Politique

Jeudi 25 décembre 2008 4 25 12 2008 12:30

Je m'associe pleinement, sans arrière-pensée aucune, à l'appel publié hier dans douze quotidiens français, sur le thème "Noël dans la crise : un rendez-vous pour l'espérance".

Signé par des personnalités telles que Eric-Emmanuel Schmitt, Michel Rocard, Alain Juppé, Jean-Claude Guillebaud, Xavier Emmanuelli, Jacques Delors ou François-Régis Hutin (Koz s'y est également retrouvé, et Toreador le publie également), ce texte nous invite à conserver espoir et courage face à la crise dans laquelle l'économie mondiale se trouve plongée, et qui aura des conséquences sur la vie de chacun d'entre nous. Ou presque.

Cette tribune n'est pas seulement un texte péremptoire qui se contenterait d'incantations et de grandes phrases. Elle constitue une vraie nouveauté, et un signe fort, en ce qu'elle cite carrément, en réponse à la crise, les grands principes de la doctrine sociale de l'Eglise, dont nous avons déjà parlé ici. Celle-ci n'est pas une alternative au régime politico-économique actuel, mais consiste plutôt en une série des recommandations qui lui permettraient d'allier efficacité et justice, ce qui n'est définitivement pas le cas aujourd'hui.

Ce n'est bien sûr pas un hasard si cette tribune est publiée à Noël, une fête qui célèbre l'arrivée d'un signe apparemment dérisoire comme réponse aux "ténèbres". Qui célèbre l'humilité d'un Dieu, qui quoi qu'on en pense, a décidé d'incarner son infinité dans un petit bébé. Et a choisi de venir au monde comme le plus pauvre des humains, dans une étable. Hier, pendant la messe de minuit, le prêtre qui célébrait l'office nous invitait à chercher dans nos vies ces signes d'espoir, ces réponses à nos propres ténèbres. Elles y sont.

Ce n'est donc pas une crise qui va nous abattre : mais elle est une occasion pour essayer de révolutionner le système, de sortir de la folie, de revenir à un système dans lequel l'économie est au service de l'Homme. Et où l'Homme n'est pas seulement une "ressource".

Mais j'arrête ici mes bavardages, et après vous avoir souhaité, à tous, de goûter à cette joie simple (mais tellement profonde) de Noël, je vous propose le fameux texte :


"Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.


La naissance du Christ parmi les plus pauvres, dans une étable, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Églises chrétiennes, nous renvoient à des  références éthiques essentielles pour affronter la crise.


La pensée sociale chrétienne qui s'appuie sur ces références n'est pas une alternative à un quelconque système économique mais  un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d'organisation durable de la société.

Ce socle repose sur deux priorités: celle de l'homme sur l'économie, l'économie est au service de l'homme et non l'inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l'équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus.

Ces deux priorités  définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne: la destination universelle des biens  (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin) l'option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus prés du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).


Et, en leur temps, les Pères de l'Église n'y allaient pas par quatre chemins. Avec Saint Ambroise par exemple, qui affirmait: « Quand tu fais l'aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l'usage de tous, tu te l'es arrogé pour toi tout seul ».


Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès, ou Gorbatchev plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste. 


Dans leur session consacrée à « l'argent » en 2003, les Semaines Sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société  depuis plus d'un siècle, critiquaient le système des stock-options en ce qu'il risque de négliger la vision à long terme de l'économie.


Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l'économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent -  et sur ce point, ils sont d’accord avec l’économiste Adam Smith - que: ce type d'économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur  les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l'usage des biens matériels. Il ne s'agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l'entreprise , mais d'appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l'action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.


Les chrétiens ont des valeurs à faire progresser avec d’autres qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d'entre-eux sont  appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser  « le toujours plus », à s'engager notamment au niveau local, à accepter un niveau d’impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation  plus équitable  et soutenu par une « sobriété heureuse». Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci d'y faire entendre la voix des plus exclus.

La célébration de Noël nous invite à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie et à choisir la voie de la solidarité.

Cela devient plus qu’urgent. Impératif. "

Par Le chafouin
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 12 2008 00:56
En ces jours dépourvus d'actualité, la mise en cause du socialiste Julien Dray dans une affaire financière a fait du bruit, à l'occasion d'une perquisition à son domicile et son bureau de l'Assemblée nationale, vendredi dernier. Avec un écho que décidément, on a bien du mal à interpréter...

Nous ne reviendrons pas ici sur le volet pénal et en tout cas la genèse juridique de cette histoire : d'autres s'en sont chargés, avec bonheur. Non, ici c'est le volet politique qui nous intéresse. Et avec un peu de recul, une fois qu'on a dit que Julien Dray était présumé innocent, on se pose plusieurs questions. Un tryptique qui débouche sur une idée un peu folle... 

- Pourquoi cette affaire fuite-t-elle dans la presse, avec des détails aussi précis? Nous ne sommes qu'au stade de l'enquête préliminaire, et par exemple, sur une autre affaire similaire et récente de présumés détournements de fonds à Henin-Beaumont, là aussi en terres socialistes, on  n'en a pas fait autant. Et surtout, on n'a pas eu droit à autant d'infos...

Rue89 vous les résume à merveille, en deux temps, trois mouvements : "Tracfin, la cellule antiblanchiment d'argent du ministère des Finances, aurait observé des mouvements de fonds suspects sur les comptes des deux associations (fidl et sos-racisme, ndc) depuis janvier 2006. Au total, 351 027 euros auraient été évacués de ces comptes, dont 127 377 euros par chèque au bénéfice des deux proches du député de l'Essonne. Lesquels auraient ensuite reversé 102 985 euros à Julien Dray. 94 350 euros de retraits en liquide et 113 890 euros provenant de "particuliers membres de la sphère économique" auraient aussi profité au responsable socialiste, militant depuis ses quatorze ans, co-fondateur de la FIDL et de SOS Racisme."

Alors certes, vu le contexte des manifestations lycéennes, on a avancé l'hypothèse d'un complot destiné à assombrir l'image d'un des deux syndicats lycéens, la Fidl (confondée par Dray) qui est citée dans cette affaire. Une telle conclusion est-elle pertinente, alors que le mouvement était de toutes façons destiné à hiberner pendant les vacances de Noël?

