Europe

Lundi 15 décembre 2008 1 15 12 2008 08:47
Et voilà, ça y est. Je pensais que nos dirigeants auraient la décence de s'abstenir d'une telle ineptie, d'une telle hérésie démocratique. Je pensais que c'était une blague, une incantation. Mais non : on pense bien à faire revoter les Irlandais sur le Traité de Lisbonne, qu'ils ont rejeté en juin à 53,4%. Et ce, jusqu'à temps qu'ils donnent la bonne réponse!

Je ne m'étendrais pas sur les raisons objectives qui peuvent justifier qu'on sorte du marasme dans lequel l'Union européenne se trouve. Et qu'on abandonne les règles étouffantes du traité de Nice, valables pour une Europe à 15 et non à 27. Car cela, c'est le problème de ceux qui depuis Maastricht, construisent une Europe envers et contre tout bon sens. Elargissent à gogo avant d'approfondir, et après, se plaignent que les traités ne soient plus applicables. L'Union est devenue un monstre, il faudra bien s'en apercevoir, tôt ou tard.

Après le double refus français et néerlandais, en 2005, elle était au fond du gouffre, condamnée à une existence a minima. Et il a fallu concocter un nouveau traité. On a repris le même, un brin retouché, "retoiletté" comme on dit, et en moins formel. On a fait avaler cette couleuvre aux Français, aux Néerlandais, qui n'ont pas bronché ou si peu. Chez nous, on aurait déjà pu trouver scandaleux qu'on nous fasse voter de nouveau : même pas! On a ratifié le traité par voie parlementaire. Mais puisqu'on te dit que la constitution l'autorise, coco! C'est dé-mo-cra-tique.

Face au refus Irlandais, et alors que 25 des 27 Etats (moins, donc, l'Irlande et la République Tchèque) ont ratifié ce traité, les Européens ont beau jeu de pointer du doigt les incohérences irlandaises : soit vous quittez l'Union, soit vous votez de nouveau. On a évidemment incité Brian Cowen, le premier ministre irlandais, à choisir la première seconde solution, en entourant ce nouveau dispositif référendaire de précautions en béton pour être sûr que cettes fois, ces paysans arriérés votent enfin dans le bon sens. On va abandonner le principe selon lequel il y aurait moins de commissaires européens que d'Etats (l'idée de cette réforme étant de considérer qu'un commissaire représente l'Union, et pas son Etat d'origine), alors que celui-ci est inscrit noir sur blanc dans le traité. On va également rédiger des dispositions annexes au traité où on rassurera les Irlandais sur certains thèmes qui leur sont chers, tels que le droit à la vie ou la fiscalité. Dispositions qui ne serviront à rien d'autre, bien entendu, qu'à illusionner nos amis irlandais.

Et hop! le paquet sera emballé. Brian Cowen fait encore mine de réserver sa décision, mais de fait, on s'oriente vers un vote en octobre 2009. Et pour amuser la galerie, le premier ministre irlandais feint encore de réclamer des garanties d'ici le mois de juin.

Elle est pas belle, la vie?

Pour conclure, et au-delà du scandale démocratique que représente un nouveau vote, Jean Quatremer fait bien de pointer du doigt le risque d'une telle manoeuvre et la "jurisprudence" que cela peut créer : "Les citoyens auront désormais la tentation de toujours voter non pour obtenir ce que leurs représentants n'ont pu négocier. L'Union risque donc de devenir ingouvernable: par exemple, entre le refus irlandais de toute harmonisation fiscale et sociale et la volonté française de parvenir à une telle harmonisation, on se demande sur quelle base pourra se faire un compromis, compromis qui sera toujours jugé insuffisant. Bref, le prix à payer pour un hypothétique oui irlandais risque d'être très lourd."
Par Le chafouin
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 12 2008 14:30
On avait envie d'évoquer le cadeau empoisonné de Nicolas Sarkozy à Patrick Devedjian, qui hérite d'un hochet pour mieux se faire dépouiller de la direction de l'UMP. Envie également de railler la constitution du nouveau bureau national du PS, dont la composition "moitié femmes moitié hommes, et 20% de membres "aux couleurs de la France" est d'un ridicule sans nom : on ouvre la porte aux gadgets politiquement corrects, mais on la ferme aux sensibilités différentes, à savoir les proches de Royal.

Mais un sujet plus grave nous préoccupe, dont la Lettre volée s'est fait l'écho à la suite de Backchich : l'Europe continue avec obstination à vouloir périodiquement se tirer de nouvelles balles dans le pied, histoire de bien freiner sa marche en avant. Histoire d'être sûre de ne servir à rien. Bref, l'Union européenne fait tout pour qu'on la déteste et qu'on cesse de croire en elle, si ce n'était pas déjà fait.

De quoi s'agit-il, cette fois? Un rapport des services du commissaire européen à l'élargissement, publié début novembre, préconise d'accélérer le processus d'adhésion de nouveaux Etats membres, dans le but de parvenir rapidement à une Europe à 35. Huit pays sont visés : la Turquie, bien sûr, la Macédoine, la Croatie, la Serbie, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, et pourquoi pas le Kosovo!

Il y a encore cinq ans, avant l'élargissement de mai 2004, l'Europe comptait 15 pays membres. On a englobé dix Etats de l'est d'un coup en 2004, d'un seul, avant d'en intégrer deux autres autres (Roumanie-Bulgarie) en 2007. Entretemps, l'Union européenne a montré ses limites : faut de réussir à définir ensemble un objectif commun, c'est la zizanie. Les échecs du TCE puis du mini-traité en sont la preuve. L'union européenne a cessé de faire rêver en-dehors du cénacle des élites bienpensantes. Et on voudrait persévérer dans cette voie suicidaire? Continuer de privilégier le nombre à la qualité, alors que l'expérience montre que c'est un désastre?

Une seule chose compte pour les auteurs du rapport : s'élargir pour s'élargir, avec un fond de bisounoursisme en arrière-plan. "Enlargement is one of the EU's most powerful policy tools. It serves the EU's strategic interests in stability, security, and conflict prevention", écrit-on. Ainsi donc, élargissons-nous aux Balkans, pour assurer la paix et la stabilité dans cette région. Etendons-nous à la Turquie pour ancrer ce pays dans l'Occident. Et demain, proposons cela aux pays du Caucase, pourquoi pas? A l'Arménie, à la Géorgie? Et en Afrique, pourquoi pas le Maghreb? Et soyons fous, tentons notre chance au Proche-Orient! Après tout, cela pourrait empêcher les méchantes guerres de prospérer...

Au-delà de cet emportement romantique qui sert de prétexte officiel, Backchich voit une autre justification plus terre-à-terre à cette fuite en avant : "Les auteurs du rapport soulignent aussi l’aubaine économique et commerciale que représente un élargissement de l’Europe à huit nouveaux pays. Intégrer les Balkans et la Turquie, c’est repousser très loin les frontières du supermarché intérieur et du libéralisme… Peu importe de savoir comment articuler le fonctionnement politique d’une Europe à 35. Ce n’est pas le propos de la Commission à l’élargissement. Quant au fait que le traité de Lisbonne censé garantir le bon fonctionnement d’une Europe à 27 ne soit pas encore validé par tous les États membres, cela figure comme le cadet de ses soucis."

Sans compter les quelque 7,5 milliards d'euros gaspillés distribuées généreusement à ces pays, entre 2007 et 2001, afin de les aider à se préparer à nous rejoindre!

