Institutions

Vendredi 5 décembre 2008
Je souscris pleinement à ce qu'on a pu lire chez Authueil, Elmone ou Nicolas J au sujet de cet ancien rédacteur en chef  de Libération, Vittorio de Filippis, qui a été visé par un mandat d'amener et qui a fait l'objet d'une fouille au corps pour une simple affaire de diffamation.

On en fait beaucoup trop sur une affaire qui n'aurait ému personne s'il s'était agi de quelqu'un d'autre qu'un journaliste. Le déluge de commentaires, jusqu'au plus haut niveau de l'Etat, n'est-il pas totalement disproportionné? On semble découvrir les fouilles à corps. Les corporatismes moutonniers persistent pourtant à croire qu'une convocation devant un juge d'instruction est une affaire d'Etat. S'ils pensent qu'un juge obéit à Nicolas Sarkozy, que peut-on pour eux?

Le débat ne doit pas se situer sur le terrain de la liberté de la presse, ou sur le point de savoir si la diffamation doit relever du pénal ou non : ce n'est tout simplement pas le sujet. Le sujet, ce n'est pas non plus la brutalité, dénoncée par nos bienpensants, des policiers, qui n'ont fait qu'appliquer la loi (en-dehors de quelques détails). Cessons de penser que la presse est opprimée par le pouvoir (qui passe, pendant que la presse reste) ou que la dictature est proche. Cessons de crier inutilement au loup.

Que lit-on par exemple sur cet appel à manifester cet après-midi devant le palais de justice de Paris, lancé par les principaux syndicats de journalistes? "Cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse constitue une suite logique des propos tenus depuis plus d’un an par les hautes autorités de l’Etat et des réformes engagées ou envisagées. Elle ne présage rien de bon pour la démocratie et les citoyens"

Cette réaction n'est-elle tout simplement totalement à côté de la plaque ?

D'autant que lorsqu'on lit la version des policiers présents ce jour-là, qui a été publiée par Le Point, on n'a pas le même sentiment de désapprobation et de gêne qui nous animait après avoir lu le récit de Vittorio de Filippis. Déjà, on peut s'étonner du fait que ce monsieur ne se présente pas aux convocations d'un juge d'instruction. Quand on est bien élevé et qu'on n'a rien à se reprocher, on se déplace pour se voir signifier sa mise en examen, quand bien même elle serait symbolique. La justification selon laquelle le journaliste n'aurait pas reçu le courrier est amusante, mais à vrai dire invraisemblable.

Ensuite, on s'aperçoit que les policiers démentent l'avoir insulté et menotté devant son fils. Ils assurent avoir été courtois et prétendent au contraire que c'est M. De Filippis qui a été désobligeant et méprisant à leur encontre : "M. de Fillipis était très agité, en colère, parlant fort et gesticulant dans le hall en nous accusant d'avoir des méthodes du Far West et d'être des cow-boys, ajoutant qu'il était patron de journal." Un témoignage qui contredit celui du journaliste, qui assurait n'avoir fait mention de sa qualité de journaliste qu'une fois arrivé au Palais de Justice.

Alors, peut-on vraiment parler d'une affaire Filippis?
Par Le chafouin
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Mardi 25 novembre 2008

Parfois, je me demande si on vit dans le même monde, ou si les juges et militants associatifs n'ont pas un prisme social déformant qui leur fait voir uniquement ce qu'ils ont envie de voir, ou ce que leur idéologie leur dicte de voir.

 

J'ai bondi, hier, en lisant cet article résumant les craintes de ces honnêtes gens, qui à l'occasion des journées nationales prison, s'inquiètent de voir la justice devenir de plus en plus répressive à l'égard des mineurs.

 

Sans blague! Je vous le donne en mille. "L'idée du mineur que l'on veut faire passer, c'est celle du multirécidiviste", explique Claude Doyen, vice-présidente du tribunal pour enfant du TGI de Strasbourg, alors que "le juge pour enfants ne revoit quasiment jamais la plupart des mineurs pour lesquels il est saisi".

 

Ajoutons que "selon des chiffres du ministère de la Justice, 673 mineurs sont actuellement incarcérés en France, pour un total de 1.100 places disponibles".

 

673 mineurs détenus en France, alors qu'il y a un potentiel d'un peu moins du double, est-ce un scandale? Et cette juge, ignore-t-elle, ou fait-elle exprès d'ignorer que s'il existe à l'évidence une écrasante majorité de mineurs (passez-moi l'expression) qui se tiennent tranquilles, une petite minorité d'entre eux sont des ultra-récidivistes de la violence de rue, qui sont certains d'échapper à toute sanction jusqu'à leur majorité?

 

Mon travail me fait cotoyer de près les questions de délinquance. Et des mineurs arrêtés pour des délits graves, et qui sont relâchés et remis à leurs parents en dépit de tout bon sens, c'est hebdomadaire. Sans même que le juge soit saisi, d'ailleurs! Je vais prendre deux exemples concrets survenus récemment dans le Nord.

 

Le premier, c'est le cas d'un mineur de 12 ans, qui s'est fait arrêter en compagnie de cinq ou six voyous après qu'un étudiant a été rossé de coups... dans l'unique objectif de lui piquer son iPod et ses lunettes. L'étudiant a été jeté à terre et a reçu des coups de pieds au visage de la part de toute une bande d'individus. Nez cassé, c'est dire. Dans les heures qui ont suivi, la police a arrêté des suspects qui traînaient encore dans le coin, et qui correspondaient au signalement donné par l'étudiant. Parmi eux, ce gamin de 12 ans, sur lequel sont retrouvés les lunettes. Il est désigné par l'étudiant comme par ses amis comme étant le "meneur" de la bande. Eh bien non seulement il ne sera pas placé en garde à vue (c'ets interdit en-dessous de 13 ans), mais il sera remis à ses parents le soir-même, sans même être "déferé" au parquet des mineurs, qui de toutes façons, l'aurait relâché.

 

Elle est où, la réponse judiciaire, dans ce genre de cas?

 

Deuxième exemple, qui correspond mieux au problème de la délinquance des mineurs. Un ado de 14 ans, dont la fiche de délinquance déborde d'un écran d'ordinateur, est arrêté pour avoir racketté plusieurs collégiens. On lui reproche également des vols à l'arraché, et il a déjà été pris il y a quelques mois pour avoir organisé avec des amis un ingénieux système de vols de portables avec violences : juchés sur des vélos, ils attendaient leur proie avant de fondre sur elle et d'arracher le téléphone. Plus grave, le père d'un des élèves rackettés, qui avait porté plainte, a été menacé avec un revolver par ce jeune homme.

 

Que croyez-vous qu'il lui est arrivé? Lui, il sera déféré au parquet des mineurs. Séance de gros yeux, et ni une ni deux, remise de l'enfant (parce que c'en est un) aux parents. Rendez-vous dans trois mois pour passer devant le juge des enfants, qui le mettra en examen et envisagera une mesure éducative.

 

Elle est où, là encore, la réponse judiciaire? C'est bien simple : elle n'existe pas. Comme lui, nombre de gamins vont de convocation en convocation, et entre les deux, continuent leur parcours délictuel sans le moindre problème. Ils peuvent même rire au nez des policiers, en garde à vue : ils connaissent très bien la législation et savent que jusqu'à leurs 18 ans, l'impunité leur est garantie. Ils sont donc tranquilles.

 

Sauf cas extrême, bien sûr. Mais une fois qu'on en arrive à des délits très graves, ou à des crimes, n'est-il pas déjà trop tard? Lorsque ces mineurs auront 18 ans, et qu'ils écoperont d'une peine plancher qui les remerciera pour l'ensemble de leur oeuvre, ils partiront pour deux, trois ans de prison ferme, et leur vie sera mal partie. Ne serait-ce pas plus intelligent, pour la société comme pour eux, d'intervenir plus tôt?

 

Cette juge des enfants décrit sans doute la réalité lorsqu'elle dit que la plupart ne récidivent pas.

 

Oui, mais les autres? Que fait-on, pour eux, qui vivent dans des conditions déplorables, dont les grands frères sont truands et dont les parents sont absents ou trop fragiles pour les éduquer correctement?

 

Que fait-on pour eux, alors que dans les foyers de placement pour mineurs, la victime cotoie le délinquant (considéré comme victime), qui lui-même cotoie le psychopathe dont les établissements spécialisés ne veulent plus?

 

L'ordonnance de 1945 privilégie l'éducatif sur le répressif, et c'est tant mieux. Mais il y a un moment où on doit arrêter de prendre les mineurs pour des saintes nitouches, et leur coller une bonne vieille sanction, qui ne doit d'ailleurs pas forcément être la prison.  Une séance de ramassage de feuilles mortes, peut-être?

