarité volontaire a plus de valeur qu'une solidarité collective. Peut-être même que cette dernière est une des causes de l'égoïsme, puisque si on donne déjà aux impôts, ma bonne dame, on n'a pas à sourire au sdf qui mendie en bas de chez soi. Il n'empêche : on a de quoi se méfier de la générosité personnelle, dans une société où on ne prône que la réussite personnelle et matérielle.

Mais ça, est-ce vraiment le souci de M. Salin?

Publié dans Chafouinage

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Polydamas 02/11/2008 13:35

 @ Criticus:L'instruction publique, un pouvoir régalien ? LOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOLLLLLLLLL.....Petit rappel, les pouvoirs régaliens sont la diplomatie, la justice et l'armée. Rien d'autre.

vogelsong 25/10/2008 17:34

Je crois me rappeler que cet illuminé de P.Salin, voulait "privatiser " les troupeaux d'espèces en voie de disparition, pour les sauvegarder.C'est le prototype de l'idiot abyssal.

Criticus 24/10/2008 17:58

@ CiliaOui, les collectivités territoriales font partie de ce que l'on appelle l'État au sens large. Il y a là aussi du ménage à faire, mais il est clair que l'équipement doit continuer à relever de leurs compétences, entre autres.Sur le reste, je suis d'accord, sauf sur « nos chères têtes blondes » : personne n'est blond en France, à part les filles qui se font teindre !

Charlatan Crépusculaire 24/10/2008 16:08

@Le Chafouin : je ne suis pas tout à fait d'accord (ou alors, on n'entend pas éducation de la même manière). Il y a des valeurs collectives, civiques qui peuvent (doivent ?) être transmises par l'école. Certaines valeurs liées à la philosophie sont également dans la mission éducative. Les parents ont un rôle primordial pour tout ce qui est de l'ordre du privé, et un rôle important pour ce qui concerne le reste, mais ils ne peuvent être seuls (déjà, pour une bonne raison, c'est qu'ils n'ont pas réponse à tout).

cilia 24/10/2008 16:07

Criticus, Zut, ça c’est vu… ;)Plus sérieusement, il faudrait peut-être aussi savoir ce qu’on met derrière le terme Etat. Pour moi, les collectivités territoriales en font partie. A ta liste, j’ajouterais donc facilement l’Equipement. Quand j’entends Salin (plus loin dans sa conférence) expliquer l’usage des trottoirs (devenus privés évidemment) dans son monde libéral idéal, reconnaissant qu’un système de péage serait peut-être peu pratique, mais qu’après tout, nous avons ou ne sommes pas loin d’avoir la technologie nécessaire pour équiper nos chaussures de capteurs afin de déterminer qui marche où et donc qui doit payer quoi à qui, je me dis qu’il n’est vraiment pas idiot de conserver à l’Equipement une dimension publique.Et j’en oublie certainement.Enfin, pour ce qui est de l’instruction de nos chères têtes blondes, il me semble que le problème n’est pas qu’elle soit publique, ou en tout cas, je n’ai pas encore admis qu’il était impossible d’instaurer (de réinstaurer ?) des enseignements et des structures d’enseignements publics compétents et efficients. Si privatiser l’enseignement permet de court-circuiter des problèmes trop lourds à régler dans un cadre public, il faut le dire simplement (pas toi, les libéraux). Mais à mon avis, prétendre que ces problèmes viennent d’un manque de liberté, avec toute la charge philosophique qui va avec, est simplement un mensonge.