Quelle entreprise accepterait de nouvelles commandes avant d'être certaine de disposer d'une gestion correcte de son activité présente? C ommençons par définir convenablement le cadre avant de vouloir élargir la famille!
Par Le chafouin
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 10 2008 08:51
Tiens, pour une fois, une chaîne intelligente. Pierre Catalan me provoque : il me demande de  donner, à la suite des siennes, quatre idées, quatre projets pour l'Union européene. Il n'est pas idiot d'ouvrir le débat sur l'avenir du Vieux-Continent, alors que se profilent à très court-terme les élections européennes (qui ont lieu le 7 juin prochain); et que, ma foi, il est important que les citoyens se saisissent de ces questions.

Le sujet précis : "Quelle Europe voulez-vous en 2020? Quels doivent être les 4 priorités à mettre en oeuvre dès aujourd'hui pour améliorer l'Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l'international, plus en avant sur le développement durable, etc."

Si je dis que Pierre me provoque, c'est que je suis très peu européiste. Ou alors, j'aime trop ce continent et son histoire pour supporter ce à quoi j'assiste depuis que ma conscience politique existe. Donc ces idées, quelles sont-elles?

1- Stopper tout élargissement jusque au moins 2050. On n'est pas pressé, Rome ne s'est pas faite en un jour, comme dit mon voisin. Si l'on veut créer une vraie union politique, ce n'est pas en ajoutant tous les ans, ou presque, de nouveaux participants au débat qu'on va réussir à s'en sortir. D'ailleurs, si on avait pas commis l'idiotie, en 2004, d'intégrer dix Etats d'un coup, on n'en serait sûrement pas là. En revanche, si on veut faire un conglomérat économique absurde qui surtout, ne fasse pas d'ombre aux Etats-Unis, là, c'est vrai, intégrons à tour de bras. Dans la lignée de cette idée, il faut à mon sens dire non très vite à la Turquie. L'Europe doit avoir une âme, un cadre naturel et philosophique, et surtout des frontières pour pouvoir avancer. Si elle ne prend pas pour base ses racines chrétiennes, géographiques, historiques, elle n'ira nulle part. Intégrer un Etat musulman dans l'UE ne me gêne pas. En revanche, ouvrir nos portes à la Turquie, qui n'a jamais fait partie de l'Europe, où les islamistes sont aux pouvoir, et qui a une frontière commune avec l'Irak, cela me semble une très mauvaise option, n'en déplaise au sieur Rocard. Et puis, autant être francs tout de suite avec nos amis Turcs, plutôt que de les faire tourner en rond.

2- Revenir aux fondamentaux du principe de subsidiarité. On nous a répété, en cours de droit communautaire, qu'il s'agissait d'un principe de base de l'UE : tout ce qui peut être fait plus intelligemment au niveau des Etats doit l'être. Or on a le sentiment que c'est l'inverse qui se produit : les Etats sont dépossédés de leur monnaie, de leur capacité d'agir au niveau économique, bref, de leur souveraineté, pour un système absolument pas démocratique (voir les points 3 et 4). Même la fiscalité ne leur appartient pas! On n'a pas le droit de baisser les taxes sur la restauration. Je suis d'accord avec Pierre Catalan pour dire qu'il faudrait plus de majorité qualifiée et moins d'unanimité dans les prises de décision au niveau du Conseil européen, mais ce serait bien si les Etats gardaient quelques compétences intéressantes, là où ils peuvent agir. Comme dans tout Etat fédéral!

3- A quand la responsabilité des élus européens? On n'arrête pas de nous dire que l'Union manque de visibilité, que les Etats ont beau jeu de se défausser sans cesse sur l'Europe, de se plaindre que les citoyens ne s'y intéressent pas. Mais quand voit-on des signes de l'Union? Je veux dire, à part sur des panneaux de chantiers de construction, à part au journal télévisé, et une fois tous les cinq ans à l'occasion des élections européennes? Il me paraît essentiel que les élus européens et les commissaires assument leur politique et se déplacent sur le terrain pour la justifier. Quand les pêcheurs sont en colère, le commissaire concerné devrait mettre les mains dans le cambouis et aller à leur rencontre, plutôt que de laisser le ministre français ou espagnol jongler avec des solutions qui en définitive, seront soumises à l'accord de ladite Commission.

4- A quand des institutions démocratiques? C'est l'essentiel. 2020, c'est un peu court, mais je ne comprends toujours pas ce système à la fois interétatique (conseil européen) et très intégré (commission), avec un pouvoir législatif dont les compétences restent très faibles. L'exécutif a trop de pouvoir eu égard à sa légitimité démocratique, qui est quasi-inexistante (mise à part le vote au parlement européen). Pour envisager une amélioration, il faudrait que l'Europe cesse de se méfier des peuples. Par ailleurs, il paraît indispensable de créer des initiatives européennes : par exemple, les traités devraient être soumis à référendum le même jour dans toute l'Europe. N'est-ce pas ainsi que la conscience européenne pourra émerger?

Bon, et puis je dois refiler le bébé à quatre autre blogs : je pense à Authueil, Toreador, Partageons mon Avis, nouveau maître de la blogosphère wikioenne, et Aymeric Pontier, qui a besoin d'idées de sujets.
Par Le chafouin
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 06 2008 14:12
C'est absolument incroyable que l'on soit contraint, plus d'un demi-siècle après l'avènement d'une forme d'Union européenne, de s'interroger sur ce que nous souhaitons pour le continent. Un peu comme si après l'Europe de la diplomatie, de l'intergouvernemental, devait s'ouvrir, enfin, l'ère de l'Europe des citoyens.

Quoi qu'on pense des raisons qui ont amené à ces votes, il aura fallu le double non français et néerlandais de 2005, puis le non irlandais de la semaine dernière pour un arriver à cette réflexion : non, la construction européenne n'est pas figée, et elle ne doit pas forcément s'envisager comme le font nos dirigeants depuis une vingtaine d'années. Oui, une autre Europe est possible, et même souhaitable. Oui, il faut réfléchir et se creuser la tête, plutôt que de continuer à insulter les peuples comme le fait par exemple sans cesse l'élitiste Maître Eolas, qui ne doute jamais de rien et surtout pas de lui-même.

Force est de constater que depuis la chute du mur de Berlin, qui a coïncidé, peu ou prou, avec le début de la globalisation des échanges économiques, l'Europe a un doute évident sur son identité, sur ce qu'elle doit être. Alors que dans le même temps, avec notamment Erasmus, il n'y a sans doute jamais eu une conscience européenne aussi forte au sein de la jeunesse!

D'aucuns estiment qu'il il y a là le signe d'une crise des valeurs. Et ils n'ont sans doute pas tort. Mais si l'on s'en tient au politique, on voit bien que depuis une bonne dizaine d'années, notre vieille Europe fait tout et surtout n'importe quoi : les élargissements successifs, sans intérêt majeur autre que le symbolique, ont freiné l'émergence de l'Europe que l'on pouvait attendre, à savoir une Europe politique. C'était une faute majeure, quasi impardonnable. Mais une erreur qu'on est sur le point de reproduire puisque d'autres adhésions sont envisagées.

A ce titre, je suis très proche de la vision d'Authueil. Il faut savoir ce qu'on veut : si on désire une Europe qui prenne des décisions supra-gouvernementales, si on veut être plus efficace et être forts à plusieurs, il faut absolument que le citoyen n'y perde pas au change. Il faut donc d'abord que les procédures de décision soient plus simples, mieux expliquées, plus démocratiques. Toréador s'essaie par exemple à proposer un nouvel équilibre entre les institutions. Je suis désolé, mais ni le TCE, ni le Traité de Lisbonne, ni même les traités antérieurs ne sont satisfaisants sur ce point : l'essentiel des pouvoirs est dans les mains de la commission, composée de types cooptés d'après des critères qui m'échappent. Où est leur légitimité? Il faut retravailler là dessus, c'est incontournable.