Par Le chafouin
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Mercredi 15 octobre 2008
Ce n'est pas la première fois, mais les sifflets entendus hier au stade de France en provenance des supporters français de l'équipe tunisienne de football, à la fois contre la Marseillaise, les Bleus et le pauvre Hatem Ben Arfa me font mal, très mal. Ils ne savent pas ce qu'ils font, mais faut-il leur pardonner?

La fois dernière, il s'agissait de France-Maroc, il y a quasiment un an, en novembre 2007. Et je cherchais vainement des explications sociales à cette véritable honte. Une honte, parce que ces Français issus de l'immigration tunisienne sont peut-être des déracinés, et l'Etat n'a peut-être pas tout fait pour leur faciliter la tâche, mais la France reste leur patrie d'adoption à laquelle ils doivent un minimum de respect. Soutenir la Tunisie est leur droit le plus strict, mais s'ils crachent sur le drapeau bleu-blanc-rouge et la Marseillaise, je leur suggère cette alternative : soit demander l'asile politique en Tunisie, pays que manifestement ils préfèrent, soit rester en France en demandant la nationalité Tunisienne.

Sur ce sujet, les bornes sont franchies et on ne peut plus se contenter de parler de simple problème d'éducation, de politesse, ou peut-être tout simplement de mimétisme (les sifflets pouvant devenir un jeu), même si ces trois aspects sont présents dans cette crise.

Hatem Ben Arfa, né Tunisien mais qui a choisi le maillot bleu, a été lui aussi copieusement sifflé et qu'en dit-il? "On l'avait vu contre le Maroc et l'Algérie, on va dire que c'est devenu une habitude même si je ne sais pas s'ils le pensent vraiment. Mais je ne leur en veux pas vraiment. C'est un peu dommage mais ce n'est pas grave. Il y avait plus de Tunisiens que de Français, il faut les comprendre. C'est sûr que c'est bête mais du moment qu'il y avait du spectacle et que tout le monde s'est fait plaisir, ce n'est pas le plus important? C'était un match important pour la communauté tunisienne et française pour qu'elles se rassemblent, a ajouté le joueur de Marseille. Pour moi, c'était une fierté."

On peut applaudir à sa compréhension et sa nuance, mais ce genre d'opinion n'est-il pas totalement à côté de la plaque, angélique, voire aveugle? Est-ce "vraiment le plus important", que la France ait gagné et qu'il y ait eu du spectacle? Les communautés se sont-elles vraiment "rassemblées"? Peut-on parle de "fierté", ou plutôt de honte?

Cette fois, comme Criticus, je ne peux que me résoudre à l'évidence : il y a un gros problème avec la notion de nationalité dans notre pays, qui n'est plus du tout intégrateur mais qui accole les communautés les unes à côtés des autres sans chercher à leur trouver un but commun. Ce n'est pas un problème social, puisque jusqu'à preuve du contraire, on n'a jamais vu des RMIstes dits "de souche" (terme vraiment peu adéquat, mais je n'en ai pas d'autres) siffler la Marseillaise.

La faute, pour moi, est toute trouvée : on a voulu flatter les origines des immigrés, dans les années 80, et créer des "Beurs", des "Maghrébins de France", ce qui est une hérésie totale : soit ils sont maghrébins, soit ils sont Français. Pas les deux. Qu'es-ce que ça veut dire, "Beur"? Parle-t-on de Pollack ou de Rital? Parle-t-on de "Breton du Nord"?

C'est cette schyzophrénie, orchestrée par des mouvements comme SOS-Racisme avec la complicité objective du PS et de la gauche, trop heureux de s'assurer le vote d'une minorité importante et ainsi créer de toutes pièces le Front national, épine qui restera longtemps dans le pied de la droite. qui est à l'origine de cette situation.

Résultat : la communauté nationale est aujourd'hui fracturée (les communautés asiatiques ne sont pas moins renfermées sur elles-mêmes, d'ailleurs), et les identitaires extrémistes reprennent du poil de la bête en se faisant passer pour de gentils défenseurs de la culture locale.

On court au conflit, et au conflit armé, c'est une évidence : déjà, les politiques marchent sur des oeufs dès qu'ils pénètrent dans les cités, dont on achète le silence à coups de subventions. Les insultes du type "sale Français" se multiplient, et je ne vois pas comment on va passer à côté d'une nouvelle crise majeure.

Dès lors, que faire? Si je partage son diagnostic, je n'agrée pas à la conclusion de Criticus, qui propose de créer une forme de "nationalité au mérite", qui récompenserait de la carte d'identité ceux qui s'en sont montrés dignes, qu'ils soient de souche ou  pas. Si l'idée est séduisante, elle me semble impraticable dans les faits. Quels seraient les critères, la méthodologie utilisée? Et surtout, la nationalité n'est-elle pas un fait, plus qu'une récompense à gagner? Je suis Français, parce que je suis comme ci ou comme ça, pas parce que je suis né quelque part ou que j'ai été gentil à l'école.

Comme Rubin Sfadj, je crois donc plutôt à une relance du modèle assimilationniste, qui seul peut permettre de créer une communauté soudée. Les tests de langue pour acquérir la nationalité vont dès lors dans le bon sens, même si ce n'est pas suffisant. Contrairement à ce que nous ont fait croire les chimères gauchisantes, une société homogène n'est pas forcément synonyme de renfermement sur soi. Car ne pas accorder la nationalité, ce n'est pas rejetter l'autre, c'est le considérer tout bonnement comme ce qu'il est : un autre. Et une société éclatée ou multiculturelle n'est pas ce paradis qu'on nous a fait miroiter, où le steak-frites se mélange au nem et au couscous pour le plus grand plaisir des papilles et le plus grand bonheur de tous.


EDIT : La décision annoncée par le gouvernement, de pure communication, d'interrompre les matches en cas de sifflets de l'hymne national est doublement contestable : d'une part parce qu'elle n'est pas applicable (au niveau sécurité, et puis parce que ce serait injuste), d'autre part, parce que cette annonce permet surtout d'éluder le fond du problème. J'entendais hier soir Roselyne Bachelot sur France 2 : je ne l'ai pas entendu parler de politique d'intégration ou de politique familiale.

Lire aussi, à ce sujet, la réflexion de Malakine.
Par Le chafouin
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Vendredi 19 septembre 2008
A chaque fois, c'est la même chose. Les visites de prison me plongent toujours pendant plusieurs jours dans une forme de scepticisme envers le régime carcéral. Non pas en raison de l'horreur de la situation, qui semble assez largement exagérée par les associations humanitaires, mais en raison de l'organisation du système en lui-même, de l'ambiance qui règne dans ces établissements.

Attention, je ne parle pas ici statistique mais d'une impression qui se revendique comme personnelle et donc forcément subjective. Voilà, disons le tout net : je n'ai jamais vu, dans une prison, la situation sanitaire catastrophique décrite par les médias et associations, mais en revanche, je reste persuadé de l'inanité du système. Quand on a vu ça, et malgré le travail formidable de quantités d'associations et personnels de réinsertion, on se dit qu'un tel système ne peut que tourner sur lui-même. Et à vrai dire on se demande comment certains s'en sortent.

Hier, j'accompagnais donc une délégation d'élus et d'avocats dans deux prisons du Nord Pas-de-Calais. L'une vétuste à souhait, l'autre d'une modernité à faire peur. Dans ces deux maisons d'arrêt, on sent bien que l'administration veut faire bouger les choses, et des efforts sont faits pour enfin faire en sorte d'appliquer les fameuses règles pénitentiaires européennes, qui ne l'oublions pas, sont à l'origine du projet de loi pénitentiaire examiné fin juillet devant le conseil des ministres, et dont on attend toujours l'arrivée au Sénat, qui ne devrait pas intervenir avant janvier.

Par exemple, on rénove le "mitard", le quartier disciplinaire : plus question de faire dormir les "rebelles" dans des cellules à peine éclairées, dotées de toilettes à la turque. Les fenêtres sont donc en train d'être agrandies, le détenu pourra lui-même allumer la lumière, des toilettes classiques sont installées. Très bien.

Ailleurs, un quartier "sortant" est en cours d'édification : on veut préparer les détenus au plus tôt à rejoindre le monde réel. Le tout dans une atmosphère bon enfant où l'on parle de "contractualisation" avec le détenu, où on insiste sur le fait qu'on "respecte sa volonté". Oui car voilà : en prison, on ne force jamais personne.

