En ces jours dépourvus d'actualité, la mise en cause du socialiste Julien Dray dans une affaire financière a fait du bruit, à l'occasion d'une perquisition à son domicile et son
bureau de l'Assemblée nationale, vendredi dernier. Avec un écho que décidément, on a bien du mal à interpréter...
Nous ne reviendrons pas ici sur le volet pénal et en tout cas la genèse juridique de cette histoire :
d'autres s'en sont chargés, avec bonheur. Non, ici c'est le volet politique qui
nous intéresse. Et avec un peu de recul, une fois qu'on a dit que Julien Dray était
présumé innocent, on se
pose plusieurs questions. Un tryptique qui débouche sur une idée un peu folle...
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Pourquoi cette affaire fuite-t-elle dans la presse, avec des détails aussi précis? Nous ne sommes qu'au stade de l'enquête préliminaire, et par exemple, sur
une autre affaire similaire et récente de présumés détournements de
fonds à Henin-Beaumont, là aussi en terres socialistes, on n'en a pas fait autant. Et surtout, on n'a pas eu droit à autant d'infos...
Rue89 vous les résume à merveille, en deux temps, trois mouvements :
"Tracfin, la cellule antiblanchiment d'argent du ministère des Finances, aurait observé des mouvements de fonds suspects sur les comptes des deux associations (fidl et sos-racisme, ndc) depuis
janvier 2006. Au total, 351 027 euros auraient été évacués de ces comptes, dont 127 377 euros par chèque au bénéfice des deux proches du député de l'Essonne. Lesquels auraient ensuite
reversé 102 985 euros à Julien Dray. 94 350 euros de retraits en liquide et 113 890 euros provenant de "particuliers membres de la sphère économique" auraient aussi profité au
responsable socialiste, militant depuis ses quatorze ans, co-fondateur de la FIDL et de SOS Racisme."
Alors certes, vu le contexte des manifestations lycéennes, on a avancé l'hypothèse d'un complot destiné à assombrir l'image d'un des deux syndicats lycéens, la Fidl (confondée par
Dray) qui est citée dans cette affaire. Une telle conclusion est-elle pertinente, alors que le mouvement était de toutes façons destiné à hiberner pendant les vacances
de Noël?
Notons que cette "fuite" n'est pas un hasard, ni le fruit d'un travail d'enquête journalistique. Je ne crois
plus trop aux qualités d'investigations de nos journalistes. Les autorités judiciaires,
policières peuvent décider de donner ou pas l'info, mais le plus probable, dans ce genre d'affaires, c'est une fuite organisée au niveau de l'exécutif, éventuellement via la
direction générale de la police nationale. D'ailleurs, n'est-ce pas ce que tente de faire comprendre Julien Dray, qui a annoncé hier avoir
déposé plainte contre X, pour essayer d'identifier
la source qui a "balancé" son nom aux médias?
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Pourquoi les socialistes sont-ils si discrets sur le sujet? Evidemment, comme le notent
Authueil et
Jules, les dommages collatéraux, au niveau
de l'image, sont énormes dans ce genre d'affaire, a fortiori quand il s'agit d'un élu, et spécifiquement si celui-ci est socialiste. Les rapports entre gauche et argent ont été, sont et resteront
tabous.
Il est cependant étonnant de voir la direction du PS, et le PS lui-même,
aussi discrets dans le soutien apporté à
Julien Dray. Aubry, Hamon et les principaux leaders socialistes n'ont pas bougé la moitié du petit doigt pour prendre sa défense.
En d'autres circonstances, on les entend ruer
dans les brancards, au nom de la sacro-sainte présomption d'innocence chère à Elizabeth Guigou. Là, rien, ou si peu. Jack Lang qui fait le guignol. Moscovici aussi, mais sans son
bouc. Ségolène Royal, François Hollande (à savoir l'actuelle et l'ancien mentor de Dray) qui lui ont "envoyé un SMS" de soutien. Malek Boutih, un de ses proches, a été le plus offensif dans la
contre-attaque, parlant carrément de
"lynchage".