Ensuite, il faut que les institutions et l'Europe en général soit plus visible, et pas seulement sur les plaques de chantier, à la case financement : pourquoi l'Union ne communique-t-elle pas d'avantage? Quand on voit ce que les collectivités françaises mettent comme paquet en terme de com', pour tout et n'importe quoi, on se dit qu'un continent pourrait peut-être s'y mettre. Comme dit Emmanuel Raveline, "si un pouvoir trop présent peut être impopulaire, rien ne radicalise plus qu'un pouvoir trop abstrait et trop incompris".

On accuse souvent les Etats-membres, et particulièrement la France, de constamment se défausser sur l'Europe. Mais n'est-ce pas également vrai dans l'autre sens? Pourquoi sur la question des énergies, les gouvernements doivent-ils faire le sale boulot? Pourquoi, lorque les pêcheurs se rendent à Bruxelles, le commissaire européen leur envoie-t-il son directeur de cabinet?

Enfin, il faut qu'on arrive à d'avantage de référendums européens, pour sortir du réflexe national. Il faut aussi ne pas se bloquer à l'unanimité : si certains Etats veulent aller plus loin que d'autres, qu'ils y aillent! Si l'Irlande veut patienter, eh bien qu'elle patiente. Tant qu'on ne sortira pas de la logique "les 27 ou rien", on n'y arrivera pas.
Par Le chafouin
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Jeudi 12 juin 2008 4 12 06 2008 09:16
Réactions attendues mais peu surprenantes (quoi que toujours amusantes) de la part des médias et du monde politique français, alors que les Irlandais sont aujourd'hui appelés aux urnes pour se prononcer sur le traité européen de Lisbonne :  comme on en a désormais l'habitude, il s'agit essentiellement de dire que le choix n'existe pas. Oui, ou zut!

Hé oui, à part voter oui, il n'y a pas d'alternative possible! Que ce soit clair : ceux qui pensent voter non sont au mieux des irresponsables et des crétins, qui n'ont pas compris tout ce que leur pays devait à l'Europe. Au pire, ce sont des nationalistes timorés qui ont peur des pays d'Europe de l'est. Re-cro-que-vil-lés sur eux-mêmes.

D'ailleurs, on le voit venir de loin, puisque pour certains, il n'y a même pas eu de débat, ni de campagne digne de ce non nom. C'est ça! Si les bouseux irlandais avaient été correctement informés, pour sûr, ils voteraient oui sans hésiter! Au moins, dans les autres pays, on a adopté une attitude responsable : faire voter les parlementaires, qui eux, au moins, ne sont pas de stupides citoyens.

Certes, il est incontestable qu'un non irlandais mettrait l'Union dans une fâcheuse posture, et la France en particulier, puisqu'elle doit en prendre bientôt la présidence, et qu'elle a particulièrement milité pour relancer l'intégration politique du continent. Pierre Catalan résume assez bien cette opinion : "le vote NON, en Irlande comme en France, s'accompagne d'un refus obstiné d'imaginer les conséquences d'un NON, quitte à jeter le bébé mais à tout de même garder l'eau du bain. Comme en France, la rhétorique est facile: "si on craint des conséquences si dramatiques, pourquoi passe-t-on par référendum?". Cette objection est évidemment une façon facile de passer à côté du sujet. Quand on vote, on doit toujours devoir se demander quelle est la portée de son acte. La démocratie implique un réflexion sur les conséquences de nos actes."

Entièrement d'accord avec lui. Le débat est clairement biaisé. Mais l'inverse fonctionne également: le oui, ça ne peut pas avoir de conséquences négative? Tope là, continuons comme avant, ne changeons rien, banco! J'entendais tout à l'heure Hervé Mariton, sur France Info, dire en filigrane que la campagne irlandaise avait au moins pour mérite de lancer une réflexion sur la distance trop grande entre les institutions européennes et les citoyens. Bien vu! Sauf qu'on pouvait dire ça dès Maastricht, et que depuis, pas grand-chose n'a changé...

On continue dans la même direction, on persiste par exemple à vouloir envisager de nouvelles adhésions avant même de penser à pousser plus avant l'intégration... Je trouve très joli ce qu'écrit Koz sur le rêve européen, et je ne suis pas loin d'adhérer à ses réflexions sur l'égoïsme de certains, qui n'adhèrent à l'Europe que tant qu'ils sont bénéficiaires.. Mais amorce-t-il un soupçon d'autocritique sur la manière dont l'Union est gouvernée? Sur son évolution, sur le fond? Au moins, on retrouve un semblant de début de prise de conscience chez Versac, s'exprimant sur Publius : "A trop prendre l'électeur pour un imbécile, tout en lui proposant de s'expliquer, on s'expose à ce genre de vent de refus, et à l'exploitation par des rois de la mauvaise foi de tout mouvement d'humeur populaire. Logique implacable."

Bien sûr. Tous les nonistes ne basent pas leur position sur un raisonnement construit. Loin de là. Mais est-ce pire que de clamer haut et fort des arguments aussi stupides que "l'Europe, c'est la paix" ?

Au final, je ne suis vraiment pas persuadé qu'un non puisse déboucher sur quoi que ce soit de positif. Mais est-ce que cela ne peut pas se transformer en un énième avertissement salutaire aux costards-cravate de Bruxelles, qui visiblement ne mettent jamais les pieds sur le terrain? Une façon de leur dire merde, après leur tentative de faire repasser en douce le même traité qu'en 2005? Cela peut se défendre, après tout... S'ils n'entendent pas, peut-être faut-il crier plus fort.
Par Le chafouin
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Jeudi 24 avril 2008 4 24 04 2008 14:12
Il était une fois une Europe créée pour rapprocher les peuples entre eux, éviter tout risque de nouveau conflit et se relever de deux guerres mondiales qui l'avaient laissée exhangue.

Il était une fois une Europe, qui faute de devenir politique, et parce qu'elle s'est obstinée à être incompréhensible pour les peuples, s'est peu à peu éloignée des citoyens. Ceux-ci comprenaient mal pourquoi elle venait réglementer le nombre de kilos de poissons qu'il faut pêcher dans le Bassin d'Arcachon, et pourquoi, elle persistait à refuser la création de quelque bannière barrière douanière que ce soit aux frontières du continent. Quand on est idéologue, mieux vaut l'être jusqu'au bout même si les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent ce genre de protectionnisme. Ceux-ci comprenaient également difficilement pourquoi on vient leur dire ce qu'ils doivent penser, comment ils doivent vivre, les droits qu'ils doivent reconnaître ou non, et pourquoi quand ils franchissent une frontière de quelques kilomètres, les communications téléphoniques coûtent les yeux de la tête et les retraits bancaires sont surtaxés. Quand on construit un continent, autant commencer par les détails, pas vrai? Ceux-ci comprennaient mal, enfin, pourquoi on persiste à inclure dans cette Europe une Grande-Bretagne peu concernée, qui n'en tire que ce qui l' arrange à l'exclusion de tout le reste. Ils se demandaient pourquoi les Français ne feraient pas de même, après tout. Et on les traitait de poujado-fascistes et de sadomasochistes.