Notons que cette "fuite" n'est pas un hasard, ni le fruit d'un travail d'enquête journalistique. Je ne crois plus trop aux qualités d'investigations de nos journalistes. Les autorités judiciaires, policières peuvent décider de donner ou pas l'info, mais le plus probable, dans ce genre d'affaires, c'est une fuite organisée au niveau de l'exécutif, éventuellement via la direction générale de la police nationale. D'ailleurs, n'est-ce pas ce que tente de faire comprendre Julien Dray, qui a annoncé hier avoir déposé plainte contre X, pour essayer d'identifier la source qui a "balancé" son nom aux médias?

- Pourquoi les socialistes sont-ils si discrets sur le sujet? Evidemment, comme le notent Authueil et Jules, les dommages collatéraux, au niveau de l'image, sont énormes dans ce genre d'affaire, a fortiori quand il s'agit d'un élu, et spécifiquement si celui-ci est socialiste. Les rapports entre gauche et argent ont été, sont et resteront tabous.

Il est cependant étonnant de voir la direction du PS, et le PS lui-même, aussi discrets dans le soutien apporté à Julien Dray. Aubry, Hamon et les principaux leaders socialistes n'ont pas bougé la moitié du petit doigt pour prendre sa défense. En d'autres circonstances, on les entend ruer dans les brancards, au nom de la sacro-sainte présomption d'innocence chère à Elizabeth Guigou. Là, rien, ou si peu. Jack Lang qui fait le guignol. Moscovici aussi, mais sans son bouc. Ségolène Royal, François Hollande (à savoir l'actuelle et l'ancien mentor de Dray) qui lui ont "envoyé un SMS" de soutien. Malek Boutih, un de ses proches, a été le plus offensif dans la contre-attaque, parlant carrément de "lynchage".

Hormis ces rares soutiens, c'est le désert : un autre ancien leader étudiant, Bruno Julliard, aujourd'hui au conseil national du PS, a même semblé accabler son prédécesseur, hier sur BFM-TV."La question n'est pas de soutenir ou de ne pas soutenir, c'est une affaire qui ne concerne pas le Parti socialiste, c'est une affaire privée qui concerne Julien Dray", a-t-il crânement affirmé. On rêve, ou c'est un croc-en-jambe? Débrouille-toi, camarade! Ce n'est pas notre affaire! Cambadélis n'a pas dit mieux, lorsqu'il a prétendu qu'il ne fallait "pas politiser les choses". Ben voyons! Et pour les saboteurs de caténaires non plus?

Le fond du problème, c'est que la direction actuelle du PS n'a pas l'air décidée à soutenir un membre du clan Royal. Les haches de guerre s'enterreront-elles, d'ici à 2012?

- Pourquoi l'UMP a-t-elle pris à ce point la défense de Dray? Troisième étape de la réflexion, la réaction de la droite. On aurait pu s'attendre à des commentaires ironiques, acerbes, satisfaits. Mais non. Frédéric Lefebvre, pourtant habitué aux provocations, a pris tout le monde à contre-pied, hier, en entonnant un vibrant plaidoyer en faveur de Julien Dray : "La présomption d'innocence, ça compte. Il n'est pas très agréable de voir ce déchaînement aujourd'hui sur Julien Dray alors même que personne ne connaît la réalité et que des juges font leur travail. Je m'abstiendrai de tout commentaire négatif à un moment où ce parlementaire que je connais bien est en train de vivre des moments difficiles. La justice dira s'il a des choses à se reprocher ou non. En tout cas pour moi, tant que la justice ne s'est pas prononcée, Julien Dray est innocent."

Authueil y voit une pique à l'adresse du PS, et une façon d'occuper le terrain dont n'ont pas profité Aubry et son équipe : "ce communiqué sur le respect de la présomption d'innocence, c'est Martine Aubry qui aurait du le faire, dès ce week-end ! Que ce soit Frédéric Lefebvre qui l'ait fait le premier, c'est véritablement du sel jeté sur une plaie à vif".

Sauf que Frédéric Lefebvre est du même bord, en l'occurrence, que ceux qu'on peut légitimement soupçonner d'avoir fait fuiter l'info. Qui, à gauche, aurait intérêt à faire "sortir" une affaire comme celle-là, qui risque d'éclabousser tout le monde si elle explose?

Ajoutons à cela le fait que Dray est fréquemment cité parmi ceux qui à gauche, pourraient être visés par un nouveau raid d'ouverture de Nicolas Sarkozy... Que le même Dray estime aujourd'hui être "mort politiquement", du moins à gauche... Autrement dit : à qui profite le crime, en l'occurrence? Qui tire les marrons du feu des deux côtés? Qui peut relancer la carrière de l'ancien leader de SOS-racisme?
Par Le chafouin
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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 12 2008 15:33
Bruno Le Maire, 39 ans, succèdera donc à Jean-Pierre Jouyet au titre de secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Nul n'ignore que le député UMP de l'Eure fait partie du carré de fidèles de Dominique de Villepin, dont l'avenir politique est de plus en plus compromis, avec en plus l'épée de Damoclès de Clearstream au-dessus de la tête...

Bruno Le Maire, c'était le conseiller politique de Villepin au quay d'Orsay, place Beauvau, puis son directeur de cabinet à Matignon. C'est lui qui est réputé avoir écrit son fameux discours devant le Conseil de sécurité de l'ONU au sujet des projets d'invasion américaine en Irak, en 2003. C'est également l'auteur d'un livre passionnant qui avait été ici chroniqué, Des Hommes d'Etat, qui racontait très finement, de l'intérieur, le quotidien du pouvoir et des rivalités entre Chirac, Villepin et Sarkozy de 2005 à 2007, avec en toile de fond, notamment, le CPE et la crise des banlieues. Un livre qui ne ménageait pas Sarkozy...

Il est d'ailleurs comique de voir l'ancien bras droit de Villepin (qui n'a plus le droit de le voir en vertu du contrôle judiciaire de DDV) rejoindre Sarkozy au moment où l'ex-leader de l'UNEF aujourd'hui membre de la direction du PS (comme tous les anciens leaders de l'Unef, non?), Bruno Julliard, se répète en racontant que Sarkozy l'avait assuré de son soutien au moment de la lutte estudiantine et lycéenne contre le contrat première embauche, qui avait scellé les ambitions du premier ministre de l'époque.