On est libre de travailler ou pas, par exemple, c'est-à-dire d'un côté, d'avoir des horaires qui vous aident à structurer votre journée, gagner de l'argent, s'activer, de l'autre, rester à regarder la télé dans 9m2. Au passage, il paraît assez choquant que des entreprises privées gèrent les "ateliers de production", d'où sortent des produits certifiés ISO-9001 qui sont en concurrence directe avec le marché... D'un côté on peut se dire que cela prépare le détenu à la sortie, en le contraignant à faire du travail de qualité, mais vu du côté de l'entreprise, il s'agit surtout de faire du profit sur le dos des personnes incarcérées et ça, c'est vrai que ça a du mal à passer. Passons.

On fait également beaucoup pour les détenus : de nombreuses activités sont proposées, des tas de gens se bougent pour trouver des idées, il y a des exposition, des concerts, bref, on n'abandonne pas les prisonniers.

Au final, quand on voit tout ça, on réalise les progrès qui ont été effectués non seulement dans les mentalités mais aussi dans les faits. Et la loi pénitentiaire de Rachida Dati essaie de  poursuivre l'effort, en multipliant les mesures alternatives de détention, comme le bracelet électronique, qui sera généralisé pour toutes les peines inférieures ou égales à six mois. les aménagements de peine seront également étendus. "Le but est de stopper la course à l'inflation de la population carcérale, m'explique un élu UMP de la délégation, qui soutient le texte tout en souhaitant des améliorations. C'est un texte très urgent car il faut enfin avoir un texte-cadre sur les prisons, ce qui n'a pas été le cas depuis 22 ans. Le plan Perben de construction des prisons prévoyait de disposer de 64 000 places d'ici à 2011 : il y a déjà plus de 64 000 détenus en France, et l'an passé, la population carcérale a augmenté de 8%!"

On oriente donc tous les efforts sur la population carcérale, en se disant qu'une fois que les effectifs seront revenus à un niveau plus acceptable, tous les problèmes seront règlés. Mais il en existe bien d'autres, des problèmes!

Car dans le même temps, les courtes peines, celles qui sont les plus difficiles à traiter (difficile d'effectuer un travail avec le détenu, à peine entré, déjà sorti...), se multiplient. Dans la prison ultra-moderne que j'ai visitée hier, l'administration double toutes les cellules, prévues au départ pour être individuelles conformément aux recommandations européennes. Quel est le sens de tout cela, au moment où on souhaite diminuer les effectifs?

On joue donc sur les deux tableaux, dans une attitude proprement schyzophrène : à l'opinion publique qui réclame plus de sécurité, on offre des lois répressives, la rétention de sûreté, les peines-plancher pour les récidivistes, on parle de tolérance zéro (et encore, la justice laisse libres quantité de gens qui pourraient encore grossir les effectifs des prisonniers...), et donc on fait tout pour que les personnes dangereuses soient mises hors d'état de nuire, et de l'autre, on élabore de beaux discours sur la dignité du prisonnier et une belle loi pour faire en sorte qu'il y en ait le moins possible.

Moi, le bracelet électronique, je n'ai rien contre, même si on manque de recul pour analyser son application. Il y a encore trop peu de détenus qui le portent pour avoir un retour digne de ce nom. Mais pendant ce temps, l'essence même de la prison française rend vain tous ces efforts, à mon sens. On ne prend pas le problème à la base.

Car pendant que se multiplient tous ces beaux discours, les détenus, eux, vivent dans une atmosphère à l'hygiène douteuse. Dans une ambiance détestable. Dans une sphère fermée où les comportements du dehors se reconstituent. "Ce sont des petites cités en miniature", souligne un surveillant. Les clans se reforment, les rivalités aussi. Et parfois, au milieu de tout cela, de cette ambiance empreinte de violence, où les produits stupéfiants tournent avec une facilité déconcertante, il y a parfois un type qui arrive parce qu'il a bu au volant. Qui se retrouve plongé dans un enfer incroyable, dans un monde qu'il ne connaît pas, d'où il pourra difficilement sortir meilleur qu'il n'est entré.

Il y a aussi l'apprentissage de la violence et des combines, puisqu'on mêle toutes sortes de profils, sans tenir compte des âges (des quartiers jeunes majeurs avaient par exemple été élaborés pour épargner les 18-20 ans : suppirmés à la demande de l'administration centrale!), ni des types de condamnation.

Et puis, bien sûr, il y a les cas qui relèvent de la psychiatrie. "15 à 30%" des détenus, selon le directeur d'une des deux prisons, souffrent de troubles psychologiques ou psychiatriques. Ce qui semble logique. Quand on se balade dans les allées, on croise certains détenus au regard hagard, shootés au médicaments. Tout se passe comme si on maintenait les détenus tranquilles, avec leur dope et leur télé. Jusqu'au jour où ça explose. "Quand on ouvre certaines cellules on ne sait pas ce qu'on va trouver, certains sont complètement défoncés", glisse un autre surveillant. Les agressions se multiplient. On pourrait parler des deux détenus tués à Rouen. Un jour viendra où un gardien sera touché.

Croyez-vous que la loi pénitentiaire se penche sur le problème? Croyez-vous qu'on ait tenté d'ajouter au débat le problème de la psychiatrie française? Pour beaucoup de gens, les fous n'ont rien à faire en prison, non seulement pour eux (sont-ils responsables de leurs actes? un élu confiait hier qu'il faudrait enfin, un jour, supprimer la différence entre abolition et altération du discernement) mais aussi pour tous les autres.

Mais non. En France, on aime bien règler les problèmes les uns après les autres, au gré des faits divers et de l'actualité. On manque de cette vision globale qui permet de faire avancer les sujets de concert. C'était pourtant ce qui semblait induit dans l'idée de "politique de civilisation", non?
Par Le chafouin
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Samedi 13 septembre 2008

Nicolas Sarkozy vient de réitérer, de concert avec le pape Benoît XVI actuellement en voyage pastoral en France, son souhait de voir émerger une laïcité positive.

"Dans son discours au pape, Nicolas Sarkozy a réaffirmé lui aussi le concept de "laïcité positive", qu'il avait abordé lors de son discours du Latran. Pour le président français, il est "légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions (...). Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée".

Nicolas Sarkozy a défini la "laïcité positive" comme offrant "à nos consciences la possibilité d’échanger, par delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences". En particulier en matière de moralisation du capitalisme financier, de bioéthique et face aux progrès de la science. "La quête de spiritualité n'est pas un danger pour la démocratie, pas un danger pour la laïcité", a-t-il martelé."

On a le sentiment, en observant ces deux conceptions que le concept de laïcité positive suppose, plus qu'un changement de législation, une révolution des esprits. Pour qu'on cesse de considérer les religions avec méfiance, alors que comme Benoît XVI l'a rappelé dans l'avion qui l'emmenait en France, "la foi n'est pas politique et la politique n'est pas une religion" : Ce sont "deux sphères qui doivent être ouvertes l'une pour l'autre (...). Il est évident que la laïcité n'est pas en contradiction avec la foi."

C'est une attitude, un état d'esprit, une façon ouverte et détendue de voir la vie. Respecter les croyances et accepter le rôle social des religions, c'est aussi valider le principe de la liberté de penser de chaque homme/femme. Une application de cette tolérance chère à notre beau pays. Les religions n'apportent-elles rien? Et le catholicisme n'a-t-il pas apporté beaucoup dans l'histoire de la France et du monde?

La laïcité positive, au fond, c'est tout le contraire de cet anticléricalisme protestant ou typiquement de gauche. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon et de son traditionnel coup de gueule à contre-courant. Ni de la mauvais foi délirante de Henri Tincq, dans Le Monde. Hashtable fait un bon résumé de l'attitude des médias dans cette affaire.

Dans le texte de cette pétition, par exemple, on prône un refus de la laïcité positive, une vigilance de tous les instants, et on définit ainsi la laïcité espérée : "une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux."

Une définition proche de celle qui a été proposée par le pape... Sauf que le texte précise tout de même sa pensée profonde vis à vis du Vatican : "Un Etat théocrate et patriarcal", qui "use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique."

Et puis : "Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II"

On veut séparer les sphères, mais tout en désignant l'une d'entre elles comme étant intégriste. Curieuse manière d'envisager le dialogue. Au fond, avec tous ces contre-exemples, on comprend mieux ce que ne doit pas être la laïcité dans notre pays, non?

Lire aussi le point de vue de Sebastien de CaRéagit!

Par Le chafouin
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Mercredi 21 mai 2008
Difficile de se prononcer sur le fond du projet de réforme des institutions examiné depuis hier à l'Assemblée nationale. Car il n'est pas aisé de deviner à l'avance ce que peuvent donner dans la pratique les modifications très théoriques de la Constitution. Une chose est sûre : le climat politique est peu propice à un tel toilettage de la loi fondamentale.