Et puis tout à coup, on leur a proposé une Constitution, qui reprenait tous les textes prééxistants en les formalisant de manière solennelle, tout en les accompagnant d'une charte des droits fondamentaux et en simplifiant le fonctionnement des institution. Nouvel épisode formidable de l'histoire. On annonçait de terribles catastrophes et une guerre atomique en cas de victoire du "non". Les ouistes, eux, assuraient qu'il était irresponsable de demander au peuple son avis. Parce que le peuple, il ne comprend jamais. Les députés, eux, savent ce qui est bien ou mal. Ces chers députés.

Pour faire passer la pilule et éviter la raclée qui s'annonçait, on avait préféré désamorcer la question turque d'abord. Ah oui, parce que dans cette belle histoire, il faut ajouter que par idéalisme, depuis les annés 80, on a entrepris d'avaler sans cesse de nouveaux pays avant même de savoir ce qu'on voulait faire de l'ensemble, et avant même d'avoir approfondi l'intégration européenne. Comme ça, quand on est vingt-sept, c'est vachement plus simple de tomber d'accord sur quelque chose de profond.

Et donc notre président Jacques Chirac avait dit : "toute nouvelle entrée dans l'Union, et par exemple celle de la Turquie, sera soumise à référendum en France". Et ce fut inscrit dans la Constitution, à l'article 88-5.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et le "non" l'emporta tout de même.

Parce qu'en Europe on adore la démocratie, on décida d'interrompre le processus de ratification. Pas fou, sur les peuples qui s'étaient prononcés, tous avaient dit non, à part les Espagnols. On s'était dit que poursuivre le tour de table serait trop dangereux pour ce beau projet constitutionnel. Le peuple, on l'aime mieux quand il approuve.

Près de trois ans plus tard, on décida qu'il fallait relancer l'Europe. Et donc on bricola à la va-vite un semblant de traité simplifié reprenant peu ou prou le Traité constitutionnel européen rejetté en 2005. Mais cette fois, on le fit approuver par les députés. Un député, c'est plus sûr et surtout, bien plus loyal qu'un électeur.

Comme toute histoire qui se respecte, celle-ci a une superbe chute. Car tenez-vous bien, une fois ce traité approuvé, et bien ion s'est rendu compte qu'il n'y avait plus besoin de ce fichu article 88-5! Pour quoi faire, maintenant qu'on n'avait plus besoin du peuple!

Et hop, ni une, ni deux, le conseil des ministres a donc adopté hier le projet de modification constitutionnelle supprimant cet article. Le même jour, ironie du sort, le président slovène Danilo Türk expliquait à la tribune du parlement européen que "L’Europe ne doit pas refuser à la Turquie une perspective d’adhésion qu’elle lui a déjà promise."

Sans blague! Moi je n'ai rien promis.

Bien sûr, il y aura toujours des gens comme Pierre Catalan ou Jean Quatremer pour nous expliquer en quoi cet article était mauvais d'un strict point de vue de droit constitutionnel. Certes, techniquement, ils ont sans doute raison. La question n'est même pas là.

Le véritable sujet, c'est que Nicolas Sarkozy s'apprête à retourner sa veste sur le sujet. Et qu'il finira par soutenir cette adhésion qui tuera définitivement l'Europe politique. Ce n'est pas un hasard si Etats-Unis et Grande-Bretagne soutiennent ardemment cette candidature. Rappelons, à toutes fins utiles, ce que Nicolas Sarkozy affirmait en 2004 au-sujet de l'adhésion de la Turquie à l'UE : "Une décision aussi importante ne pourrait être prise qu'après qu'il y ait eu un référendum en France pour connaître l'opinion des Français".

Tiens, voilà ce qu'en dit Nicolas Dupont-Aignan : "Le discours officiel ne tient pas la route une seconde. Nicolas Sarkozy étant hostile à l’entrée de la Turquie, nous n’aurions plus besoin de référendum. De qui se moque-t-on ? Quand on se souvient qu’une fois élu, le Président n’a pas voulu mettre le veto sur l’ouverture de trois chapitres supplémentaires de négociations d’adhésion, on en est en droit et même en devoir de douter de la sincérité de ses assurances ! Et ce n’est pas un nouveau talk-show qui, comme par un coup de baguette magique, arrangera les choses… "


Merci à Nicolas J, dont la
migraine a suscité la narration de cette si belle histoire.

Par Le chafouin
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Lundi 4 février 2008 1 04 02 2008 11:02

mugeurope-copie-1.jpg Nicolas Dupont-Aignan a-t-il raison de parler de "coup d'Etat simplifié" pour désigner le mode de ratification choisi pour le Traité de Lisbonne? Le terme est sans doute un peu excessif, le Parlement étant une institution démocratique et surtout, habilitée à représenter le peuple français. En théorie.

Mais alors qu'aujourd'hui, le Parlement est justement réuni en Congrès à Versailles pour approuver la révision constitutionnelle préalable à la ratification (et déjà votée par les deux assemblées séparées), il faut souligner, répéter, marteler, que cette procédure est un scandale. Un scandale pour la démocratie, un scandale pour l'Europe. Je rappelle qu'on présente à peu de choses près aux députés et sénateurs - il serait temps que les ouistes arrêtent de prétendre qu'il s'agit d'un autre traité, cela ne sert pas leur argumentation - un texte retoqué en mai 2005 par plus de 54,67% des Français.

Les partisans du traité, particulièrement hypocrites sur ce coup-là, se contentent souvent de deux arguments pour justifier le choix de Nicolas Sarkozy : celui-ci avait prévenu qu'il agirait ainsi ; le parlement représente le peuple, et à tout prendre, il est mieux qualifié que lui pour s'exprimer pour l'Europe. Il y a parfois un argument bonus, le pire de tous : Et Nice, et Amsterdam, ils n'ont  pas été soumis à référendum, alors hein!

Autant d'arguments dont ils riraient s'ils étaient employés pour défendre une idée à laquelle ils seraient opposés. En soi, ce sont des non-arguments. Pourquoi?

- Nicolas Sarkozy avait effectivement parlé de "traité simplifié" pendant la campagne. Son programme contient ceci, à la virgule près : "J'ai proposé à nos partenaires un traité simplifié limité aux questions institutionnelles que nul n'a contesté pendant la campagne référendaire (ah bon? Il me semblait pourtant qu'un certain Etienne Chouard n'avait pas arrêté de parler de ça... toujours cet aveuglement!) afin que l'Europe se dote rapidement des moyens de foinctionner efficacement à 27 membres (ne fallait-il pas y penser avant d'élargir à tout va l'Union à de nouveaux pays, juste pour le symbole et sans nous demander notre avis?)". C'est tout ce qu'il avait dit. Mais qu'y a-t-il de simplifié dans ce traité, à part les symboles européens en moins? Sarkozy voulait runir la France du oui et celle du non. Il ne fait que diviser d'avantage. Je connais des tas de nonistes qui se sentent trahis, dépossédés de leur vote.

