Derrière la pédagogie, se cache la propagande

Publié le par Le chafouin

La communication politique atteint un niveau tellement élevé qu'on se demande, parfois, où est la limite entre la pédagogie et la propagande. Veut-on expliquer ou manipuler?

Ainsi, Thierry Saussez, le M. Com' de Nicolas Sarkozy, qui n'en a pas assez avec tous les sites internets gouvernementaux qu'il crée chaque semaine, a annoncé lundi soir sur Public Sénat qu'il réfléchissait à la création d'une émission de télévision, si possible sur le service public, où l'exécutif pourrait expliquer sa politique et répondre aux questions des Français.

On se demande comment on peut oser affirmer une telle énormité, sans même sourciller!

Sur la forme, Thierry Saussez explique que "tout est ouvert", et sur le fond, qu'il veut qu'à côté de la "bouilloire médiatique", existe quelque chose qui permette "d'ancrer les messages, les réformes, les mesures dans la durée". Ben voyons!

Evidemment, la société des journalistes de France Télévisions et le syndicat SNJ dénoncent ce projet, qui n'a d'autre but que de contourner et de placer sur la touche ceux qui sont justement là pour expliquer l'action gouvernementale, en la replaçant dans un contexte et en respectant le principe du contradictoire, autrement dit les journalistes.

Il est vrai que si dans les journaux, à la télé, on remplaçait les articles ou les émissions par des communiqués de tel ou tel groupe social, parti politique, organisation, syndicat ou association, on supprimerait tout filtre et on pourrait atteindre directement la cible du message. Celle-ci serait alors laissée à elle-même et donc manipulable à souhait. Comme à la belle époque de la Pravda! Efficacité totale : sans contradiction, le message est effectivement plus limpide...

Cela rappelle l'idée qui avait été lancée, à droite, d'imposer à l'AFP la diffusion des communiqués des partis politiques. L'Agence France-Presse avait vigoureusement répondu que les journalistes sont là pour sélectionner l'information, et pas pour la diffuser de manière exhaustive. Il y a d'autres créneaux pour les communiqués, comme les sites internets des dits partis.

Sans compter que de manière générale, il y a une emprise déjà beaucoup trop forte de la communication sur l'information. Les frontières sont devenues floues, de nombreux étudiants en communication deviennent journalistes et inversement, les journalistes se recyclent de plus en plus dans des services de communication.

On assiste également à une explosion des budgets "com" des institutions, et à une centralisation irrésistible de l'information dans les services en question : les focntionnaires, et parfois les élus eux-mêmes ont souvent consigne de se taire. On veut éviter que des bêtises soient racontées aux journalistes, et on veut unifier la "ligne politique" pour tout contrôler. Résultat : vous n'avez bien souvent comme seul interlocuteur un gentil monsieur ou une gentille dame sans aucune légitimité, qui a pour consigne de vous endormir et de faire en sorte que votre "papier" soit favorable. Ou de décaler la réponse à un moment jugé plus opportun par l'institution. Bien sûr, si vous vous orientez dans un sens défavorable, on peut aller jusqu'à black out : on ne répond pas à votre question. Circulez, y'a rien à voir...

Tout cela ne serait pas gênant si le but était de mieux expliquer l'action. Bien souvent, il s'agit surtout de créer l'illusion de l'action, ou de focaliser l'attention sur telle action, plutôt que sur telle autre. Ce phénomène est loin d'être l'apanage de la droite. Mais dans le cas de la proposition de Thierrry Saussez, on est dans la propagande quasiment avouée...

Publié dans Médias

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le chafouin 06/11/2008 13:36

@amikeMais les idées du gouvernement ont pu être exprimées sur ce sujet... L'opposition est dans une guerre idéologique et mensongère sur ce sujet, mais les gens ont eu le choix entre l'opinion du PS (oh, c'est horrible, on donne de l'argent pour les banques et pas pour les pauvres) et celle du gouvernement (en aidant le sbanques, on aide tout le monde, et de toute façon ces 300 milliards ne sont pas déboursés mais brandis comme une caution).Que faire de plus? croyez-vous qu'une émission d'explication convaincra qui que ce soit? Je discutais l'autre jour avec des gens qui croyaient dur comme fer à la version du PS, et franchement, je n'ai rien pu faire pour changer leur opinion.Bref, j'estime que le gouvernement a déjà suffisamment de créneaux pour faire entendre sa voix!

amike 06/11/2008 11:18

Prenons un cas réel : L'opinion considère qu'on a donné (pas prêté) 300 Md aux Banques. Cela est faux, c'est entendu, mais impossible d'en démordre. La faute à qui de ce refus de comprendre (pas d'y avoir crû, trop facile ;) )- le gouvernement présent ?- l'oppositionou les médias, qui devant leur différence d'opinion par rapport à la majorité a tendance à prendre la tangente ...Je considère qu'un gouvernement issu d'une élection démocratique (oublié ça les élections !!!), doit avoir une communication en rapport avec le fait qu'il doit expliquer : il y a déséquilibre si on a une égalité de temps de parole avec l'opposition, qui ne met que rarement à oeuvre ces affirmations...

le chafouin 31/10/2008 13:29

@charlatanDu côté du gouvernement, et de la droite en général, je pense qu'on (le on n'est pas un nous, hein) a tendance à vouloir rétablir l'équilibre après des années de dictature de la bienpensance (issue de la gauche, de l'anticléricalisme, et donc de la révolution...) en matière d'histoire. Je pense au Moyen Age, aussi : que n'a-t-on entendu pendant des années sur cette époque "barbare"! on en revient aujourd'hui, petit à petit.ça ne veut pas dire que je trouve l'initiative de darcos géniale : mais ça l'explique.

Enzo 31/10/2008 13:06

"Dans ce pays, il y a une histoire officielle que cela vous plaise ou nom !" C'est ce qu'on m'a dit le 17 juin dernier...

Charlatan Crépusculaire 31/10/2008 11:00

Oui, mais ce n'est pas nécessairement lié à une idéologie politique. Peut-être simplement le désir masqué de ne pas rendre les ados cyniques trop rapidement en découvrant la réalité du pouvoir^^Il est vrai que certaines parties de l'histoire sont sinon déformées, du moins arrangées, voire passées sous silence (l'essor des religions, la civilisation musulmane, l'esclavagisme, les gentillesses de la première guerre mondiale, etc), mais ça ne correspond qu'à des travers tenaces de notre société et les politiques ne feraient certainement pas mieux.