A priori, il semble louable que l'exécutif souhaite de sa propre initiative donner plus de pouvoir au Parlement. Pour ceux qui voient ça de loin, la Constitution de 1958 a en effet institué un régime politique non identifié, donnant avant tout les coudées franches à l'exécutif - dominé par le Président, en temps de concordance des majorités parlementaire et présidentielle - pour gouverner tranquillement à l'abri des remontrances des députés et sénateurs.

On se souvient en effet des épisodes "parlementaristes" désastreux des IIIe et IVe Républiques, qui donnaient beaucoup trop de pouvoirs à la chambre basse, et empêchaient les gouvernements de travailler dans la sérénité : le régime italien actuel n'est pas loin. Conséquences collatérale de cette stabilité politique voulue par le général de Gaulle et Michel Debré, le parlement s'est vu réduit à la portion congrue en matière d'exercice du pouvoir. Ainsi, le gouvernement maîtrise par exemple entièrement l'agenda législatif et l'ordre du jour des assemblées, peut repousser les amendements qui ne lui plaisent pas, demander un vote bloqué ou engager sa responsabilité (article 49.3) sur un texte, ce qui équivaut à le voter de suite sans débat. Bref, le parlement n'a que peu de marges de manoeuvres pour s'imposer face au gouvernement. La motion de censure a généralement très peu de chances d'être adoptée, par exemple.

Comble de l'ironie, la réforme du quinquennat imposée dans l'indifférence générale en 2000 a renforcé la marginalisation du Palais-Bourbon, dont l'élection concorde désormais avec celle du président. On l'a vu dès 2002 après la victoire de Chirac sur Le Pen : les députés tirent désormais en grande partie leur légitimité de la victoire présidentielle un mois plus tôt. Or la légitimité et la source du pouvoir, en politique, c'est fondamental...

Le projet porté par François Fillon et Nicolas Sarkozy a justement pour ambition de réduire cette domination de l'exécutif, tout en consacrant la fonction présidentielle. En gros, le pouvoir législatif bénéficierait de plus de pouvoirs de contrôle et d'initiative, l'opposition verrait ses droits élargis et consacrés, limitation à deux mandats présidentiels, le président pourrait s'exprimer devant l'assemblée. Prises séparément, les mesures ne semblent pas mauvaises (vous en avez ici une liste exhaustive), mais le tout est disparate et ne présente pas de logique d'ensemble qui saute aux yeux de manière évidente.

Sauf que ce texte issu des propositions de la commission Balladur mécontente beaucoup trop de monde, alors même que le gouvernement a besoin d'une majorité qualifiée importante (3/5e des députés et sénateurs) pour faire passer le texte au Congrès. Les gardiens du temple gaullistes, d'abord, qui sont quelques-uns dans l'hémicyle, et qui sonnent la charge contre un texte qui dénaturerait selon eux une Ve République pourtant moribonde. Hervé de Charette parle ainsi d'un projet "inutile, bidon et dangereux sur certains points"... Difficile d'espérer rallier son vote. Les villepinistes verront sans doute aussi une bonne occasion de savonner la planche du gouvernement.

Le PS, qui est en position d'arbitre, dicte naturellement ses conditions, souvent irréalistes, parmi lesquelles le changement de scrutin au Sénat, qui ouvrirait la voie à une alternance jamais vue à l'assemblée haute. Ou des exigences-gadgets comme la comptabilisation par le CSA du temps de parole du président dans celui de la majorité. Enfin, le MoDem de Bayrou, qui lui n'est pas du tout en position de force, exige une dose de proportionnelle afin de rendre le Palais-Bourbon plus représentatif du pays.

A quoi sert en effet de vouloir donner plus de poids à une assemblée qui de toutes façons, est complètement déconnectée de la diversité des courants politiques?

« L'avenir jugera ceux qui diront oui ou non aux droits nouveaux proposés dans ce projet de révision constitutionnelle », a prévenu hier soir de manière péremptoire le premier ministre François Fillon dans un discours introductif alarmiste qui rappelle les élans outrés et impertinents de la campagne du référendum européen de 2005. La tactique est connue : faute d'avoir suffisamment déminé les réticences en amont, le gouvernement se retrouve à déposer son texte en jouant la carte du chantage de l'histoire qui ne repassera pas les plats. Après avoir concédé quelques mesures au Nouveau Centre (parmi lesquelles la constitutionnalisation de l'interdiction du déficit public, vieille revendicaiotn centriste) et à l'UMP (on évoque de nouveau l'idée d'un référendum obligatoire sur l'entrée de la Turquie dans l'UE), l'exécutif espère remobiliser les indécis de son propre camp.

Pas sûr que cela soit suffisant! Le risque est grand de voir la réforme échouer de manière ridicule et plonger le sarkozysme dans une crise plus grave encore que celle qu'il traverse actuellement. Ce projet est en effet un des engagements phares du président. Décidément, celui-ci a bel et bien "gâché" le crédit dont il disposait il y a un an. A l'époque, il changeait en or tout ce qu'il touchait. Désormais, son entourage a les pieds de plomb. De là à envisager une dissolution...
Par Le chafouin
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Vendredi 16 mai 2008

Il y a de quoi être étonné après les déclarations de Nicolas Sarkozy visant à instaurer une forme de service minimum dans les écoles en cas de grève. La gauche et les syndicats trouvent là une belle occasion de se jouer les vierges effarouchées, alors que le droit de grève n'a jamais été absolu, et ne saurait d'ailleurs l'être.

Il n'en fallait pas plus pour irriter tout ce que la France compte de syndicalistes, d'enseignants et de membres de l'opposition. Nicolas Sarkozy, au terme hier d'une journée de mobilisation plutôt réussie dans la fonction publique et dans l'enseignement, a annoncé son intention de présenter un projet de loi visant à instaurer un droit d'accueil dans les écoles les jours de grève. Est également évoquée l'obligation pour les professeurs grévistes de se déclarer 48 h à l'avance.

On peut d'emblée constater que cette loi n'est pas coercitive, et n'entrave en rien la liberté des fonctionnaires de l'Education Nationale de se mettre en grève. Se déclarer deux jours avant un mouvement n'est pas gênant, et l'acueil des élèves dans les écoles ne remplacera pas les enseignements, et doit être vu d'avantage comme une aide précieuse pour les familles, qui ne cherche pas à "casser la grève". Bref, il s'agit typiquement du genre de mesure qui peut permettre un progrès, tout en ménageant le droit légitime des agents de l'Etat à se faire entendre sur leur statut et le contenu des enseignements.

La grogne des syndicats, si on lit bien les réactions au-delà du mouvement actuel, se situe à un autre niveau, c'est-à-dire au caractère quasiment sacré du droit de grève, qui serait absolu et ne pourrait donc connaître de limitation. Une interprétation quelque peu hâtive et erronée des textes, puisque le préambule de la Constitution de 1946 stipule que "le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le règlementent".

La conclusion nous vient de Toréador et se trouve dans la déclaration des droits de 1789, celle-là même sur laquelle les syndicats s'appuient : définitivement, la loi a le droit de réglementer et d'organiser le droit de grève.

"Art. 4. - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi."

L'indignation est donc purement et exclusivement politique, et de circonstance. Les enseignants ne digèrent surtout pas les propos du président au terme d'une journée sociale qu'ils estiment réussie. Ce n'est pas une raison pour faire dire à la Constitution ce qu'elle ne dit pas!

Par Le chafouin
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Mercredi 13 février 2008

On pourra dire ce qu'on veut sur Carla Bruni, sur la première interview accordée à son compère  de l'Express Christophe Barbier, la nouvelle première dame de France a eu diablement raison de renvoyer le Nouvel Observateur dans ses buts au sujet du SMS à Cécilia.

Oui, on ne va parler que de cela, de cette petite phrase, "A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs?"

Et à vrai dire, le reste de l'ITV n'est pas passionnant. L'organisation du mariage avec Sarkozy, ses sentiments sur le monde politique, on s'en contrefiche. Franchement. A la limite, on est vaguement intéressé par ses justifications au niveau de sa relation aux médias. Par sa vision de ce que doit être une première dame de France. On se dit que peut-être, elle a compris qu'elle ne pourrait tout faire maintenant qu'elle a choisi d'emprunter cette "voie" sans doute difficile et risquée pour elle. Du moins, on l'espère naïvement...