- Le parlement serait aussi apte que le peuple pour s'exprimer sur la question, voire d'avantage. Je suis d'accord avec cette assertion. Mais encore faudrait-il que la notion de représentation soit clairement définie! Trouve-t-on cela normal, que trois ans après un refus du peuple à près de 55%, 80% des députés soient en passe non seulement de dire oui, mais en plus, de refuser le droit au même peuple de donner son avis?  Cela montre bien qu'il existe un décalage criant entre les élites et les citoyens sur cette question, comme sur d'autres. Comment comprendre que l'adoption d'un nouveau traité européen ne fasse même pas l'objet d'un débat dans notre pays?
Au fond, les dirigeants, les élus, se montrent d'un idéalisme sans bornes, quasi-aveugle, pendant que les citoyens ont le sentiment de perdre leur souveraineté au bénéfice d'institutions lointaines et peu protectrices. Ah oui, l'Europe, c'est beau. Mais l'Europe, c'est aussi un truc incapable d'élaborer et de mettre en place des barrières douanières extra-communautaires. A quoi ça sert de s'investir là-dedans, se demande-t-on? Si c'est juste pour le symbole ou pour se satisfaire de la paix qui règne depuis 1945, est-ce vraiment indispensable?
Soulignons au passage, encore une fois, l'idiotie congénitale du PS qui se dit favorable à un référendum, mais refuse de voter non à la révision ouvrant la voie à l'adoption parlementaire! Où en est ce parti de sa réforme interne?
On nous répète que le référendum, c'est la porte ouverte à tous les populismes, aux faux débats. On craint qu'on ne réponde pas à la question. Mais l'adoption parlementaire, c'est quoi? C'est un débat tronqué. Un débat en catimini. Encore une fois, qui parle d'Europe à part les nonistes?
Nicolas Dupont-Aignan me semble particulièrement bien inspiré lorsqu'il dit ceci :

Une fois de plus, les émissions auxquelles je suis invité sont annulées les unes après les autres, presque toujours en dernière minute. Il y a comme une paroi de verre érigée entre nous et les Français. Tout est fait pour dissimuler au peuple le forfait institutionnel perpétré dans leur dos.

A croire que les prescriptions du puissant centre de recherche fédéraliste, l’European Policy Centre, un « think tank » qui a pignon sur rue et bénéficie de nombreuses largesses financières, sont suivies à la lettre : ce dernier, fin novembre, a ainsi publié une étude (communiquée à la diplomatie française) invitant à respecter un « impératif de discrétion qu’impose le processus de ratification du traité tout au long de l’année. » Un souci de « discrétion » qui paraît le mieux partagé du monde dans les arcanes de l’eurocratie et qui a inspiré en septembre dernier à Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, à propos de la Constitution bis, cet aveu chuchoté : « Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-je intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »


Ou ceci :

Il est sûr que si les médias n’en parlent pas, personne ne s’y intéressera ! Je demande aux journalistes, aux éditorialistes que je crois honnêtes et sincères pour la plupart, d’oser enfin parler des choses importantes. L’adoption du traité de Lisbonne qui transfère des pouvoirs considérables à des organismes non élus et qui vide de sa substance notre démocratie mérite débat, à tout le moins devoir d’alerte !



La vérité, c'est que l'Europe est coincée par un postulat de départ mensonger et suicidaire : il faut tous avancer ensemble, au même rythme, sans quoi c'est la crise. Il faut intégrer, intégrer, intégrer. La France sans l'Europe ne pourrait rien faire (ah bon?). C'est bien de cela qu'il s'agit : Nicolas Sarkozy n'a pas d'autre choix que d'agir ainsi, car sinon il perd la face au niveau européen. La France ne serait plus "dans le coup". Et alors? La situation pourrait-elle être pire qu'aujourd'hui, économiquement parlant?

C'est pourquoi il faut soutenir les appels à manifester à Versailles aujourd'hui et ces prochains jours. Je ne pourrai moi-même y être mais je compatis de tout coeur avec ceux qui iront affronter le froid mordant pour protester contre ce "déni". Non mais!

Par Le chafouin
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Mardi 15 janvier 2008 2 15 01 2008 13:23
Merci à Laurent Joffrin, qui ce matin dans Libération, résume ce que de nombreux blogs et de nombreux politiques répètent depuis des semaines et des mois au sujet de l'adoption du pseudo "mini-traité" par la voie parlementaire. Joffrin n'ose pas le mot, mais entre les lignes, il dit que oui, et quoi qu'en disent les Quatremer et autres hooligans de l'Union européenne, ce mode de ratification est bel et bien un scandale dans une démocratie. Que dirait-on si Chavez faisait voter par l'assemblée la réforme constitutionnelle rejetée par référendum?

"Malaise", titre Joffrin dans son  éditorial d'un dossier qui fait la une avec ce titre : "Traité européen : le débat interdit". Après avoir insulté les nonistes (on se souvient de July évoquant un chef d'oeuvre sadomasochiste) au lendemain du 29 mai 2005, Libé souhaite-t-il se rapprocher de son coeur de cible?

"Le mini-traité, version peu modifiée du même texte, rencontre une indifférence massive et s'apprête à franchir les obstacles parlementaires dans une quasi-clandestinité, écrit Joffrin. (...) Une nouvelle fois, les partisans de l'Union européenne (quoi que de mon côté, je ne m'en estime pas adversaire) donnent le sentiment d'agir au sein d'élites fermées et de refuser la confrontation des idées. (...) On cherche en vain les arguments convaincants qui réfuteraient l'idée d'un référendum. Il faut maintenant poser avec force ce problème, dans la forme et sur le fond. Faute de quoi, les partisans de l'UE donneront le triste sentiment qu'ils ont peur du peuple".

Qui d'autre parle du traité à part les pro-référendum?

Tout est là. Le reste n'est que littérature. Non, les pro-référendums ne sont pas forcément des nonistes. Non, les nonistes ne sont pas résignés, comme le laisse sous-entendre un des articles du dossier de Libé sur la mobilisation des pro-référendum sur le web. Simplement, tant qu'on en leur proposera pas de référendum, il n'y a pas lieu de discuter sur le fond du traité. Et demander dans le vide, pendant des mois, que les simples règles élémentaires de la démocratie soient respectées, ce n'est pas très mobilisateur, il faut bien l'avouer...

Pourtant, pendant que les politiques haussent le ton (on a à droite, un Dupont-Aignan bien seul, et à gauche, les Emmanuelli, Dolez, les gens d'Attac, du PCF, de la LCR...), les blogs pro-référendum continuent leur activité. Continuent, inlassablement, d'exiger qu'on arrête cette grande blague. Continuent d'espérer que non, le pouvoir ne va pas ratifier à Versailles ce que la France a déjà refusé. Des blogs d'un peu tous les bords, mais c'est vrai, des blogs essentiellement de gauche, avec une mention toute particulière - pour ce que j'en connais - pour les Vigilants (qui pourraient tout de même parler d'avantage du mini-traité que de Carla Bruni), Gus (Publius)  et le kiwisien Edgar, qui a d'ailleurs entamé une grève de blog à défaut de grève de la faim (il aime bien manger).

Mais le pire, dans tout cela, c'est que tous ces pro-référendums sont quasiment les seuls à parler d'Europe. Tous nos bienpensants ouistes n'en parlent pas ou peu. Comme si le débat n'existait pas, comme si ce traité était bon et puis c'est tout!

Moi, je trouve qu'il y a un problème quand tous les pays de l'Union, à l'exception de l'Irlande, soumettent ce traité au parlement plutôt qu'au peuple. Quand José Socrates, le premier ministre portugais, assure que la ratification par référendum serait facile mais "très irresponsable" car cela donnerait des "arguments à ceux qui souhaitent contester la ratification parlementaire dans d'autres pays". Quoi qu'on en dise, je trouve que le symbole est très mauvais : cela donne vraiment l'impression d'un processus qui se fait contre les peuples. N'est-ce pas le cas?