Pendant que le PS n'en finit plus de se déchirer, pendant qu'Aubry et Royal continuent de règler leurs comptes, Sarkozy organise donc sa propre opposition, en maintenant sa politique d'ouverture. On le voit sur le travail dominical, où le débat a de fait lieu au sein de la majorité, la gauche n'étant plus que l'ombre d'elle-même. L'objectif est de faire croire que toutes les sensibilités politiques sont dan sle gouvernement alors qu'on voit bien que sur certains dossiers, tels que le travail dominical, l'exécutif est prêt à passer en force et à ignorer les oppositions internes.

La prise de Bruno Le Maire est des plus belles pour le chef de l'Etat, mais ne nous y trompons pas : elle ne doit pas nous cacher les tentatives de déstabilisations d'autres députés villepinistes, tels que l'élu de l'Hérault, Jean-Pierre Grand, dont la circonscription pourrait être coupée en deux afin de l'éjecter en douceur.

Elle ne doit pas nous cacher l'entreprise de cadenassage de l'UMP, dont les clefs ont été confiées au "chouchou" Xavier Bertrand, qui aura pour mission de faire taire les mécontents, ce que Devedjian n'avait pas réussi (ou pas voulu) à faire. Et ce que Jean-François Copé ne fait pas non plus au sein du groupe à l'assemblée. Sarkozy peut compter sur Bertrand pour contrer Copé, sachant que les deux rivaux "quadras" de la droite tournent tous deux leurs ambitions vers 2017.

Tout se joue donc, de fait, à droite. On ne peut décidément que compter sur les rivalités, pour que vive le débat dans notre pays?
Par Le chafouin
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Lundi 24 novembre 2008 1 24 11 2008 08:42

Comment s'en relever? Au terme d'un processus électoral usant, qui aura permis de constater l'ampleur des querelles de personnes au Parti Socialiste (définitivement rebaptisé parti sadomasocialiste, copyright du chafouin), voilà qu'on n'est même plus sûr de l'identité du gagnant.

 

Chacun le sait : 42 voix (sur 134 784 votants!), d'après des chiffres contestables mais officiels, séparent Martine Aubry de Ségolène Royal. Aucune des deux ne veut en démordre. La dame du Nord devait théoriquement ne faire qu'une bouchée de la dame du Poitou, mais cette dernière a visiblement non seulement réveillé les abstentionnistes, mais en plus, apparemment convaincu de nombreux soutien de Delanoë et Hamon. Elle s'accroche, Royal, comme une moule à son rocher. Et l'hypothèse d'une scission n'est plus si invraisemblable : sauf à trouver un consensus et à nommer un duo des lieutenants à la tête du PS, on a désormais du mal à imaginer que l'une ou l'autre des candidates rentre dans le rang. Il est des blessures dont on ne guérit pas...

 

"Nous étions globalement abstents depuis 18 mois... nous sommes collectivement ridicules depuis 15 jours...", soupire à juste titre, sur son blog, Marc Vasseur, un militant plutôt royaliste ces derniers temps. Eh oui! car après les noms d'oiseaux, les menaces de recours judiciaires deviennent réalité de part et d'autre : on se jette désormais à la figure des accusations de fraude.

 

A la bonne heure! Qu'on rie des excès de démocratie, qui au PS comme chez les Verts, assurent d'entraîner un résultat pitoyable, ou au mieux inefficace, c'est une chose. La démocratie conduit parfois tout droit à l'anarchie, et c'est définitivement le cas au PS.

 

Mais les fraudes! Quoi, dans un parti socialiste, on pourrait frauder? On pourrait tricher, dans un des principaux partis de gouvernement d'un Etat démocratique et occidental, vous savez, cette partie du monde qui envoie des observateurs dans les pays du Tiers-Monde, ou en Russie, pour s'assurer de la sincérité des scrutins? Franchement, ça me dépasse. Tout le monde a l'air de trouver ça normal! La prochaine fois, comme le suggère ce groupe facebook créé ce week-end, il faudra demander aux personnels de l'OSCE de se poster rue de Solférino.

 

D'autant que c'est un secret de polichinelle. Comment se fait-il que depuis des années, les soupçons de tricherie soient connus de tous les spécialistes du PS, de la politique, et même au-delà? Parce que jusque là, cela ne remettait pas en cause un enjeu aussi important qu'aujourd'hui, c'est-à-dire ni plus ni moins que la présidentielle de 2012. Celui qui tiendra les rênes du PS aura la force de frappe. Celui qui ne l'aura pas, un peu comme Villepin pour l'UMP, en 2007, n'aura plus qu'à se coucher d'avance.

 

Reste que comme le note Nick Carraway, la fraude n'a pu jouer qu'à la marge, et la réalité est là : le PS est coupé en deux, ingouvernable. Et en attendant la réunion du conseil national du parti, mardi soir, il n'y a plus d'opposition en France. C'est bien simple : elle n'existe plus. Pendant les quinze prochains jours, on ne l'entendra plus qu'au tribunal. J'en connais qui doivent se frotter les mains.

Par Le chafouin
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Samedi 15 novembre 2008 6 15 11 2008 13:52
lls sont trois. Ils pèsent 70 % des adhérents qui se sont exprimés le 6 novembre. Ils sont d'accord pour estimer que Ségolène Royal représente tout ce qu'ils exècrent en politique : un parti de "supporters" plutôt que de militants, des alliances ouvertes clairement au centre, une politique spectacle, une gauche molle... Ils ne l'aiment pas.

Ils s'appellent Martine, Bertrand, Benoît. Le troisième est un enfant politique de la première, il a énormément travaillé pour elle au sein de son ancien club "Réformer". Le second est un Jospinien, tout comme la première, qui a été numéro deux du gouvernement du locataire d'Ile de Ré.

Ils s'appellent Aubry, Delanoë, Hamon. Ils assurent défendre "le parti et pas les personnes". Bien sûr. L'intérêt général, c'est tellement important... Ils veulent clairement éviter que Royal prenne le contrôle du PS, ce qui lui permettrait de placer Vincent Peillon en premier secrétaire adjoint, une façon pour la présidente de Poitou-Charentes de préparer tranquillement 2012 sans prendre de coups. De verrouiller le parti pour éviter les divisions que selon elle, ont pesé parmi les causes de sa défaite de 2007. Martine Aubry, par exemple, n'a-t-elle pas "balancé" sur Royal pendant toute la campagne, par derrière?