Certes, Carla aurait pu, aurait dû éviter cette comparaison douteuse et choquante. Voilà où mène cette stupide habitude de certains, à gauche, de systématiquement fasciser l'adversaire. On voit peu de liens entre le fait de publier une information selon laquelle Nicolas Sarkozy aurait demandé à Cécilia de revenir (et on comprend que ça ne plaise pas à la nouvelle élue du coeur de l'élu), et le fait de publier des listes de noms de juifs. C'est de mauvais goût. On peut même s'étonner que l'Express ait laissé passer une telle idiotie. Bon, elle s'est excusée, paraît-il.

"Pathétique", répond chez Rue89 Michel Labro, directeur de la rédaction du Nouvel Obs'. Celui-ci estime que la sortie de la première dame est "parfaitement hallucinante, assez incroyable et pathétique", en résumé "parfaitement imbécile". Il s'étonne que dans la presse, peu de monde prenne la défense de son hebdomadaire, qu'il qualifie de "sérieux", et "reconnu".

Mais au-delà de cette polémique née de l'interview, c'est justement le problème : la crédibilité du Nouvel Obs'. Il a clairement franchi les bornes. Cette info, difficilement vérifiable, a été balancée sur internet sans même être signée autrement que par des initiales, rappelons-le. Quel courage! Alors peut-être que le journaliste qui a recueilli l'info est sûr de lui et peut justifier ainsi l'usage de l'indicatif plutôt que du conditionnel. Peut-être qu'il a vu l'un ou l'autre des téléphones de Cécilia ou de Nicolas. Mais on peut en douter.

Et au-delà du problème de la source, du recoupement, bref, de l'éthique de base du journalisme, se pose la question de l'intérêt en soi de l'info. Qui est proche du zéro, convenons-en. Michel Labro, d'après rue89, "s'étonne aujourd'hui du procès qui lui est fait pour avoir mélangé vie privée et vie publique, quand la femme du Président elle-même accorde "une interview où ligne par ligne on ne cesse de mélanger les deux allègrement". Oui, mais lui, il est journaliste! C'est à lui de faire le tri. Les "oui mais c'est lui qui a commencé", ça n'a aucun sens. On en reviendra toujours là : ok, Sarkozy a fait le premier pas en élargissant le cercle de sa vie publique une partie de sa vie privée. Certes, il a laissé les journalistes rentrer dans la brèche. Est-ce une raison pour céder à la tentation de confondre Closer et le Nouvel Obs'?

Gageons que l'histoire servira de leçon? On peut en tout cas dire merci à Carla Bruni, qui nous a donné un bon prétexte pour enfin parler ici de ce SMS, sans avoir l'air de basculer à notre tour dans le people. Pas mal, non?

NB : le Contre-journal a demandé à quelques blogueurs dits influents s'ils auraient publié l'info. On se demande pourquoi Laurent Gloaguen (Embruns) aurait un avis plus original que Tartempion sur la question, on se demande aussi pourquoi on n'interroge pas plutôt les directeurs de Marianne, de l'Express ou du Point, mais j'aime assez la réponse de Versac : "Première étape : quelle est la source, peut-on la recouper ? Vérifier l'information ? Deuxième étape : l'information est-elle d'importance ? éclaire-t-elle les choix politiques de notre président ? Est-elle susceptible d'influer sur son exercice du pouvoir ? Apporte-t-elle des éléments nouveaux nous permettant de juger de ce qui guide son action ?"

EDIT : Jean Daniel, le patron du Nouvel Obs', a fait son mea culpa hier dans un éditorial, reconnaissant que la publication de cet article était une erreur. C'est tout à son honneur.
Par Le chafouin
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Mercredi 9 janvier 2008
Ce matin, on apprend que Nicolas Sarkozy a été hospitalisé le 21 octobre pour un abcès à la gorge. Superbe révélation de deux journalistes qui ont enquêté (quelle investigation!) sur la face cachée de l'ex-première dame, Cécilia Sarkozy. Je m'étonnerai toujours de la capacité de notre presse de prendre autant de risques pour faire des révélations fracassantes.

On pourrait commencer par dire que l'on pourrait attendre autre chose, c'est-à-dire mieux, de nos médias. Qu'ils fouillent, qu'ils enquêtent sur des informations plus fondamentales, sur le monde des affaires par exemple. Qu'ils fassent plus d'analyse, qu'ils mettent les faits en perspective, au lieu de nous bassiner avec la vie privée du président. Ils entrent dans un jeu qu'ils ne maîtrisent pas... Les journalistes doivent faire autre chose que d'attendre que les communiqués de presse tombent avant de tous les reprendre, les commenter et les disséquer. Autre chose que de se plier à l'agenda des institutions. Pourtant, pour connaître la chose de l'intérieur, il faut avouer que l'agenda, c'est le squelette du journalisme français. En périodes creuses, on est perdu, au secours, plus d'agenda, que faire?

Mais surtout, cette hospitalisation, on s'en moque! Cette information ne nous regarde pas, comme dirait l'autre. Certes, on peut se demander pourquoi l'Elysée ne l'a pas annoncée plus tôt, alors que le candidat Sarkozy avait dit qu'il publierait chaque mois un bilan de la santé présidentielle en cas de victoire. Certes.

Mais ce n'est pas la façon dont en parlent les médias. Ils parlent du président, cette fois comme d'habitude, comme s'il s'agissait d'une personne sacrée, d'un monarque, de l'oint de Dieu. Ce n'est pas le cas. La présidence est une institution qu'on doit aborder avec respect, mais pas avec révérence. L'esprit de courtisanerie des médias français doit cesser. Les mêmes donnent des leçons de morale, sans vergogne, à leurs collègues anglo-saxons, mais sur ce terrain, on pourrait vraiment balayer devant notre porte.

Un abcès à la gorge, c'est grave? Un jogging, c'est important? Non. Les mêmes qui reprochent à Sarkozy d'être omniprésent ne cessent de scruter ses moindres faits et gestes pour en faire leurs choux gras. De grâce, cessez...
Par Le chafouin
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Lundi 24 décembre 2007
A la veille de Noël, il faut revenir au discours du Latran. Reparler des propos tenus au Vatican par Nicolas Sarkozy. Évoquer à nouveau de façon complète mais non exhaustive ces "racines chrétiennes" de la France qu'il a reconnues et exaltées. Quel est le but recherché? La déclaration était-elle sincère? Ces questions sont importantes, mais subsidiaires du fond. Peut-être le président, une nouvelle fois, s'est-il voulu provocateur, à contre-courant, briseur de tabous. Une nouvelle fois, il a plus à perdre qu'à y gagner.

 

On en a vu s'indigner, comme un seul homme. Surtout à gauche. Les vieux réflexes. Réactions très prévisibles des laïcistes, qui sont à la laïcité ce que les djihadistes sont à l'islam ou les intégristes à la chrétienté. Des héritiers des anticléricaux du temps du petit père Combes. Des excessifs. Des gens bornés, pour qui la religion est un ennemi à abattre coûte que coûte, un interlocuteur à exclure à tout prix du champ public. Un mal qu'il faut extirper de la société! Les malheureux. Alors même qu'une conviction personnelle ne peut se contenter d'animer la sphère privée. Que la foi n'est pas qu'une question de cœur, mais également une envie à partager dans le respect de l'autre. Il n'y a qu'en France où on est ainsi méfiant des religions, qu'on considère implicitement comme des empêcheurs de jouir en rond, comme des entraves à la liberté de l'homme (un comble!). Une nouvelle preuve, s'il en fallait, de l'imprégnation des préceptes marxistes dans notre société.

 

Pour en parler, il faut revenir au fond du discours, que je vous invite à lire en entier ici pour en juger. Lorsqu'on en lit certains, on s'étonne de cette furie, de cet emportement tapageur et ridicule. Qu'a dit Sarkozy? Il n'a fait que constater, certes avec courage, des évidences. Morceaux choisis.

 

Ça commence par un constat. Oui, la France a des racines chrétiennes. C'est un fait, et le reconnaître est une simple déclaration. Le nier est vain.

 

"J'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre Nation à l'Église. (...) C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue la fille aînée de l'Église. Les faits sont là. (...) La foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature. (...) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et La France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle, contribution morale (...), contribution littéraire, artistique (...), contribution intellectuelle..."