Et les mêmes, qui la main sur le coeur nous jurent aujourd'hui que l'Europe ne mérite pas la démagogie, qu'il faut avancer, nous reparleront politique intérieure aux prochaines européennes. Les mêmes ne respecteront pas le Pacte de stabilité. Les mêmes ne veulent pas assumer aujourd'hui, et demain, renverront toujours la balle à Bruxelles pour tout ce qui est impopulaire. Et on voudrait nous faire croire que ces types sont plus aptes à ratifier le texte que nous?
Par Le chafouin
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 01 2008 07:00
Le PS... Rien que ces initiales énervent. Font frissonner de désespoir. Le parti de la rose s'enfonce jour après jour dans le néant de la pensée. Ses dirigeants se battent pour le leadership avant d'essayer de se mettre d'accord sur des idées. Et ils n'ont pas le courage d'assumer leurs convictions sur l'Europe!

En ce qui concerne le Traité de Lisbonne, l'incohérence est flagrante. Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et président du groupe socialiste à l'assemblée, a annoncé que celui-ci voterait le Traité, mais boycotterait la réunion du Congrès qui entérinera la révision constitutionnelle nécessaire avant tout adoption.

Admirez cet enchaînement logique, qui prouve une nouvelle fois que le sadomasocialisme a de beaux jours devant lui.

Première étape du raisonnement : "Nous n'irons pas à Versailles. Un référendum a rejeté le traité précédent. Un nouveau texte a été préparé. Il me paraît impossible que nous participions à la révision préalable de la Constitution dès lors que nous défendons la voie référendaire plutôt que la voie parlementaire", a-t-il dit en présentant ses voeux à la presse.

Jusque là, d'accord. Sauf que le PS a également dit depuis un moment qu'il voterait en revanche le traité en lui-même. "Nous voterons le traité simplifié européen parce que ses acquis sont supérieurs à ses insuffisances et parce qu'il est enfin une chance de sortir l'Union de sa paralysie politique", a clamé Ayrault hier. On imagine la petite larme au coin de l'oeil. Il ne lui vient en revanche pas à l'idée que son histoire de boycott est d'une mauvaise foi sans nom. Il ne changera rien au résultat final, alors même qu'un vote hostile au Congrès obligerait Nicolas Sarkozy à recourir au référendum! D'ailleurs, Benoît Hamon s'est étonné de cette annonce qu'il juge prématurée : "Je suis un peu surpris de la déclaration de Jean-Marc Ayrault, alors que le groupe socialiste à l'Assemblée n'a rien décidé du tout, si ce n'est de voter une proposition de loi communiste sur l'organisation d'un referendum sur ce traité".

La morale de cette histoire, on la connaît : on se demande si la gauche ne va finalement pas se prendre une bonne claque aux municipales. Du coup, Bayrou conserve peut-être ses chances pour 2012!


Par Le chafouin
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Mardi 18 décembre 2007 2 18 12 2007 00:30
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Pendant que nos chers médias ont les yeux braqués sur l'inutile et exhubérant Kadhafi (quel buzz n'a-t-il pas créé sur les blogs! chacun y est allé de sa complainte), et sur l'inaudible mais charmante Carla Bruni, pendant ce temps, le traité de Lisbonne a gentiment été signé la semaine dernière par les Etats-membres de l'Union.  Vous savez, par ces gens qui estiment qu'ils sont les seuls qualifiés pour donner leur avis sur une question, vous rendez-vous compte, aussi importante que l'avenir de l'UE. Il est vrai que pour un sujet moins fondamental, l'élection du président de la République, on nous demande encore notre avis. Qui sait, ça ne va peut-être pas durer, après tout. Dans le mot démocratie, ce qui est pénible, c'est le préfixe.

Bon. Ce traité, quoi qu'en disent tous ceux qui portent la mauvaise foi en bandoulière, est peu ou prou le même que celui rejetté par les Français et Néerlandais en 2005. Le même que celui qu'auraient probablement rejetté les Polonais, les Anglais, et peut-être même bien les Allemands, qui sait. On ne va pas revenir là-dessus, on l'a déjà fait ici. Le prétexte selon lequel on n'a pas adopté les traités d'Amsterdam et de Nice par référendum après le précédent de Maastricht, en 1992, est donc purement fallacieux. On avait fait le coup aux Irlandais sur le passage à l'euro, je crois. Tu dis non? Attends, je te repose la question dans deux ans, et on voit coco!

Pour éviter toute contestation, l'exécutif veut accélérer les choses : la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement réuni en Congrès devrait avoir lieu avant le 8 février. Tous ceux que le procédé choque doivent donc réagir, car c'est maintenant ou jamais. Après, pleurer ou gémir sera totalement vain. J'ai déjà proposé une pétition (44 000 signataires c'est trop peu...) mais Egdar a une meilleure idée puisque l'Elysée demeure inflexible : écrivez directement à votre député, afin de lui faire part de votre position. Il faut une majorité des 2/3 pour que le texte soit adopté, ce qui n'est pas gagné d'avance. Alors si vous êtes motivés... agissez!

Le texte de la lettre est à télécharger ici.

Ah, si vous ignorez le nom de votre député, c'est ici que ça se passe.

Pour votre sénateur, c'est ici.

N'hésitez surtout pas à relayer cet appel sur votre blog! Il faut que cela tourne.








Par Le chafouin
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Mardi 4 décembre 2007 2 04 12 2007 00:35
Tiens, Chevènement, Lienemann et Dupont-Aignan font meeting commun contre la décision présidentielle de soumettre la ratification du Traité de Lisbonne au Parlement plutôt qu'à ceux qui l'avaient refusé il y a un peu plus de deux ans. Est-ce un début de quelque chose, d'un mouvement? Voici ce qu'en dit Jean-Pierre Chevènement :

"Ce qui a été rejeté par referendum [se référant au non des Français au projet de Constitution européenne en mai 2005] ne devrait pouvoir être rétabli que par la voie du suffrage universel". "Il y une règle en démocratie : c'est la souveraineté du peuple. Ne pas la respecter constitue un véritable déni de démocratie", a-t-il dit.

"M. Sarkozy annonçait un 'mini traité' : c'est une maxi-traîtrise", a-t-il ajouté, estimant que les modifications apportées au projet rejeté de constitution européenne étaient "purement cosmétiques". Pour lui, il n'est pas trop tard pour organiser un référendum sur le nouveau texte. "Il est possible d'imposer à M. Sarkozy la voie du référendum" car il existe au Parlement une minorité de blocage des deux cinquièmes pouvant s'opposer à la révision de la Constitution, préalable à la ratification du nouveau traité, a-t-il dit. "Cette minorité de blocage existe si tous les parlementaires se souviennent de leurs engagements", a-t-il relevé, rappelant notamment ceux des élus socialistes en 2006 et de Ségolène Royal en 2007.

Dupont-Aignan n'est pas plus tendre :

Nicolas Dupont-Aignan, qui a invité les "républicains des deux rives", gauche et droite, à se manifester pour demander un référendum, a estimé pour sa part que Nicolas Sarkozy "organise un coup de force contre la volonté populaire". "Les Français ne seront pas dupes longtemps. Il ne s'agit pas d'un traité simplifié mais d'un véritable coup d'Etat simplifié", a poursuivi le député-maire d'Yerres, dans l'Essonne, reprochant également à Ségolène Royal, "toute honte bue", d'avoir "glissé en catimini que le référendum n'était plus une question de principe digne d'être défendue".
Au fond, adoption parlementaire ou référendaire, on peut en discuter. Mais il ne manque plus que les gauchistes s'y mettent, et Versac aura peut-être eu tort dans son pronostic sur le cloisonnement des opposants au traité.