Mais une fois qu'ils se sont mis d'accord sur le rejet d'une personne et de sa façon de concevoir la politique, eh bien ils ne sont guère avancés. Delanoë juge qu'arrivé en tête, le candidat commun (lui-même ou un de ses lieutenants) doit être issu des rangs de sa motion. C'est vrai qu'il avait quoi, mille voix de plus qu'Aubry? "C'est ça ou rien", sous-entend Delanoë, qui prend des airs de tribun mais risque pourtant de voir ses soutiens rallier Aubry si celle-ci se présente.

Ce qui va probablement être le cas de façon "fortement probable" (sic !) selon Yves Durand, député-maire de Lomme, une petite commune voisine de Lille) et proche soutien d'Aubry. L'argument? "Elle est la seule qui est au point d'équilibre et peut rassembler une nouvelle majorité".

C'est marrant, c'est exactement ce que pense également Hamon, qui hier, scandait qu'il fallait écouter le message des électeurs, qui veulent "plus de gauche". Chacun s'y verrait bien, finalement. Au nom du collectif...

Poker menteur? Intox? Pressions?

Il est assez comique de suivre ça de loin. La défaite de Royal semble proche, mais le front ouvert contre elle de manière un peu trop évidente - Royal adorant jouer aux victimes - ne risque-t-il pas d'agacer les adhérents, en prévision du vote de jeudi prochain? Et si finalement c'était Jean-Marc Ayrault qui était dans le vrai, en incitant Royal à mettre de côté sa candidature pour proposer un autre nom plus consensuel?

Photo : vitraux de la cathédrale de Reims, par Marc Chagall.
Par Le chafouin
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 11 2008 09:09
Franchement, après avoir écouté hier soir le leader du NPA, Olivier Besancenot sur "A vous de juger", on se dit que décidément, le PS a du mouron à se faire pour se présenter de nouveau comme un parti d'alternance crédible. Et pendant qu'il stagne et se déchire à l'aube du Congrès de Reims, le facteur avance, court, accélère, et le talonne.

Alors que son Congrès s'ouvre cet après-midi, en pleine tourmente idéologique et en plein questionnement stratégique, le PS est désormais placé au pied du mur et devant un choix ubuesque : trouver une majorité combattive, à partir de quatre motions arrivées quasiment toutes à égalité. Défi, ou situation inextricable?

On va dire que la question ne regarde que les militants du parti socialiste. Mais quand on voit dans quel pétrin ils sont, on ne peut pas ne pas faire le lien avec le mode de scrutin qui préside à cette élection interne. Celui-ci est absolument désastreux! D'ailleurs, les Français l'ont d'ailleurs bien compris.

Rappelons que depuis plus de six mois, les dirigeants socialistes s'invectivent, se cherchent des poux sur la tête, jouent au poker menteur et se cherchent des différences qui n'existent bien souvent que dans leur imagination. Ils ont d'abord eu l'occasion de déposer des contributions : des milliers de textes ont été déposés, par des chefs de file mais aussi par des simples militants. Elles doivent pourrir au fond d'un placard, maintenant. Zou.

Puis est venu le temps des motions. Chaque chef écrit la sienne, et ensuite, les élus et personnalités choisissent derrière lequel ils vont se ranger, c'est-à-dire pour qui ils "misent" politiquement. On est ainsi arrivé à des choix très étranges, à savoir le ralliement des Fabiusiens ou du gros des strauss-khaniens derrière Aubry, de Valls derrière Royal, ou de Moscovici derrière Delanoë. C'est à qui pêchera le poisson le plus gros, le plus impressionnant. Avec derrière, les habituels sondages qui matraquent l'opinion et celle des militants socialistes, et qui ne sont souvent que le reflet des opinions des élites médiatiques.

Voyant qu'elle risquait d'être défaite, Royal a rangé sa candidature au frigidaire au mois de septembre : sous-entendu "bon, on verra, pour l'instant ça fait parler de moi de dire cela, et puis cela tranche avec le discours habituel des politiques, c'est toujours bon à prendre".

Depuis, la campagne a encore monté d'un ton, chacun taclant l'autre, jusqu'à Benoît Hamon, le jeune loup qui monte, qui a poignardé dans le dos Martine Aubry, son ancienne mentor, sous-prétexte de jouer au "plus gauchiste que moi, tu meurs".

Résultat : Royal est arrivée de manière surprenante en tête des votes des adhérents le 4 novembre, avec 29% des voix. Ce qui n'est pas si étonnant que cela, au final, puisqu'Aubry et Delanoë, qui représentent des courants assez proches, ont obtenu 25% chacun, c'est-à-dire 50% à deux. Enfin, à l'aile gauche du parti, Benoît Hamon ferme la marche avec 19% : il ne pourra que jouer le rôle du supplétif, ce qui est déjà bien.

Avec un tel résultat, conséquence directe d'un mode de scrutin inefficace, comment s'unir? Comment fédérer? Comment synthétiser? Comment faire en sorte de ne pas paralyser le parti avec une synthèse "mou du genou" comme celle qui était sortie du Congrès du Mans? Alors que derrière, se profile un autre enjeu : l'élection présidentielle de 2012?

Je ne vois pas. Les royalistes se présentent comme des vainqueurs, alors que même en tête, ils sont ultra minoritaires. Valls et Peillon, les deux lieutenants fidèles, affirmaient ce matin que Ségolène Royal serait finalement candidate. "La détermination de Ségolène Royal est entière (...) Nous attendions parce que nous voulions que les autres appellent à la raison et se rallient à la présidente de Poitou-Charentes", a osé clamer Vincent Peillon. Se rallient? Mais au nom de quoi?

En face,  Aubry comme Delanoë ( la moitié des voix à deux, avec des projets très proches) ont chacun renvoyé Royal dans ses buts ces derniers jours : ses propositions d'accord, de fait, n'avaient pour objectif que d'obtenir leur soumission. Et alors qu'hier, un accord politique semblait se profiler entre Hamon et Aubry, les trois têtes de motion se sont rencontrées ce matin, vraisemblablement pour finaliser leur front anti-Royal.