 

Comment peut-on le contester? Tout ou presque, dans notre culture, provient du christianisme. Notre pays a été forgé par l'influence des valeurs chrétiennes. Mêlées à d'autres, bien sûr. Sinon l'Europe entière serait construite sur le même système. Mais des valeurs essentiellement chrétiennes. Notre droit s'en ressent. Même le juge d'instruction est le descendant en ligne directe du "juge inquisiteur". Tout cela, il faut être d'une mauvaise foi totale pour le nier. On se croirait parfois dans 1984, dans cette société où l'on gomme de l'histoire ce qui ne nous plaît pas. Que certains veulent d'une société sans Christ, c'est une chose. Qu'ils contestent le fait que notre pays ait souhaité pendant des siècles le contraire, c'est une hérésie, sans jeu de mots. La France a été à la pointe de la Chrétienté jusqu'à la Révolution française. Point barre.

 

Et de définir la laïcité à la française :

 

"Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans leurs congrégations, avant comme après 1905. je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétroactive du passé. (...) Le régime français de la laïcité est aujourd'hui la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d'en changer, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l'administration en fonction de sa croyance."

 

Là-dessus, on peut même ajouter que la véritable laïcité a été fondée par Jésus-Christ lui-même, quand celui a déclaré qu'il fallait "rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Avant l'avènement du christianisme, j'aimerais bien qu'on me cite une société dans laquelle il existait une séparation du spirituel et du temporel. or en France, cette distinction a très tôt été appliquée par les Rois de France, qui ont tout fait pour respecter les papes tout en leur expliquant qu'ils étaient les patrons pour les questions temporelles. Qui ont tout fait pour défendre le catholicisme sans haine des autres religions. Il suffit de se rappeler l'épisode des conflits violents entre catholiques et protestants, au XVIe siècle, qu'on appelle "guerres de religion" : les rois, de Henri II à Henri IV, ont la plupart du temps essayé de se placer entre les deux camps, dans celui des "politiques". Bref, la laïcité "à la française" ne date pas de 1905. En 1905, c'est un texte anticlérical qu'on a voté, nuance.

 

Et Nicolas Sarkozy de critiquer le penchant bien français à vouloir ignorer et se construire en opposition au passé :

 

"Pour autant la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire, elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire, commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, c'est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire."

 

Et d'appeler la France à s'apaiser sur ce terrain là, et aux chrétiens d'assumer leur identité. De constater que l'espérance peut beaucoup, contrairement aux idéologies, qui ne permettent pas de "trouver un sens à l'existence" et ne "répondent pas aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort". Et, de manière quasiment schizophrénique, pour un président qui semble sans cesse fasciné par la réussite matérielle, de rappeler cette évidence : "les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des homes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent". Bref, de louer le fait spirituel...

 

Ce qui énerve au plus haut point la gauche (si elle essaie de s'adapter au monde économique, elle reste largement archaïque sur ces questions) c'est la suite. Que Sarkozy ait osé dire que "un homme qui croit, c'est un homme qui espère, et l'intérêt de la République est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent".

 

Pour une fois, et parce qu'il convient d'être honnête, il faut dire bravo à Nicolas Sarkozy, et à l'excellente plume qui a écrit ce discours très profond, dont la substance rappelle son ouvrage sur la République, les religions et l'espérance. Dans l'esprit du président, "la désaffection progressive des églises rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie des prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux, c'est une évidence". D'où cette idée : il n'y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial, et considérer le fait spirituel et le fait religieux, avec bienveillance. Se dire qu'on a tout à gagner à avoir un maximum de citoyens qui professent l'amour des autres. Se dire que "la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini". Bref, pas de blasphème à appeler de ses vœux l'avènement d'une "laïcité positive", qui considère "que les religions ne sont pas un danger, mais plutôt un atout"...

 

Au lieu de cela, nos négationnistes des racines chrétiennes de la France s'épouvantent, crient au sacrilège, au scandale. Ils tempêtent, ils grommellent. Ils ne se rendent pas compte que pendant que cette idée de laïcité positive n'est pas ce qu'ils croient, c'est-à-dire pas un recul, ni une concession faite aux religions, mais plutôt une façon de se servir des religions pour le bien de l'homme. Ils ne se rendent pas compte que pendant que les religions reculaient, d'autres idoles les remplaçaient. Le culte de l'argent, les sectes, les voyants et autres escrocs de tous poils, les jeux de hasard, la vénération des dieux du sport. Pas sûr que la société y ait gagné. Ce serait même sans doute plutôt l'inverse. Mais peu importe, pour les laïcistes, qui sont généralement les mêmes que les anticléricaux : maintenant, l'homme est "libre", et c'est tout ce qui compte!

   
Par Le chafouin
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Lundi 17 décembre 2007
Et voilà. Après être passé, aux yeux du monde entier, pour celui qui faisait tout lui-même, y compris le travail de simple collaborateur. Pour celui qui négocie les traités simplifiés, quand d'autres ont fait le boulot à sa place outre-Rhin. Pour celui qui libère les infirmières bulgares de Libye en raflant le long travail de préparation de nos partenaires de l'Union européenne. Pour celui qui accueille en grande pompe un dictateur, sans réelles contreparties. Après être allé se faire insulter lui-même par les marins-pêcheurs, après s'être ridiculisé en personne devant les cheminots. Après, finalement, avoir contribué à transformer l'hyperprésidence en petite présidence, Nicolas Sarkozy donne cette fois de la France une bien piètre image : il officialise sa réputation de coureur de jupons.

Certes, il n'est pas le premier à le faire. Chirac, Mitterrand, en ont vu d'autres. Louis XIV et madame de Maintenon, Louis XV et la Pompadour, c'était blanc bonnet et bonnet blanc. Mais ces illustres prédécesseurs avaient, comment pourrait-on dire, un souci de préserver... les "convenances". Chirac a toujours sauvegardé les apparences avec Bernadette. Mitterrand a voulu jusqu'au bout sauver le secret de sa fille cachée.

Sarkozy, lui, a usé jusqu'à la corde l'image du bon mari, pour un objectif purement électoraliste. Il a feint de se sentir affecté du divorce d'avec sa tendre Cécilia, comme par hasard annoncé en pleine grève de la fonction publique. Après avoir roucoulé avec une journaliste du Figaro chargée de suivre l'actualité de son parti, la déontologique Anne Fulda, à l'époque où il était "simple" ministre, Nicolas Sarkozy a donc accroché à son tableau de chasse la chanteuse et mannequin Carla Bruni. Et a voulu que la France entière le sache, puisque les photos que nous verrons du couple, en promenade ce week-end à Disneyland (quel romantisme), n'ont pas l'air de clichés volés.

J'ai longtemps pensé que les critiques sur la personnalité de M. Sarkozy, et surtout celles émanant de ses adversaires les plus coriaces (Libération, Marianne), étaient dérisoires, car excessives. Je ne crois pas qu'on ait affaire à un cinglé. Mais à un homme sans foi ni loi, qui n'a pas de convictions, qui change d'idée ou de femme comme de chemise, ça, j'en suis intimement persuadé. Il est à ce titre, comme on l'avait prévu, le digne fils de Jacques Chirac!

C'est quoi, désormais, un Président de la République française? C'est un type qui fait la une de Match et Gala, comme Johnny ou Sardou. Un type qui convoque la presse pour lui montrer sa nouvelle conquête. Espérons juste pour lui, et surtout pour la France, qu'il ne s'agira pas d'une lubie. Qu'il ne va pas se lasser de cette femme, même si on pouvait espérer meilleur parti pour l'Elysée qu'une chanteuse de variété améliorée. Qu'on ne vas pas voir sa tête tous les mois dans les "people" avec une nouvelle prise de guerre.

Aucun moralisme là-dedans. Plutôt de la tristesse. Même si c'est une folie de le croire, j'espérais secrètement que le président, en tant qu'institution, était une forme de modèle, quelqu'un au-dessus du lot, même symboliquement, même de façon illusoire. En agissant ainsi, Nicolas Sarkozy ne s'affaiblit pas mais affaiblit la présidence de la République : eh oui, le locataire de l'Elysée est un homme comme les autres Dommage.
Par Le chafouin
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Mercredi 12 décembre 2007

Aucun rapport entre ces deux hommes brillants, rassurez-vous... Juste pour signaler d'une part que, grâce aux talents de scruteur du web de Monsieur Pingouin, qui a eu l'amabilité de nous le signaler en commentaires, nous avions appris le retour sur scène de la marque "François-Mitterrand-2007". Le ou les auteurs ont eu l'intelligence de remplacer ce nom par François-Mitterrand-2008. Signe d'un esprit sagace.

D'emblée on est déçu. Est-ce le, sont-ce le mêmes auteur(s)? Ce premier article d'une nouvelle série est plein de fiel, d'accusations voilées, là où le Mitterrand-2007 nous épatait par ses anecdotes légères et appétissantes sur le PS et la vie politique. Un vrai blog, quoi, avec du contenu. Ici, le style est pataud, et on note des fautes d'orthographe, là où l'ancien blog nous étonnait toujours par l'aisance de sa plume. Ce n'était pas un porte-flingue. Il avait tenté de le devenir avec insuccès, en attaquant Aphatie de manière pathétique. Il est à craindre qu'il le soit devenu. On verra bien.