Ce qui est admirable, dans cette affaire, c'est aussi la discrétion de Philippe de Villiers. Lui, le maquisard sans cesse en résistance contre Bruxelles, qui n'a jamais perdu une occasion de défendre son Europe des nations, limite cette fois-ci ses interventions sur le sujet. Etonnant, non? De là à penser que le président du Conseil général de la Vendée se soucie de ses pions dans son fiefs à l'approche des municipales...
Par Le chafouin
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 11 2007 10:18

Si vous estimez, comme tous les gens honnêtes et de bonne foi, que le Traité de Lisbonne est, peu ou prou, le même  texte que le Traité Constitutionnel Européen. Vous savez, ce texte rejetté à 54,67% par les Français le 29 mai 2005.

Si vous estimez qu'adopter par la voie parlementaire un texte rejetté par la voie référendaire est une escroquerie intellectuelle et un déni de démocratie.

Si vous estimez que pendant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy n'avait jamais parlé d'un traité identique mais d'un mini-traité. Si vous estimez donc que son intention de soumettre le Traité de Lisbonne au Congrès est une façon d'adresser un bras d'honneur aux électeurs.

Si cette idée provoque en vous un sentiment désagréable, une montée de colère, et à vrai dire, vous donne l'envie irrépressible de souffleter le président de la République.

Si vous voulez exprimer cet avis et avoir une chance d'être entendu.

Alors agissez. J'ai essayé (et réussi, quel talent), ça prend moins de deux minutes. Une petite pétition ayant déjà réuni plus de 27 000 signatures. Il y a en a d'autres, chaque chapelle ayant lancé la sienne. Peu importe : toutes les signatures ont du poids!

Après, il sera trop tard.

Par Le chafouin
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 10 2007 14:48
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Le collègue kiwisien Edgar, qui tient le blog eurosceptique La Lettre volée, est parfois excessif. Mais ses propos tiennent lieu de piqûre de rappel permanente : Edgar est donc un empêcheur de tourner en rond permanent, ce qui est très utile à la démocratie et au débat. Un bon exemple de critique sans concession de la construction européenne, qui quoi qu'on en pense ou qu'on en dise, n'est ni inéluctable, ni incontournable, ni indispensable. Ni définitive! Et force est de constater qu'en ce qui concerne le mini-traité européen adopté par les chefs d'Etat et de gouvernement au sommet de Lisbonne, la semaine dernière, il a entièrement raison de parler de "haute-trahison".

Un article qui a fait l'objet d'une discussion très riche, et qui montre les ambiguïtés et les incompréhensions entre ouistes et nonistes. Ce qui est dingue, après tout, c'est qu'il ne s'agit même pas de discuter du contenu de ce traité, mais de la procédure de ratification choisie par l'Elysée, en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires.

Car de quoi s'agit-il? On l'avait déjà démontré ici : le traité de Lisbonne (passera-t-il ainsi à la postérité?) est, peu ou prou, identique au Traité Constitutionnel Européen proposé au vote des Français en 2005. VGE lui-même se satisfait que "l'essentiel" ait été préservé: "Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel – les seules qui comptaient pour les conventionnels – se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent " (et surtout, insérées dans des amendemants aux traités antérieurs). Même si ce texte présente l'avantage, en étant privé de la partie III du TCE, d'enlever bon nombre de réticences liées à la "concurrence libre et non faussée", qui inscrite ou non, continuera toutefois à présider aux politiques publiques européennes...

Dans ces conditions, pourquoi refuser de redonner la parole aux électeurs? Pourquoi avoir peur d'eux, pourquoi ce déni de démocratie? On a glosé, pendant la campagne référendaire, sur le "déficit démocratique" de l'UE. On le constate certes à chaque élection au parlement européen, lorsqu'on parle de tout sauf d'Europe. Mais on le remarque surtout quand on prive les citoyens de leur droit de s'exprimer sur un sujet qui les engage peut-être d'avantage qu'une élection présidentielle!

On peut d'ailleurs observer que ce schéma n'est pas spécifique à la France. Qui, à part l'Irlande, a décidé de recourir à un référendum pour valider ce traité? Personne. Comme si c'était un risque. Comme si nos élites représentantes étaient les seules de pouvoir juger d'un tel sujet... Alors oui, haute-trahison me paraît le terme adapté. Vous dites non, ça sort par la porte et ça revient par la fenêtre!

Et ce qui me fait rire, ce sont ceux qui prétendent qu'en cas de référendum, le vote est "pollué", "manipulé", et que les gens, en gros, n'y "comprennent rien". Qu'il vaut donc mieux éviter de leur poser la question. Je pourrais être d'accord avec ce raisonnement dan sl'absolu, n'ayant jamais considéré que l'avis de chacun avait le même poids. Après tout, sommes-nous tous aptes à donner notre opinion sur tout et n'importe quoi? Mais là n'est pas le problème : nos ancêtres, bien leur en fasse, ont choisi de décapiter un roi pour instaurer un pseudo régime républicain et démocratique. Basé, comme chacun sait, sur le principe selon lequel c'est le "peuple qui gouverne". Alors?

Dans ce cas, faut-il interdire aux citoyens d'élire leur président, leurs députés, leur maire? Le scrutin, là, ne peut pas être "pollué"? Faudrait savoir. Et j'aimerais bien qu'on me donne une raison valable de passer outre le non de 2005 en faisant ratifier ce traité par le Congrès. Vraiment!
 

 
Par Le chafouin
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Dimanche 23 septembre 2007 7 23 09 2007 13:13
On s'en souvient : après s'être déclaré, par pur opportunisme politique, opposé à la fusion entre GDF et Suez, Nicolas Sarkozy a changé d'avis une fois arrivé au pouvoir. Après tout, pourquoi pas : ce refus ne semblait pas issu d'une conviction profonde du ministre des Finances de l'époque, mais plus d'une querelle politique avec la Chiraquie.

On ne peut malheureusement pas en dire autant au sujet de l'épineuse question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Sarkozy l'a dit et redit. "Si la Turquie était européenne, ça se saurait", fanfaronnait-il en 2004, à quelques mois du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. On croyait entendre un cri du coeur. Mais peut-être aussi, une danse du ventre à destination des électeurs villiéristes et frontistes. Partisan, avant et pendant la campagne présidentielle, d'un partenariat privilégié avec l'Etat turc, Sarkozy l'a répété l'autre soir sur TF1 : "Je ne crois pas que la Turquie ait sa place en Europe, et pour une raison simple, c'est qu'elle est en Asie mineure".

Argumentation certes un peu courte. Mais qui a le mérite apparent de trancher définitivement la question. Sauf que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner n'a de cesse de répéter de son côté qu'il milite farouchement pour l'entrée de la Turquie en Europe. "Je suis un partisan de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, après de longues discussions et beaucoup de conditions posées", a-t-il déclaré mercredi sur France-Inter, rappelant que Nicolas Sarkozy de son côté, y était opposé, préférant un "partenariat privilégié". Rappelant également qu'il ne pensait pas être "étranger" aux récentes "inflexions" du président sur le sujet. Inflexions? On croyait avoir entendu le fringuant Martinon (également porte-parole de l'Elysée) affirmer, confirmer, assurer que Sarkozy n'avait "pas changé" là-dessus. Surtout pas avant les municipales, hein?

Il faudrait avoir une foi aveugle pour le croire. Il faudrait être autruche. Sarkozy, qui n'a pas hésité à renvoyer Fillon à ses études lorsque celui-ci en avait trop dit au sujet des régimes spéciaux, Sarkozy, qui sèche tout ministre s'exprimant en marge de la ligne officielle, laisse dire, laisse faire Kouchner. Attend de voir. N'a-t-il pas proposé à ses partenaires européens de charger un "comité des sages" de se pencher sur la question des frontières de l'Union? Voilà qui est peu rassurant, un comité.