Front que d'aucuns, à l'instar de Manuel Valls, qualifieront immédiatement de "tout sauf Ségolène". Et pourquoi pas? Pourquoi les dirigeants du PS, écoeurés par la déroute présidentielle de la dame du Poitou , par sa manière très particulière de concevoir la politique, ne pourraient-ils pas vouloir à tout prix faire barrage à celle qu'ils jugent inapte à les représenter?

Quel que soit le résultat de ce congrès, il sera donc insatisfaisant : les rancoeurs resteront et ressortiront la prochaine fois. Ce serait risible si le bien commun et l'intérêt général n'étaient pas en jeu.

Rien de tout cela, bien sûr, ne serait arrivé si on avait cessé avec l'hypocrisie de ce mode de scrutin. Si chaque leader se présentait directement, devant les militants, clairement, au poste de premier secrétaire, avec un projet et un vote à deux tours, le problème serait règlé. Les militants auraient vraiment le pouvoir.

On éviterait cette cuisine interne, cette farce électorale, où quoi qu'on en dise, on prend doucement les électeurs pour des idiots. En attendant, trois personnes se réjouissent sous cape : Nicolas Sarkozy, qui ne peut que se féliciter de voir ses adversaires se déchirer au lieu de s'unir. Olivier Besancenot, qui fait son beurre pendant que les socialistes abandonnent le terrain social. Et puis bien sûr, François Bayrou, élevé par les querelles socialistes au rang de quasi-invité du Congrès de Reims, et qui doit réfléchir de plus en plus sérieusement à fondre sur les restes de ce parti moribond.
Par Le chafouin
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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 10 2008 01:17

Quel fiasco pour celle qui il y a moins de deux ans, était considérée comme l'enfant-prodige de la Sarkozie triomphante! Rachida Dati, dont la promotion fut aussi fulgurante que l'éclair, a épuisé en très peu de temps son capital politique, et n'a jamais été dans une situation aussi délicate après une journée de mobilisation où les magistrats et les personnels du monde de la justice et de la pénitentiaire ont fait la preuve de leur rejet total de la politique menée par le garde des Sceaux.

Malaise, vous avez dit malaise? Le mot est faible, et même inadapté, à lire les témoignages récoltés par Maître Eolas, qui a eu une intuition de génie avec son opération "23 octobre", que Narvic a tôt fait d'ériger en preuve définitive de l'incapacité des médias "traditionnels" à saisir et retransmettre les raisons profondes de cette défiance des juges. C'est aller un peu vite en besogne, mais lisez-les, lisez- celui-là, vous verrez le signe d'une révolte, d'une colère, qui n'ont rien de corporatiste, mais qui trahissent plutôt un rejet total de la politique menée par Rachida Dati. Et de sa personnalité, ne l'oublions pas...

Un ras-le-bol des méthodes de l'exécutif, de son empiètement sur le pouvoir judiciaire. Une réponse implacable suscitée par un pouvoir qui navigue à vue, avec des mesures tantôt spectaculaires, pour répondre précipitamment à un fait divers, tantôt d'apparence libérales, avec des idées confinant parfois au ridicule ou à l'absurde. On fait en sorte qu'un maximum de gens soient condamnés, et ensuite, on se débrouille pour qu'ils n'effectuent pas leur peine. Schyzophrène!

Le contexte de pression carcérale inédite et la grogne des services pénitentiaires, qui se sentent oubliés du projet de loi pénitentiaire, n'arrangent pas les choses pour la ministre. On ne peut pas à la fois vouloir sécuriser la France et diviser par deux le nombre de policiers, de juges, de surveillants de prison... Ce texte fondateur, qui doit être discuté à partir de janvier à l'Assemblée, est généreux avec les prisonniers et multiplie les alternatives à l'incarcération, mais fait l'impasse totale sur un sujet pourtant essentiel : la psychiatrie.

Dès lors, quel autre avenir que la démission pour Rachida Dati? La pression est énorme sur les épaules d'une femme qui ne semble décidément pas taillée pour un poste qui demande rondeur, expérience et mesure. Des qualités dont manque à l'évidence la garde des Sceaux. Nicolas Sarkozy laissera-t-il tout un pan de la politique sécuritaire du pays (prisons et tribunaux), que Malakine voit globalement dans l'impasse, aller à la dérive? Laissera-t-il en poste une ministre aussi affaiblie et illégitime?

Par Le chafouin
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 10 2008 09:01

Je vous parlais récemment du problème de la haine comme moteur de l'action politique du côté de l'ultra-gauche du Nouveau parti anticapitaliste. Quasiment personne à gauche pour commenter ce billet, dommage... Cela montre une forme de tactique de l'autruche consistant à ne pas voir les problèmes pour ne pas avoir à les affronter.

D'autant qu'une des recrues les plus éminentes du NPA, l'ex d'Action directe Jean-Marc Rouillan, vient de se trahir et en conséquence de voir son régime de semi-liberté remis en cause par le juge d'application des peines. M. Rouillan a commis l'erreur d'évoquer, brièvement il est vrai, la violence politique et les raisons pour lesquelles il a été condamné (l'assassinat du patron de Renault, Georges Besse), qu'il devait s'abstenir de commenter jusqu'à la fin de sa peine (comme Bertrand Cantat, par exemple) :

"Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus. Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique. Le processus de lutte armée tel qu'il est né dans l'après-68, dans ce formidable élan d'émancipation, n'existe plus. Mais en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est nécessaire."

Il s'est donc exprimé, il n'a pas pu résister. La LCR, gênée, condamne. Mais la question est : dans quelle mesure les propos de Rouillan sont-ils partagés au NPA? Exprime-t-il une vision des choses marginale, ou a-t-il seulement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas? A force de vilipender la violence de l'Etat, des patrons, de l'économie, n'en vient-on pas à légitimer une violence inverse, de facto?