EDIT : quel vaudeville... FM-2007 vient d'éditer un billet sous-entendant que FM-2008 serait un imposteur. Je n'avais peut-être pas tort. Ou peut-être est-ce une pirouette. Bref, tout ceci est ridicule.




Et puis, d'autre part, si vous vous intéressez un peu à la justice, aux affaires judiciaires, je vous conseille le billet de Philippe Bilger sur le non-lieu dont pourrait bénéficier Francis Heaulme dans l'affaire du double meurtre de Montigny-les-Metz du 28 septembre 1986. Philippe Bilger, ce n'est pas n'importe qui. Un esprit brillant, libre. Une pointure, le genre d'homme à côté de qui on se sent à l'aise mais aussi tout petit.

Et il s'interroge. Imaginez, vingt ans après, on ne sait toujours pas qui a tué ces deux pauvres enfants de 8 ans. Imaginez l'état d'esprit des familles. On a d'abord soupçonné Patrick Dils, finalement acquitté en 2002, après deux condamnations. La présence dans les environs de Francis Heaulme, coupable idéal, avait emporté la décision des jurés. Un gendarme avait même osé témoigner en affirmant que le meurtre "portait la marque" du plus célèbre tueur en série du pays! Bien triste épilogue. Aucun élément contre Francis Heaulme. Non-lieu requis...

Pour Philippe Bilger, l'un des deux est forcément coupable, puisqu' "on sait que le double meurtre, au regard de toute l'information recueillie, n'a "impliqué" que Patrick Dils et Francis Heaulme." Qu' "ils sont deux, et rien que deux." Le magistrat ajoute qu'on n'a pas à discuter cette "exonération judiciaire obtenue réciproquement l'un l'autre, grâce au doute". Néanmoins il se permet une conclusion qui me paraît particulièrement intéressante : "Je me sens plus que jamais enclin à refuser le diktat médiatique qui vient avec sulpicianisme jeter le voile de l'innocence sur n'importe quel accusé ayant échappé aux fourches caudines de la justice. Parce que celle-ci a respecté ses valeurs dont la défense a naturellement bénéficié, il faudrait en plus sanctifier les personnes acquittées en tombant dans un aveuglement qui ferait de nous des naïfs et plus des citoyens."
 
Pauvres médias. Si souvent accusés, mais si souvent coupables! De la même façon que les morts sont toujours à leurs yeux des saints, ils déifient les acquittés sous prétexte qu'on ne peut commenter une décision de justice. On se souvient tous de ces images de Dils libéré. "Génial, super! un innocent libre!", nous disait-on alors. "Heaulme coupable!", suggérait-on implicitement. Je ne crois pas que ni les familles des victimes, ni la Justice, ni même la Raison puissent se satisfaire de ce nouveau fiasco.
Par Le chafouin
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Mercredi 31 octobre 2007

Je ne comprends vraiment, mais vraiment pas l'objet ni les ressorts de la polémique actuelle sur le salaire du capitaine. Je sens là, une nouvelle fois, une de ces recettes à grand-papa d'une opposition qui n'a que ça pour se faire entendre. Qui n'a rien, mais vraiment rien à dire d'intelligent si ce n'est critiquer les méthodes du camp adverse.

20 000€ par mois, la belle affaire! Depuis quelques jours, j'épie, je guette, je scrute. J'attends les réactions après la nouvelle de l'augmentation de salaire du président de la République, qui va passer de 8300 à 20000€ bruts par mois. Et je suis bien déçu : tout ça sent la jalousie. Le gnangnangnan. Le "Oh mais c'est pas juste, tu te rends compte, moi je gagne que 1 500€". Ouais, mais toi, tu bosses 35 heures par semaine et tu es employé de banque. Lui, il est président. Il ne compte pas ses heures. Faut pas tout confondre.

On pourrait d'ailleurs ironiser : Sarkozy applique à la lettre son slogan "travailler plus pour gagner plus". A côté de Chirac, y'a pas photo. Bon d'accord, on n'ironisera pas.

Certes, il faut avouer que la nouvelle tombe au mauvais moment, alors que notre président s'échine à demander à tous de se serrer la ceinture. Y compris devant les cheminots, à qui il a bien dit qu'il fallait que tout le monde fasse un effort pour que la situation s'améliore.

Alors d'accord, du point de vue de l'exemplarité, zéro pointé. Mais 8 300€ par mois, pour un président, vous ne trouvez pas ça minable? C'est ce que gagne n'importe quel type un peu malin cinq ans après sa sortie d'école de commerce. J'en connais qui à 25 ans, gagnent le double en boursicotant.

Certains salaires paraissent indécents, usurpés, complètement déconnectés de la réalités et emphatiques par rapport au travail fourni. Ne citons personne. ça commence par Noël et ça finit par ...geard. Là, on n'en est pas là! Restons raisonnables. 20 000€, c'est ce que gagne le premier ministre. 20 000€, ça n'a rien d'extraordinaire, on parle d'un chef d'Etat, tout de même! Gardons ce principe dans le coin du cerveau : il ne s'agit pas de Sarkozy, mais du président de la République.

Rappelons également que plus le salaire des chefs d'Etat ou des responsables publics est élevé, moins ceux-ci sont tentés de piquer dans les caisses. Plus vous payez les chefs d'administration, moins ils sont tentés d'aller pantoufler dans le privé. Rappelons aussi que la volonté de M. Sarkozy et de la commission Balladur est aussi d'instaurer une plus grande transparence sur le budget de l'Elysée, qui devrait être soumis à l'avenir au contrôle de la Cour des Comptes. Tiens, Mitterrand n'avait pas eu l'idée.

Mais tout cela est une affaire bien française. L'argent est un vrai tabou. Tout le monde en rêve, mais personne n'en parle. Mais chacun bave sur le 4x4 de son voisin. Sarkozy, lui, a bien des défauts, mais il a au moins une qualité : regarder le choses en face et les exprimer sans détour. Hé oui, ça a aussi des avantages la droite bling-bling.

Le PS et surtout François Hollande seraient bien inspirés de clôre la polémique et d'arrêter leur cinéma fumeux. Au lieu de pérorer sur ces débats "faciles", on attend l'opposition sur du concret. Et au fait, elle est où votre réforme de la gauche? Et au fait, il en est où le cabinet fantôme sur lequel on a tant glosé après les législatives? Ah non, pardon, c'était de la com'. Vous savez, cette com' qu'on reproche tant au président.


P.S : tout à l'heure, sur France Info, j'ai entendu dire que Tony Parker gagnait 25 000 dollars par jour. Allez, François Hollande, vas-y, dénonce!

Par Le chafouin
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Mercredi 24 octobre 2007

IMG-3849.JPG Désormais président, Nicolas Sarkozy n'a pas pour autant coupé les ponts avec la place Beauvau, qui lui a servi de véritable laboratoire politique et de tremplin vers l'Elysée. Avec Frédéric Péchenard à la tête de la DGPN (direction fénérale de la police nationale) et Michel Gaudin à la Préfecture de police de Paris, l'ancien ministre de l'Intérieur a deux "proches" dans la place, qui lui permettent de court-circuiter Michèle Alliot-Marie et d'avoir toujours la haute-main sur la police.

Avec lui, les grandes réformes de la Maison Poulaga sont en marche. Pour le meilleur comme pour le pire... On a d'abord eu la fusion DST-RG. Un serpent de mer enfin concrétisé. A vrai dire, cela faisait des années que cette révolution était dans les cartons, depuis que les RG ont "officiellement" arrêté leur travail "politique", et ne planchent désormais quasiment plus que sur la prévention du terrorisme islamisme. Les risques de doublons avec la DST étaient trop forts : le gouvernement a eu le courage d'aller à l'encontre de ce que désiraient ces services. Car ici comme ailleurs, les rivalités sont importantes. Qui dit fusion, dit un seul chef, au lieu de deux. Et ainsi de suite dans toutes les subdivision territoriales... Ceci explique cela!

Première réforme courageuse, donc. Et la refonte du système devrait se poursuivre : il faut s'attendre, à moyen terme, à une fusion police-gendarmerie, les forces armées n'ayant plus vocation en Europe à pratiquer le maintien de l'ordre. Les Belges ont déjà enterré leur gendarmerie, après tout. Et puis, le rapprochement entre la police et les douanes pourrait suivre, tout comme la réorganisation de CRS complètement anachroniques.