Et puis dans le même temps, Sarkozy a commis un autre oubli regrettable : il n'a pas désavoué son ministre des Affaires européennes, lorsque celui-ci a proposé, devant la commission Balladur (chargée de réformer les institutions), la suppression de l'article 88-5 de notre constitution, qui oblige la France à organiser un référendum pour valider toute nouvelle adhésion à l'Union. Oubli, vraiment? Quel but poursuit exactement Jean-Pierre Jouyet? Là aussi, Sarkozy laisse faire, alors que c'est lui qui le premier, a observé en septembre 2004 qu' "une décision aussi importante ne pourrait être prise qu'après qu'il y ait eu un référendum en France pour connaître l'opinion des Français". A l'époque, c'est vrai, il s'agissait surtout de tacler Chirac.

Et puis il y a eu l'épisode du 27 août dernier, où lors de sa déclaration de politique étrangère, Nicolas Sarkozy avait lâché qu'il ne s'opposait pas à l'ouverture de nouveaux chapitres de négociation entre l'UE et Ankara. Accepte-t-on de négocier le prix d'un scooter si on ne veut pas le vendre?

On comprend que dans l'esprit des néocons, dont Kouchner fait assurément partie, l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne représente un pas de plus vers l'unification du monde, vers l'extension du pseudo "monde libre". Ces gens se moquent de l'Europe politique, dont ils ne veulent surtout pas : ce qu'ils désirent, avec ardeur, c'est l'abolition des frontières, un marché commun le plus large possible. L'ancrage à l'Union d'un pays d'Islam, c'est un prétexte, une fausse raison. Et une argumentation bidon : pourquoi pas le Maroc et l'Indonésie, dans ces conditions?

On pensait naïvement que Nicolas Sarkozy exprimait une conviction forte en estimant qu'on devait aller plus loin dans l'Europe politique avant de penser à intégrer d'autres Etats. Qu'il était sincère. Il y a désormais fort à parier que notre candeur se soit fourvoyée, et qu'on se trouve finalement cocufié. Sarkozy, comme on l'a toujours dit ici, est dans la pure lignée de Chirac. Les promesses électorales n'egagent que ceux qui y croient, non?
Par Le chafouin
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Mardi 26 juin 2007 2 26 06 2007 00:30
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Les observateurs ont eu tendance à souligner, ces derniers jours, la réussite du sommet européen de Bruxelles sur les institutions communautaires. En dépit, comme l'analyse très justement Versac, des
paradoxes de cette soi-disant victoire et des médiocres avancées qu'elle offre. Pour le détail, voir ici.

"Qu'a-t-on obtenu samedi matin ? A peu près la même chose que ce les Français ont refusé il y a deux ans. La cohérence et les progrès identitaires (le nom constitution, les symboles) en moins. On garde l'essentiel des avancées institutionnelles, ce qui est un vrai plus, et qui constituait l'essentiel du texte. On perd la cohérence de l'unification de tous les textes en un seul, on perd le symbole de l'idée de constitution."


Les nonistes ayant refusé l'idée de voir "graver dans le marbre", selon l'expression consacrée, le principe de la "concurrence libre et non faussée" seront certes agréablement surpris de voir cette mention retirée de la négociation finale. Mais son principe continuera vraisemblablement de présider aux destinées de l'Union, ne rêvons pas. Quant à la partie III du texte, sur laquelle se sont basés moultes "non" et que l'on pourrait appeler l'esprit "libéral" des institutions, elle est retirée de ce mini-traité mais existe toujours du fait de l'"empilement des traités initiaux".

Les anti-libéraux ne seront donc toujours pas satisfaits de ce résultat. Non plus que les souverainistes, qui auront beaucoup de mal à être un jour satisfaits par un accord européen.

Mais la frange véritablement pro-européenne des nonistes, ceux qui ont cru - à tort - que leur "non" pourrait faire bouger les choses, ceux qui ont craint un reflux de l'idée unioniste, ceux-là doivent se féliciter de ce mini-traité. On comprend très bien, dans cette optique, que Jean-Luc Mélenchon continue de râler : "En dépit de toutes les alertes données par les votes négatifs des citoyens ou le niveau de leur abstention, le texte discuté par le Conseil européen a été tenu secret et amendé dans le dos des citoyens et des Parlementaires. On en revient à la méthode intergouvernementale qui paralyse l’Europe depuis plusieurs années et la condamne au plus petit commun dénominateur libéral ». Les Mélenchon, comme les Besancenot, les Arlette et tous ceux qui disent éternellement non, ont bien compris que ce mini-traité ne répond en rien à leurs angoisses, à leurs doutes, à leurs réticences au sujet de l'Europe qui pour eux, ne sert qu'à broyer encore et toujours du travailleur.

Mais comment supporter que Ségolène Royal, François Hollande ou Julien Dray, qui ont soutenu le TCE, critiquent le résultat du sommet? La montagne accouche d'une souris mais devrait représenter pour eux une avancée par rapport au désastreux traité de Nice, et surtout, au souvenir de la pseudo onde de choc consécutive aux "non" français et néerlandais. Comment interpréter ce revirement, à part comme une basse manoeuvre politique? Quelque chose doit nous échapper. En 2005, Hollande estimait que Fabius changeait d'opinion en fonction de ses intérêts personnels. Aujourd'hui menacé, le premier secrétaire du PS, reprenant la "mini-ambition" fustigée par son ex-compagne devenue rivale (nous dira-t-elle dans quelques semaines qu'elle ne croyait pas à ce qu'elle dit aujourd'hui?), dénonce «une Europe a minima et l'abandon d'un grand projet collectif même s'il faut sortir l'Europe de son impasse et de son marasme», L'abandon d'un grand projet collectif? Où ça? Et Julien Dray n'est-il pas lui aussi ridicule lorsqu'il lâche sans sourciller que "L’Europe continue sa dérive libérale" et qu'on ne peut accepter ce "compromis boiteux"? Même Laurent Fabius, qui était en 2005 à la pointe des nonistes, a préféré "attendre avant de juger".

Face à ce néant d'idées, on est plutôt tenté d'abonder dans le sens de Nicolas Sarkozy, une fois n'est pas coutume, lorsque ce dernier affirme que  "l’Europe qui ne bougeait plus s’est remise en mouvement ». C'est un fait.
Si l'on se met dans la peau d'un socialiste ayant voté oui en 2005, on est plutôt tenté de saluer le pragmatisme d'un DSK, cité par Jean Quatremer : « Je ne suis pas satisfait du résultat parce que c’est très cher payé pour avancer, mais il faut quand même prendre le bon côté : on a avancé ».
On est plutôt tenté d'approuver l'illusionniste Jack Lang : « Ce nouveau traité sera moins ambitieux que le traité constitutionnel mais il ne pouvait pas en être autrement après les deux rejets français et hollandais ».

Malgré ces déclarations de bon sens, le sadomasocialisme semble une nouvelle fois reprendre le dessus au PS. Mais l'a-t-il jamais quitté? On avait l'impression que le mini-traité ménageait l'Angleterre et la Pologne, tout en laissant la possibilité aux autres Etats d'aller plus vite, plus loin, plus fort. N'est-ce pas ce que devraient vouloir les socialistes? Mais que veulent-ils au juste? Le fait qu'une partie de leurs dirigeants, le jour même où ils entérinent leur calendrier de leur réforme interne, crient ainsi haro sur le baudet n'est pas bon signe. Pour la refondation, faudra sans doute repasser messieurs-dames.

 
Par Le chafouin
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