Hormis ces rares soutiens, c'est le désert : un autre ancien leader étudiant, Bruno Julliard, aujourd'hui au conseil national du PS, a même semblé accabler son
prédécesseur, hier sur BFM-TV.
"La question n'est pas de soutenir ou de ne pas soutenir, c'est une affaire qui ne concerne pas le Parti socialiste, c'est une affaire privée qui concerne
Julien Dray", a-t-il crânement affirmé. On rêve, ou c'est un croc-en-jambe? Débrouille-toi, camarade! Ce n'est pas notre affaire! Cambadélis n'a pas dit mieux, lorsqu'il a prétendu qu'il ne
fallait
"pas politiser les choses". Ben voyons! Et pour les
saboteurs de caténaires non plus?
Le fond du problème, c'est que la direction actuelle du PS n'a pas l'air décidée à soutenir un membre du clan Royal. Les haches de guerre s'enterreront-elles, d'ici à 2012?
- Pourquoi l'UMP a-t-elle pris à ce point la défense de Dray? Troisième étape de la réflexion, la réaction de la droite. On aurait pu s'attendre à des commentaires ironiques,
acerbes, satisfaits. Mais non. Frédéric Lefebvre, pourtant habitué aux provocations, a pris tout le monde à contre-pied, hier, en entonnant un
vibrant plaidoyer en faveur de Julien Dray :
"La présomption
d'innocence, ça compte. Il n'est pas très agréable de voir ce déchaînement aujourd'hui sur Julien Dray alors même que personne ne connaît la réalité et que des juges font leur travail. Je
m'abstiendrai de tout commentaire négatif à un moment où ce parlementaire que je connais bien est en train de vivre des moments difficiles. La justice dira s'il a des choses à se reprocher ou non.
En tout cas pour moi, tant que la justice ne s'est pas prononcée, Julien Dray est innocent."
Authueil y voit une pique à l'adresse du PS, et une façon d'occuper le terrain dont n'ont pas profité Aubry et
son équipe :
"ce communiqué sur le respect de la présomption d'innocence, c'est Martine Aubry qui aurait du le faire, dès ce week-end ! Que ce soit Frédéric Lefebvre qui l'ait fait le
premier, c'est véritablement du sel jeté sur une plaie à vif".
Sauf que Frédéric Lefebvre est du même bord, en l'occurrence, que ceux qu'on peut légitimement soupçonner d'avoir fait fuiter l'info. Qui, à gauche, aurait intérêt à faire "sortir" une affaire
comme celle-là, qui risque d'éclabousser tout le monde si elle explose?
Ajoutons à cela le fait que Dray est fréquemment cité parmi ceux qui à gauche, pourraient être visés par un nouveau
raid d'ouverture de Nicolas Sarkozy... Que le même Dray estime aujourd'hui être "mort politiquement", du moins à gauche... Autrement dit : à qui profite le crime, en l'occurrence? Qui
tire les marrons du feu des deux côtés? Qui peut relancer la carrière de l'ancien leader de SOS-racisme?
Politiquement, Julien Dray n'est plus une grosse cible car il a soutenu Royal au PS...
Je n'aime pas Royal, mais on ne peut nier son poids certain - je le déplore - dans l'opinion publique.
@Dominik
Non, je n'y crois pas, car les manifs allaient s'arrêter d'elles-mêmes aux vacances. Donc il n'y a pas d'intérêt, je trouve, à "griller" un tel joker à ce moment là : si l'on suit cet objectif, le plus intelligent aurait été de le faire après les vacances de Noël, à la reprise éventuelle du mouvement, non?
Je pense qu'il est dans l'intérêt de l'UMP de garder le clan Royal en vie, du moins ses éléments les moins dangereux pour elle. Dray en fait partie. Après, peut-être que ce qui s'est produit au PS existe aussi ailleurs, à droite par exemple.