Tout cela, c'est le meilleur. Des idées qui tendent à faire coïncider l'organisation de la police avec la réalité du terrain. Le pire, en revanche, et qui est l'objet de cette note, c'est la volonté de tailler dans les effectifs de police, en profitant des départs à la retraite. Selon le Figaro, un document de travail du ministère du budget évoque la suppression de "8.375 et 10.375 emplois équivalents temps plein (ETP) de policiers et de gendarmes, entre 2009 et 2011", Aujourd'hui, on compte environ 120 000 policiers et 100 000 gendarmes.

Sans rentrer dans les détails de la méthode (fermeture de brigades de gendarmerie, allongement du temps de travail des policiers...), l'idée générale de ce projet est de centraliser de plus en plus les forces de l'ordre, afin de rationnaliser et de gagner des postes. Pourquoi, dans une agglomération, avoir deux brigades criminelles dans deux communes différentes, si on peut en avoir une seule? Pourquoi avoir un centre gérant les appels au 17 pour chaque commissariat, si l'on peut en avoir un seul pour tout le département?

J'ai une certaine légitimité à parler de la question. Sans entrer dans les détails, j'ai l'occasion, dans mon travail quotidien, de côtoyer des policiers et j'en connais un bout sur leur façon de s'organiser et de communiquer.

En gros, l'argument des ceux qui défendent cette réforme est celui-ci : on va centraliser, gagner des postes, ce sera plus efficace. D'ailleurs, vous voyez bien qu'on va sur le bon chemin vu l'amélioration constante de nos résultats.

Deux remarques, au sujet de ces chiffres. La première, c'est qu'on peut les interpréter dans tous les sens qu'on veut, et les manipuler aisément :

- Interprétation : "les infractions à la législation sur les stupéfiants ont baissé de 30% en octobre" (exemple sans fondement). Qu'est-ce que ça veut dire? Que les gens ont moins consommé de drogue, qu'on a moins attrapé de dealers, ou qu'on a décidé d'orienter, ce mois-ci, le travail des enquêteurs sur un autre thème? Les chiffres, ont cet intérêt, surtout : voir où est la délinquance, dans quel secteur, et s'organiser et frapper en fonction.

- Manipulation ; rien n'est plus facile que de manipuler les chiffres. On a déjà parlé ici de cet ouvrage publié par deux chercheurs, démontrant comment la police jongle avec les chiffres. A lire absolument.

Deuxième remarque au sujet des chiffres, le taux d'élucidation est la plus grosse arnaque qui existe dans la police. C'est en gros l'indicateur mesurant l'efficacité des forces de l'ordre. Il représente le pourcentage d'affaires considérées comme "résolues", par rapport au nombre d'infractions constatées. En France, ce taux flirte avec les 35%.

- Une affaire peut être considérée comme résolue à partir du moment où un suspect a été présenté à la justice. On ne s'intéresse pas au résultat de la procédure judiciaire : si le prévenu ou l'accusé est relaxé, le fait est quand même élucidé!

- Avec la course à l'échalotte, les policiers et gendarmes de terrain sont contraints de ramener chaque semaine un certain nombre de "TA" (timbres amendes). Et les unités d'enquête ont des objectifs de résultat. Celles-ci ont donc tout intérêt à priviliégier les enquêtes a priori "faciles" et pas trop longues à résoudre. Ce qui ne veut pas dire qu'elles laissent tomber les autres. Quant aux patrouilles de terrain, le plus simple pour elles est de s'installer à un carrefour et à choper tous ceux qui conduisent sans ceinture ou en téléphonant. Une amende délivrée = un fait constaté et résolu en même temps! Le policier atteint son quota, et son chef est content : il fait grimper le taux d'élucidation artificiellement et sans trop se donner de mal!

La diminution des effectifs n'est donc pas problématique en soi. Mais accompagnée de cette politique du résultat typiquement sarkozyste (rechercher l'objectif n'est pas blâmable en soi, mais il l'est dans ces conditions), elle nous conduit à la catastrophe. Les résultats ne baisseront pas, à coup sûr : il suffit de les orienter où on veut. L'insécurité, elle, augmentera irrémédiablement.

Globalement, la police agit constament pour faire baisser le sentiment d'insécurité plutôt que l'insécurité elle-même. Elle met le paquet sur les affaires médiatiques. Musèle la presse en ne l'informant que de ce qui l'arrange, en la censurant et en la menaçant : j'en ai été témoin.

Elle met un maximum d'uniformes sur la voie publique pour rassurer les gens (surtout dans les centres-villes, les banlieues, faut pas exagérer non plus, eux on leur envoie les CRS), mais en piquant sur les effectifs d'investigation ou de police-secours. Vous savez, ces unités qui secourent les gens, les victimes de violences conugales et tous ceux qui composent le "17" (quand on leur répond, au bout de parfois 5 à 10 minutes d'attente).  On diminue l'accueil dans les commissariats, ce qui fait que si vous voulez déposer plainte le week-end, vous devrez vous lever de bonne heure et disposer de la vertu de patience. Avoir aussi une bonne voiture, pour rallier la ville la plus proche.

Le policier de terrain, lui,n'est pas en cause: il dénonce lui-même cette politique. Les chefs, eux, agissent sous la férule du supérieur direct. Se plaignent en off. Chacun craint pour sa place... Et la sécurité du citoyen, là-dedans?

Par Le chafouin
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Jeudi 14 juin 2007
Difficile de rester insensible à ce nouveau coup dur pour la Justice. Cette nuit, un homme s'est suicidé par arme à feu à l'énoncé de son verdict en pleine cour d'Assises de Laon.

" L'homme, ancien steward âgé d'une soixantaine d'années, s'est tiré une balle dans la tête alors qu'il venait d'être condamné pour viol à douze ans de réclusion criminelle pour viols sur des mineures membres de sa famille, à l'issue d'un procès à huis clos. Il a pu pénétrer dans l'enceinte du tribunal avec une arme à feu, a-t-on précisé de source judiciaire à Laon.

L'homme comparaissait libre mais avait déjà effectué 18 mois de détention provisoire dans le cadre de l'affaire pour laquelle il était jugé.

La cour d'assises s'était retirée peu après minuit pour délibérer et avait rendu son verdict vers 03h30. 

C'est au moment de l'énoncé du verdit le condamnant que l'accusé, sans dire un mot, a ouvert une sacoche posée à ses pieds, en a sorti une arme de gros calibre, puis s'est tiré une balle en plein coeur (bien en plein coeur), avant de s'écrouler. L'arme contenait 6 cartouches, selon les premiers éléments de l'enquête.

Selon des experts psychiatres et psychologues qui l'avaient examiné, l'homme avait "une personnalité perturbée".

Le 5 juin dernier, à Metz, un poignard avait également été introduit au Tribunal de Grande Instance, et une femme l'avaitutilisé pour frapper le président du tribunal pour enfants. Celui-ci n'a échappé à la mort que de justesse.

Comme l'expliquait à l'époque Maître Eolas dans son Journal d'un avocat, le problème majeur soulevé par une telle agression est celui-ci : l'état de paix dans lequel nous vivons "n'est pas naturel" et doit "sans cesse être maintenu""Une société démocratique qui vit en paix suppose un pouvoir et des contre-pouvoirs légitimes, c'est à dire à l'abri des pressions."

Cette nuit, ce n'est pas un juge qui a été visé, mais un accusé qui s'est suicidé en plein tribunal. La chancellerie a aussitôt diligenté une enquête afin de "déterminer les conditions dans lesquelles un accusé a pu pénétrer avec une arme dans l'enceinte de la cour d'assises malgré la présence d'un portique de sécurité en état de marche". Le gouvernement a récemment promis de débloquer 20 millions d'euros pour assurer la sécurité des tribunaux. Mais en attendant, au palais de justice de Laon, rapporte l'AFP, les fouilles "ne sont pas habituelles" même si l'entrée est "d'ordinaire surveillée par un policier".

Rappelons que l'homme avait une "personnalité perturbée", selon les experts psychiâtres et psychologues. Et qu'il a pu saisir une sacoche, et en sortir un gros calibre avant de se tirer une balle dans le coeur.

Plus que jamais, il faut débloquer des fonds pour la Justice. Et même en faire une cause prioritaire. On a bien mis le paquet pour la sécurité routière, ne peut-on pas assurer les besoins de ce qui assure l'"état de paix" évoqué par Eolas? Il faudra certes sécuriser les tribunaux. Mais pour que les juges soient sereins, il s'agirait peut-être aussi d'embaucher.

Par Le chafouin
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