On comprend le désarroi et la colère de la veuve de Georges Besse : "Je trouve que, en recrutant Jean-Marc Rouillan, Olivier Besancenot se conduit de façon honteuse. Il trompe les électeurs. Avec son bon sourire, M. Besancenot présente son nouveau parti, le NPA, comme anticapitaliste et démocratique. Or, il utilise la triste célébrité de Rouillan d'une manière qui ne va pas vraiment dans le sens de la démocratie. (...) Besancenot cautionne du même coup ce qu'a été l'action terroriste du groupe, ainsi que les déclarations présentes de Rouillan. (...) Cette attitude me paraît à la fois désinvolte, fortement cynique et de nature à abuser les citoyens. Voilà pourquoi je suis en colère".

Comme dit Koz, Rouillan est une "bénédiction"  en tant que "révélateur" car sa franchise nous permet de constater qu'en tant que communiste", il "considère que la lutte armée est nécessaire". Je ne pensais pas que mon billet sur la haine trouverait aussi rapide illustration. Cinq ans de grands sourires d'Olivier Besancenot viennent d'être réduits à néant en une seule interview, et ça, c'est vraiment une bonne nouvelle.

Par Le chafouin
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 09 2008 02:17

Je me joins à mes deux collègues de Kiwis, Toreador et Monsieur Pingouin, qui d'une même voix, et d'une voix qui porte par son talent, taillent de véritables croupières à Ségolène Royal après son show ridicule du Zénith, où l'on a atteint le degré zéro de la politique.

Monsieur Pingouin, qui n'allait pas se priver d'une si belle occasion de jaboter, sonne la charge en comparant la présidente de la région Poitou-Charentes à Jean-Marie Bigard :

"Entre nous mon cher lectorat, cela me met particulièrement en forme lorsque j’entends Henri Emmanuelli ou Xavier Bertrand accuser Ségolène Royal de manquer de fond. Pourquoi ? D’une parce que lorsque l’on y est, on est très bien placé pour le racler, s’entêter à le creuser et pire : y trouver éventuellement du pétrole, et de deux parce que la levée des fonds qui alimentent ses désirs d’avenirs a été plutôt honorable pendant la campagne présidentielle. Alors non, je ne crois pas que les fonds aient fait défaut à la reine de la soirée."


Toreador voit dans la forme prise par ce stand-up le signe du degré ultime de la pipolisation de la politique, et enfonce le clou :

"C’est que la France, qui voit avec inquiétude s’écrouler tout un pan du système international, a moins besoin d’un gonze ou d’une gonzesse « sympa » (que) d’un chef qui la respecte. Respecter les gens, ce n’est pas leur vendre un label bas de gamme en pensant qu’ils n’y verront que du feu. C’est faire appel à leur cœur plutôt qu’à leur intelligence, et donc quelque part ne pas prendre pour acquis qu’ils ne savent pas penser."

Sans aller jusqu'à parler comme Henri Emmanuelli d'une "cérémonie qui est entre le show business et le rassemblement de secte", cette évolution est d'autant plus grave que Ségolène Royal, malgré ses manières agaçantes et ses méthodes politiques douteuses, n'est pas la dernière des imbéciles et a donc des choses beaucoup plus intéressantes à dire ou à faire. Et pourtant, elle persiste et signe, osant même affirmer que les citoyens "s'habitueront aussi à ce que la politique soit ce lien profond de générosité et de fraternité populaire". On croit rêver!

Et son entourage de revendiquer le "charisme" de la madone. Du fond, par pitié, plutôt que des Hervé Vilard sur le retour...

Alors clamons-le haut et fort : non à l'abrutissement des esprits, et oui au vrai débat d'idées!

Par Le chafouin
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 09 2008 17:20
Martine Aubry tente-t-elle le tout pour le tout pour arracher le soutien des signataires de la motion de Benoît Hamon, qui faisait jadis partie de ses proches du club Réformer avant de la tacler sévèrement récemment? Alors qu'elle s'était toujours gardée de manquer de nuance, Martine Aubry a fini elle-aussi par succomber aux sirènes de l'antisarkozysme primaire. La prise du PS doit-elle passer par une radicalisation de l'opposition?

Décidément, la course à la prise de contrôle de la rue de Solférino amène à bien des compromissions, bien des retournements de veste, bien des arrangements entre amis totalement opposés aux idéaux martelés par la gauche. Sans compter les coups bas et les phrases acides. On se croirait dans un roman de Mauriac. Même les left-blogs en viennent à se battre entre eux, il suffit de jeter un oeil de temps à autre sur twitter... C'est le grand déballage, on ne sait plus où chacun habite. Le flottement est là, et on se demande comment tout ceci va se terminer.

En ce qui concerne Martine Aubry - il faut enfin que je termine de lire sa motion, que diable - j'ai toujours eu une forme de respect pour sa détermination et le boulot qu'elle abat sur Lille, en dépit de l'impression désastreuse qu'elle a laissée au sujet des 35 heures. Elle me semble beaucoup plus épaisse que Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë au niveau des idées. Elle n'est cependant pas exempte de critique et on constate qu'à Lille, elle mène une politique assez autoritaire, avec une démocratie participative proche du néant, et des méthodes de communication qui n'ont rien à envier à celles de Nicolas Sarkozy. Mais elle avait au moins eu le mérite, depuis 2007 et à l'instar du maire de Paris, d'éviter de tomber dans la critique facile et systématique de la politique gouvernementale. Cette posture démagogique qu'ont choisie Bayrou et Royal.

Mais voilà que la maire de Lille, également présidente de la communauté urbaine, s'y met elle-aussi. Au cours d'une opération de soutien aux postiers, qui grognent contre les projets de privatisation de leur groupe, elle a déclaré ceci, hier en commentaire du discours de Nicolas Sarkozy au sujet de la crise financière mondiale : "Depuis un an et demi, il dérègle tout. Il a baissé les impôts pour les plus riches, fait reculer les protections pour les plus pauvres. Les résultats sont là aujourd'hui, c'est la récession et le chômage augmente. Bon, et maintenant, il voudrait nous faire croire que tout cela est dû à une crise qu'il ne pouvait pas prévoir... (...) C'est grave ce qu'il se passe aujourd'hui parce qu'en France, avec ce genre de politique libérale qu'il continue de mener, il nous conduit droit dans le mur, et les conséquences de la crise financière seront certainement beaucoup plus lourdes ici pour tous les Français, qu'ailleurs".

