Lundi 15 décembre 2008
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Et voilà, ça y est. Je pensais que nos dirigeants auraient la
décence de s'abstenir d'une telle ineptie, d'une telle hérésie démocratique. Je pensais que c'était une blague, une incantation. Mais non : on pense bien à faire revoter les Irlandais sur le Traité de Lisbonne, qu'ils ont rejeté en juin à 53,4%. Et ce, jusqu'à temps qu'ils donnent la bonne
réponse!
Je ne m'étendrais pas sur les raisons objectives qui peuvent justifier qu'on sorte du marasme dans lequel l'Union européenne se trouve. Et qu'on
abandonne les règles étouffantes du traité de Nice, valables pour
une Europe à 15 et non à 27. Car cela, c'est le problème de ceux qui depuis Maastricht, construisent une Europe envers et contre tout bon sens. Elargissent à gogo avant d'approfondir, et après, se
plaignent que les traités ne soient plus applicables. L'Union est devenue un monstre, il faudra bien s'en apercevoir, tôt ou tard.
Après le double refus français et néerlandais, en 2005, elle était au fond du gouffre, condamnée à une existence
a minima. Et il a fallu concocter un nouveau traité. On a repris le
même, un brin retouché, "retoiletté" comme on dit, et en moins formel. On a fait avaler cette couleuvre aux Français, aux Néerlandais, qui n'ont pas bronché ou si peu. Chez nous, on aurait
déjà pu trouver scandaleux qu'on nous fasse voter de nouveau : même pas! On a ratifié le traité par voie parlementaire. Mais puisqu'on te dit que la constitution l'autorise, coco! C'est
dé-mo-cra-tique.
Face au refus Irlandais, et alors que 25 des 27 Etats (moins, donc, l'Irlande et la République Tchèque) ont ratifié ce traité, les Européens ont beau jeu de pointer du doigt les incohérences
irlandaises : soit vous quittez l'Union, soit vous votez de nouveau. On a évidemment incité Brian Cowen, le premier ministre irlandais, à choisir la
première seconde solution, en entourant ce nouveau dispositif référendaire de
précautions en béton pour être sûr que cettes fois, ces paysans
arriérés votent enfin dans le bon sens. On va
abandonner le principe selon lequel il y
aurait
moins de commissaires européens que d'Etats (l'idée de cette réforme étant de
considérer qu'un commissaire représente l'Union, et pas son Etat d'origine), alors que celui-ci est inscrit noir sur blanc dans le traité. On va également rédiger des dispositions annexes au traité
où on rassurera les Irlandais sur certains thèmes qui leur sont chers, tels que le droit à la vie ou la fiscalité. Dispositions qui ne serviront à rien d'autre, bien entendu, qu'à illusionner nos
amis irlandais.
Et hop! le paquet sera emballé. Brian Cowen fait encore mine de réserver sa décision, mais de fait, on s'oriente vers un vote en octobre 2009. Et pour amuser la galerie, le premier ministre
irlandais feint encore de réclamer des garanties d'ici le mois de juin.
Elle est pas belle, la vie?
Pour conclure, et au-delà du scandale démocratique que représente un nouveau vote, Jean Quatremer fait bien de pointer du doigt le risque d'une telle manoeuvre et la "jurisprudence" que cela peut
créer :
"Les citoyens auront désormais la tentation de toujours voter non pour obtenir ce que leurs représentants n'ont pu négocier. L'Union risque donc de devenir ingouvernable: par
exemple, entre le refus irlandais de toute harmonisation fiscale et sociale et la volonté française de parvenir à une telle harmonisation, on se demande sur quelle base pourra se faire un
compromis, compromis qui sera toujours jugé insuffisant. Bref, le prix à payer pour un hypothétique oui irlandais risque d'être très lourd."
Doit-on rappeler que nous partageons une monnaie commune, des valeurs communes, un droit commun et bien d'autres choses encore, avec des pays si differents et qui se sont fait les plus grandes guerre de l'histoire. Comme manque d'approfondissement, il y a pire.