Dernière hypothèse : Lefebvre, qui a été pris la main dans le sac sur la propriété intellectuelle sur le net, a psychologiquement voulu déclarer une trêve, tout en détournant l'attention de ses propres problèmes (cf. mon dernier billet)
T.
Lefebvre ne s'est pas exprimé en son nom mais en celui de l'UMP, n'oublions pas.. Mais l'hypothèse selon laquelle Sarkozy pourrait vouloir préserver royal intacte pour affaiblir aubry n'est pas stupide, loin de là!
Bonne fin d'année copain chafouin
Le secret professionnel, c'est pour tout le monde ou pour personne !
@Rubin
Ilne profite pas, globalement, au PS. Et du côté de Sarko, si on peut espérer le "récupérer", on peut aussi se dire que cette affaire peut rester comme un fer rouge qui lui ôte tout intérêt. Ce n'est pas pour rien si Dray a dit ce matin que selon lui sa carrière était "finie", ou presque. Mais il peut s'en relever...
@Falcon
Sans qu'il y ait clearstream, je t'assure que pour que l'info transpire, il faut bien que quelqu'un en décide ainsi. Alerte un journaliste, en l'occurrence celui du Monde...
Que Dray aime les montres de luxe, ça le regarde. Certes, ça ne fait pas très de gôche, mais après tout, heureusement qu’il y a des clients à l’industrie du luxe, cela génère beaucoup d’emplois.
Ce que je ne comprends pas, ou c’est peut-être moi qui, par manque de temps, n’ai pas bien lu les articles relatant cette affaire, c’est pourquoi on parle plus de la manière dont Dray aurait dépensé ou pourrait dépenser cet argent et si peu du pourquoi ces associations le lui auraient versé !
Si Dray, au lieu d’avoir la réputation d’aimer les montres de grand prix avait celle d’être un donateur privé très généreux auprès d’associations s’occupant de financer des écoles au Zimbabwe, cela justifierait-il que Tracfin ne se soucie pas de ces mouvements importants et a priori non justifiables entre le compte bancaire de Dray, ou de proches, et ceux de la FIDL et de SOS racisme ?
Que le PS dise officiellement que cette affaire ne le concerne pas mais concerne, si la preuve en est apportée, uniquement Dray dans sa dimension d’homme privé, ça peut se comprendre à ce moment du déroulement des événements.
Mais que la presse, ou plutôt ce que j’en ai lu et compris, se préoccupe plus de rappeler le goût des montres de Dray ou d’un complot quant à la révélation de l’affaire dans ce contexte d’affrontements lycéens/ministre de l’EN, plutôt que de se demander pourquoi, au nom de quoi, dans quel intérêt ces associations donneraient de l’argent à des personnalités politiques ou utiliseraient leurs comptes pour le faire transiter, ça, ça me dépasse.
avant de savoir à qui profite le crime, il conviendrait de s'interroger sur le crime.
L'abus de biens sociaux commence au premier euro détourné de ses fins, qu'il s'agissent de prise d'interêt personnel ou pas. Que l'argent de sos-racisme ait servi à assouvir la compulsion "bling-bling" de Dray ou à payer la location du Zénith importe peu, de ce point de vue. Il est question d'éthique.
La gauche se doit d'être irréprochable et particulièrement les dirigeants qui postulent à des responsabilités locales ou nationales. Avant de faire la morale à la jeunesse des banlieues, il conviendrait d'être vraiment clair à l'égard de l'ISF, du respect du code du travail et de l'utilisation de fonds publics ou associatifs. Est indigne de la confiance du Peuple, tout socialiste qui ne respecte pas lui-même cette éthique élémentaire, vous en conviendrez.
Il serait bon qu'on se le dise du côté du fan-club "désirs d'avenir".
Pour de plus amples explications, je vous invite sur mon blog :
http://chautauquas2007.blogspot.com
L'homme étant pressenti dans une nouvelle ouverture, (à l'intérieur ,) cette affaire tomberait à pique pour couper l'herbe sous le pied, et cela peut venir de n'importe ou, de droite comme de gauche...