On pourrait déjà s'arrêter sur le début de la phrase et sur les "impôts pour les plus riches", qui est un mensonge pur et simple, aujourd'hui considéré comme acquis grâce à un pilonnage massif des socialistes, qui ont réussi à imposer dans l'opinion l'idée selon laquelle Sarkozy a utilisé toute sa marge de manoeuvre  budgétaire pour contenter les plus riches. C'est une stupidité sans nom : les heures supplémentaires, ce n'est pas pour les plus riches. Les taxes sur les héritages, ce n'est pas pour les plus riches. Je ne dis pour autant que le "paquet fiscal" soit une panacée, tant il semble évident que le "coup de fouet" attendu sur l'économie ne s'est pas produit. Mais il faudrait veiller à ne pas raconter des sornettes quand on prétend aux responsabilités extra-locales. Et arrêter avec cette fatigante lutte des classes, et ce sempiternel "les riches sont les méchants" qui se cache derrière.

Mais surtout, oser affirmer que la politique sarkozyste est responsable du marasme économique actuel, qui est mondial, suppose un fameux toupet. Et la chute d'AIG, de Lehman Brothers, c'est de sa faute, aussi? Et la pluie à Lille, tant qu'on y est?

Dire que Nicolas Sarkozy n'a pas répondu à la question posée, que les parachutes en or n'ont rien à voir avec le sujet qui nous préoccupe, oui. On peut le dire. Asséner que non, la refonte du système institutionnel n'a que peu de chance de relancer la croissance. sans doute, on peut l'admettre. Conclure que le président cherche à cacher son impuissance derrière des coups de trompettes et des grandes phrases sans lendemain, pourquoi pas. Mais clamer, au sujet de la récession qui menace, qu' "il voudrait nous faire croire que tout cela est dû à une crise qu'il ne pouvait pas prévoir", en affirmant que la France est plus touchée que les autres qui eux, grâce à leur politique sociale et aubryste, s'en sortent, non!

Cela jette un sérieux doute sur l'honnêteté intellectuelle de Martine Aubry, sur sa capacité à tenir le rôle de première opposante du pays, et à terme sur son aptitude à diriger un pays. Que ce genre de discours fasse plaisir aux postiers et envoie un clin d'oeil à la gauche du parti, sous fond de montée de Besancenot et ses amis de l'archaïque NPA, c'est une chose... Mais cette surenchère irrationnelle n'annonce rien de bon en ce qui concerne l'avenir du parti socialiste... On peut lui prédire une bonne sieste jusqu'en 2017, au mieux.

La gauche est-elle contrainte, pour exister, de se positionner "contre" celui qui aux commandes, en des termes aussi primaires et peu constructifs?
Par Le chafouin
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 09 2008 14:45

Ségolène Royal, lâchée dans les sondages dans la lutte pour la prise de contrôle du parti socialiste, cherche à faire diversion en tentant de jeter le doute sur sa candidature, lundi soir sur TF1.

"Je n'en fais plus un préalable (...) Je veux mettre un coup d'arrêt à cette lente dégradation du niveau du débat au Parti socialiste. Je veux que nous montions d'un cran, et donc ce que je propose c'est que chacun mette au frigidaire les questions de candidature soit au poste de Premier secrétaire, soit pire à l'élection présidentielle parce qu'il y a là encore quelques années à attendre, parce que je pense que c'est cette façon de faire qui dégrade les choses."

Rappelons que la même disait à l'été 2007 qu'il fallait que le prochain premier secrétaire soit également candidat à 2012, pour éviter la primaire et les incontournables querelles d'égos qui y sont associées. Mais on n'est pas à une incohérence près, dans la vie. Soyons tolérants. Et poursuivons :

"Je pense que ce sujet doit disparaître pour l'instant des débats du congrès, je pense que j'ai une responsabilité particulière pour le faire, parce que j'ai été candidate à l'élection présidentielle, que j'ai porté l'espérance, avec les socialistes, mais avec tous ceux aussi qui voulaient autre chose que ce que la France a aujourd'hui, 17 millions d'électeurs qui ont espéré d'autres valeurs. Et pour eux, avec eux il faut continuer ce qui s'est passé dans la campagne présidentielle, il faut continuer à porter cette espérance et donc les socialistes doivent être à la hauteur de l'attente qu'ils portent."

Ben voyons! Madame n'est pas favorite, donc madame trouve dérisoire de parler de candidature. Tout en se dépeignant comme la plus apte pour le job, avec sa "responsabilité particulière". En gros, le message est le suivant : "vous voyez, je ne cherche pas à me mettre en avant, avec moi ce sont les idées qui comptent". Le but est simple : faire du pied à Pierre Moscovici, en pleine détresse, incapable de fédérer au-delà de quelques barons de la Ligne claire, en lui faisant croire qu'un ralliement lui serait profitable. Ou comment renforcer sa candidature en la cachant pudiquement : à aucun moment dans cet entretien avec Laurence Ferrari, ne transparaît l'impression que Ségolène Royal envisage de se retirer. Aucun.

Au fond, tout ceci n'est qu'imposture tactique, pour faire parler, pour reprendre l'avantage psychologique et pour s'imposer en sage mystique portant en bandoulière un véritable talisman, le suffrage de près de 17 millions de Français et de Françaises! Une femme au-dessus de la mêlée, une femme au-dessus des querelles de personnes. Une femme qui ne s'adresse pas qu'aux militants socialistes mais aussi à tous les sympathisants de la gauche, et mieux, à la France entière. Une femme qui ne se préoccupe pas de guerres internes et intestines, mais se soucie du bien commun, de la souffrance, du chômage, de la précarité.

Il faut avouer que c'est relativement bien joué. Mais franchement, qui y croit? Je veux dire, qui y croit sincèrement, sans esquisser un rictus aux coins des lèvres?

Par Le chafouin
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Mardi 1 juillet 2008 2 01 07 2008 08:46

Nous citions ici la semaine passée la liste des candidats au titre disputé et envié de meilleur blogueur blagueur politique de l'année 2008.

Eh bien tenez-vous bien, c'est Jean-Louis Borloo, le totalement transparent (allez, avouez, depuis quand ne l'avez vous vu si ce n'est aux Guignols?) ministre de l'Ecologie et du développement durable et de plein d'autres trucs, qui l'a emporté avec une sentence cynique à souhait : "Sarkozy, c'est le seul qui a été obligé de passer par l'Elysée pour devenir premier ministre".