PS : la construction de l'UE ne doit pas se bloquer par un pays qui, statistiquement, ne pèse pas gros poids au sein de l'Union et qui a refusé le traité par pur interêt national, avant de penser à l'intérêt commun.
L'article 3 de la constitution dit: "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par la voix de ses représentants et par la voix du référendum". Cet article ne hiérarchise pas un choix plutôt qu'un autre.
A partir de là, le président peut choisir de faire usage soit de l'article 11 soit de l'article 89 de la constitution, c'est tout l'objet du débat qui d'ailleurs n'est pas nouveau. Il a existé sous de Gaulle. En aucun cas la constitution n'a été bafouée.
des valeurs communes? lesquelles? On n'est même pas d'accord pour assumer un passé et des racines chrétiennes. Nos valeursz, elles ne valent pas un kopeck puisqu'on est prêt à les brader dès qu'il y a une centrale à vendre.
Il fallait bien entendu penser aux règles institutionnelles avant de faire entrer 12 Etats nouveaux.
@flamant rose
La constitution n'a pas été bafouée. Je n'ai jamais dit le contraire... Mais sur le fond, faire voter par le parlement la même chose que ce que le peuple a refusé, c'est juridiquement possible mais moralement condamnable. Idem pour l'Irlande. ET j'abonde dans le sens de criticus.
@Xerbias
On pose toujours la question dans ce sens, en reprochant aux nonistes de ne rien proposer d'autre. Mais pourquoi n'y a-t-il rien d'autre à proposer? Pourquoi? En effetn, uen fois que l'irlande a refusé ce texte, c'est soit on transige, soit l'irlande quitte l'Union.
Pourquoi les peuples refusent souvent les référendums européens, et jamais les parlements? Pourquoi à chaque fois qu'on propose un référendum, ou presque, c'est le non qui l'emporte sur ce sujet? Est-ce juste une preuve d'idiotie des peuples? Quand l'Union prendra-t-elle en compte tous ces appels? Tous ces signes d'impopularité d'une certaine façon de concevoir l'Europe?
L'exemple des projets d'élargissements pour 2009 est très parlant : on va droit dans le mur, et en plus, on accélère. Et en guise de dessert, il faudrait qu'on applaudisse?
Eh oui, c'est comme ça que ça se passe. Tous ces référendums proposent bien une alternative : être pour la construction européenne ou être contre. Les gens comme Philippe de Villiers suivent légitimement leur raisonnement lorsqu'ils appellent à voter contre, puisqu'ils ne veulent pas d'Union Européenne. Mais pour ceux qui y sont favorables, il n'y a qu'une seule bonne réponse à la question posée.
Je partage un grand nombre de reproches quant aux pratiques en cours dans l'Union Européenne, notamment la déresponsabilisation technocratique. Mais sur la question précise des institutitions, on peut se faire plaisir en critiquant le fait de faire revoter, mais si l'on veut avancer, je crains que les choix soient limités. D'où la question que je posais : qu'aurait-il fallu faire sinon ?
Union bananière européenne
Cet article a été repris par Agoravox où il est resté 2 jours en tête des articles les plus lus avec 208 commentaires.
Je vous invite vraiment à le lire sur :
http://www.levraidebat.com
Chafouin tu veux dire "soit vous quittez l'Union, soit vous votez de nouveau. On a évidemment incité Brian Cowen, le premier ministre irlandais, à choisir la seconde solution"
A part ça, bien d'accord avec l'article. Faites un référendum jusqu'à ce que vous disiez oui. Bel exemple de démocratie. Remarque en France ça a été pire, on a voté non et on nous a fait passer un oui au forceps... A quoi sert les urnes ? si on refaisait les élections 2007 ?
Sinon, toujours scandaleux et désespérant (déprimant) ces élites qui rendent l'Europe impopulaire... Ca finira mal cette histoire...
Non, l'alternative ne se pose pas ainsi. Ce n'est pas "pour" ou "contre" la construction, mais contre ou pour cette construction. Je voterai sûrement souverainiste aux prochaines élections européennes, et ce ne sera pas pour me prononcer contre l'Europe. Mais pour me situer en opposition avec tous les autres partis européistes, qui sont de toute façon bénis-oui-oui depuis Maastricht. On entérine tout le reste quand on demande de voter sur les institutions.
@Criticus
on en connaît d'autre!
@Maurice
Belle autopromo. Et sinon, le débat?
@Falcon
bien dit! et moi je demande un nouveau vote sur le travail dominical, le jour où il sera entériné.
@B.mode
Oh oui, pardon, je vais modifier, merci!
Voilà une bien mauvaise décision, puisque ce vote sera revendiqué par les souverainistes comme une adhésion à leurs thèses. C'est en fin de compte paradoxal de vouloir rejeter un texte qui améliore la démocratie européenne à cause de l'insuffisance démocratique actuelle, et de voter à nouveau à côté de la plaque aux élections européennes, lorsque les enjeux sont cette fois-ci notamment de déterminer des éléments de politique de construction européenne. A l'arrivée, tous ces votes de mécontentement n'améliorent rien et rendent juste plus ingouvernable l'Union Européenne pour de mauvaises raisons, de quoi générer encore pas mal de mécontentement pour la suite.
Après, je peux détailler sur commande des propositions constructives pour améliorer la démocratie européenne, mais elles attirent moins l'attention que la colère et la protestation.
La construction européenne est un pari énorme, fou même. Chacun des 27 est singulier, unique. Si je te suis, nous devrions nous enterrer dans un perfectionnisme absolu, nous empêchant toute action tant que nous ne serions pas en mesure d’être certains que tout sera parfait ?
Ca me fait penser à des parents qui voudraient que leur enfant ne se lève pas et n’essaie pas de marcher parce qu’ils ne sont pas absolument certains qu’il ne tombera pas, ne se cognera pas, ne pleurera pas.
Nous innovons et nous avons d’excellentes raisons de le faire. Et l’Union n’est pas une dictature. Nous avons le droit de la quitter aussi. Est-ce ce que tu souhaites ?
Pour l’Irlande, j’entends bien tes arguments sur le respect du vote démocratique et ceux de Quatremer sur le risque de jurisprudence, le pays, via les électeurs, négociant a posteriori ce que ses représentants n’ont pas su obtenir en amont.
Mais, j’aurais tout de même une question. Trouves-tu normal que des politiques locaux ou nationaux se servent impunément de faux arguments pour influencer le vote européen de leurs concitoyens ?
Je veux dire que si, comme il me semble que c’était assez généralement analysé, la question de l’avortement est venue fausser le vote, est-il si insensé de vouloir rectifier cette erreur ?
J’aurais préféré que ce faux problème soit réglé en amont, mais comment ? Tu as le moyen toi d’exiger des politiques qu’ils soient honnêtes quand il s’agit d’Europe ?
Nous avons l’obligation d’avancer ensemble si nous voulons que cet ensemble ressemble à quelque chose et nous apporte quelque chose de bénéfique. L’obligation de penser, de travailler dans l’esprit du consensus.
Que proposes-tu d’autre d’efficient ?
« on en connaît d'autre! »
À quels autres fais-tu allusion ?
Disons qu'en matière de melon, tu n'es pas le dernier! ;)
@Xerbias
Et celui qui a voté sarkozy en pensant que surtot, royal devait rester un nom de pizza, tu crois que son vote n'est pas instrumentalisé? Le vote l'est tujours, et chacun vote poru une raison différente. regarde le vote non au référendum de 2005 : on l'a assimilé comme un vote de gauche, alors qu'en réalité, beaucoup de gens (comm emoi) ont vraiment rejetté tout une construction qu'ils refusaient.
Partant de là, les institutions européennes, et les chefs d'Etat, devraient en tirer des leçons, c'est cela que je me tue à dire depuis trois ans. Mais aucune leçon! On recommence toujours les mêmes idioties, on continue de vouloir élargir à tout prix, et on veut faire revoter ceux qui ont dit non.
Partant également de ton riasonnement, est-ce que les gens ont voté sakozy pour de bonens raisons? Qui doit en juger? Et si non, pourquoi ne pas réorganiser le vote de mai 2007?
Sur les souverainistes : s'il y en a quelques-uns au parlement européen, ça ne fera pas de mal.
Moi aussi, j'ai détaillé des propositions pour l'Europe. Elles ont également très peu attiré l'attention...
@cilia
Juges-tu la situation actuelle proche du perfectionnisme absolu? S'y dirige-t-on? Là, l'enfant s'est déjà levé, et il n'arrête pas de tomber : peut-être est-il handicapé?
Je pense qu'il faudrait adopter une position plus pragmatique sur l'Union, car nosu rêvons, en France, d'une europe fédérale (c'est cela, que je voudrais, moi, car tant qu'à faire de perdre des compétences, autant en gagner aussi), d'une euorpe politique, masi personne n'est d'accord avec nous sur ce point. Donc je préfère dans ce cas me rabattre sur l'idée d'une europe des nations, car c'est plus respectueux de nos droits.
"Trouves-tu normal que des politiques locaux ou nationaux se servent impunément de faux arguments pour influencer le vote européen de leurs concitoyens? " Mais chère cilia, cela n'arrive pas dans l'autre sens? Les arguments sur la paix en europe, c'est pas un peu éculé? Et c'est pas un peu à côté de la plaque?
Et je pense que l'Union étant appelée à se prononcer sur de plus en plus de sujets, avec de moins en moins d'unanimité il est compréhensible que des Etats, ou des peuples, se posent des questions sur des points qui leur sont chers. Et se demandent si ça "vaut le coup" de confier les clefs à cette "entité".
"Tu as le moyen toi d’exiger des politiques qu’ils soient honnêtes quand il s’agit d’Europe ?"
Oui, en votant non, non, non. Jusqu'à ce qu'ils comprennent. Visiblement ça ne fonctionne pas mais est-ce ma faute?
Je les avait vues, et et j'avais dit que j'étais d'accord avec elles. Et c'est justement incompréhensible de souhaiter ça pour l'Europe, et de vouloir ensuite voter pour ceux qui ne feront rien pour la responsabilité des élus européens et qui rejetteront toute démocratisation des institutions, étant en désaccord avec l'existence même de ces institutions. Comment s'étonner ensuite que ça ne va pas comme on veut si on fait tout pour le contraire ?
Alors on peut s'énerver sur le fait que les leçons n'en sont pas tirées, mais si le message est incompréhensible, ça explique certaines choses.
"Et si non, pourquoi ne pas réorganiser le vote de mai 2007?"
Dans les référendums, l'alternative est assez claire : ça passe ou ça casse. Dans les élections, chaque vote est compté comme une adhésion au programme et au candidat, c'est ça qui donne la légitimité pour l'action politique. Il n'y aurait aucun problème avec le non aux institutions européennes, si ça impliquait d'autres alternatives que la sortie de l'UE. L'alternative qu'on a trouvé après le non au TCE fut le Traité de Lisbonne, on y a perdu pas mal, mais visiblement, pas assez.
Mais voter pour ceux qui de toutes façons, au PS ou à l'UMP, ont les oreilles complètement fermées à ce sujet, je ne vois pas non plus l'intérêt, si on raisonne en termes stratégiques...
Je ne suis pas contre les institutions, et les souverainistes ne le sont pas forcément non plus...Ils peuvent être pour d'autres institutions, plus démocratiques...
Tu crois vraiment ce que tu dis, quand tu sous-entend que si les choses vont mal, c'est parce que les opposants à la construction européenne telle qu'on la conçoit depuis des lustres ne sont pas clairs ? C'est un peu retourner la charge de la preuve, je trouve...
« Disons qu'en matière de melon, tu n'es pas le dernier! ;) »
Tu reprends ici le discours de CSP. Un anti-chrétien qui rêverait de te tuer à coups de pelle, très dommage que tu ne voies pas tes vrais ennemis...