Une phrase qui raille bien sûr l'omnipotence et l'omniprésence de notre président-bien-aimé. Qui devient ce matin également président de tous les européens, et pour six mois. Enfin, trois mois et demi si l'on retire les vacances d'été et les congés de Noël...

Xavier Bertrand, lui, rafle le prix spécial du jury avec une petite pique à destination du PS et de Bayrou : "Le Parti socialiste est un parti sans leader. François Bayrou est un leader sans parti. Ils sont faits pour fusionner."

Le prix des internautes est attriubé au Villepiniste de service, François Goulard, qui avait ainsi célébré la puissance intellectuelle française "Johnny Hallyday qui annonce son intention de rester français et Bernard Laporte qui entre au gouvernement, c'est une période faste pour l'intelligence française."

Un beau trio de phrases gagnantes. Alors chers amis politiciens, bougez vous pour l'emporter en 2009. François Bayrou aura probablement une nouvelle fois sa chance, sans même se forcer! J'avais beaucoup aimé son "nous aurons d'autres victoires" au lendemain de la claque reçue aux municipales...

Par Le chafouin
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 06 2008 14:07
Parfois, on se dit que la capacité d'analyse et de recul sont des qualités totalement absentes de certains esprits de gauche. Toujours prompts à se scandaliser, à la moindre déclaration présidentielle! Souvent, sans réfléchir. Comme par réflexe.

C'est de droite? Donc c'est pas bien! Il a dit ça, ou ci? Pas bien! Comment ça, un président de droite veut supprimer la pub sur le service public, ce que l'on réclame depuis des années à gauche? Pas bien, ça fait le jeu de TF1! De toutes façons, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. La théorie du complot, bien souvent.

Tout se passe comme s'il existait une sorte de "bouton à indignation". Quand on l'actionne, on voit les sympathiques élus du PS sortir de leur congrès pour gémir publiquement. On lit aussi les blogs de gauche reprendre en choeur le même refrain, comme d'un seul homme. Et gnagnagna, et gnagnagna.

Dernier scandale affreux dans l'esprit de nos chers résistants (il y a eu aussi le MoDem, dans la charette de la larme facile), incapables de se satisfaire une fois dans l'année du gouvernement : dans le cadre de la réforme du service public télévisuel, il a été décidé que désormais, l'exécutif nommerait lui-même le président du groupe France Télévisions.

Un crime impardonnable! Une faute politique majeure! Halte-là! Et nos esprits supérieurs de nous dresser un tableau noir, d'une France revenue aux pires temps de l'ORTF. Montebourg parle d'un "Berlusconi de petit calibre". Bayrou, qui croit inventer l'eau chaude, déplore que "le service public devient directement dépendant de l'Etat, son patron va être nommé par le pouvoir". Intox 2007 n'a pas peur des mots, retenez-vous bien, ça fait peur! "Cette régression est là pour permettre le contrôle du pouvoir sur la TV, et de continuer à intoxiquer les cerveaux , seul moyens pour l'UMP de conserver le pouvoir en 2012", écrit-on. Mais alors, mais le fascisme est au pouvoir? Au secours! La France sera bientôt occupée! Sauve qui peut, et le pastis d'abord.

C'est d'ailleurs le message qui tourne en boucle ce matin sur les radios : cette référence permanente à l'ORTF, dont l'image repoussoir est une trouvaille tout à fait adaptée pour cette manoeuvre de désinformation. Merci le PS, merci au secrétaire Jean-Pierre Jouyet, qu'on a connu plus inspiré.

Je suis d'accord avec eux : il est dommage, vraiment, que le service public (télé ou radio) ne soit pas plus indépendant du politique, comme en Grande-Bretagne. C'est vrai. D'accord. Tope-là.

Mais les amis, réveillons-nous! Qui jusqu'à aujourd'hui décidait de cette nomination? Le quoi? Le CSA? Ah oui, une autorité administrative indépendante. Indépendante, vraiment? N'a-t-on jamais soupçonné la main de l'Elysée dans l'arrivée de Patrick de Carolis aux commandes?

Et aujourd'hui, on a quoi? "Le président de France Télévisions sera nommé par le gouvernement sur avis conforme du CSA. Les parlementaires devront approuver ce choix à la majorité qualifiée (...) La nomination du président de France Télévisions devra être validée par les commissions des Affaires culturelles du Sénat et de l'Assemblée nationale à la majorité qualifiée des 3/5 ", lit-on dans Le Point.

Voilà. Il faut un avis conforme du CSA. Et une confirmation du parlement. Aux 3/5e.

Donc nos amis qui s'indignent sur commande, là, seraient bien avisés d'arrêter de se lancer comme un seul homme dans des croisades ridicules qui non seulement sont exagérées, mais surtout complètement erronées. Marielle de Sarnez estime que cette proposition nous fait "retourner des décennies en arrière". Mais c'est faux!

Le système proposé n'est sûrement pas la panacée. Mais toute personne osant affirmer que c'est pire qu'hier ment, tout bonnement...

Nos professionnels de l'indignation feraient mieux de s'interroger sur le fond, c'est-à-dire sur ce qu'on veut faire du service public audiovisuel, avec ou sans pub d'ailleurs. Malakine pose les bonnes questions dans un article remarquable : plutôt que de hurler au loup et de chanter les vieilles rengaines anti-TF1, il faudrait plutôt faire le ménage, s'occuper de véritables impératifs publics. Dégager les Delarue et compagnie, arrêter le divertissement stupide, faire de la culture, de la qualité. Or forcément, tant que France Télévisions sera soumis à la course à l'échalote de l'audience, elle sera obligée de suivre la politique du pire menée par TF1 et M6.

D'après Le Monde, Nicolas Sarkozy a confié ceci : "A France Télévisions, je dis : vous êtes nuls, je veux en prime time une pièce de théâtre, un opéra, et tant pis si cela ne fait pas d'audience". Et ouais. Sarkozy en dit, des bêtises, mais là, difficile de ne pas être d'accord avec lui.

EDIT : lire à ce sujet les points de vue de Seb, du Grand-Barnum et de Authueil.
Par Le chafouin
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Lundi 23 juin 2008 1 23 06 2008 11:56

Autant Le Pen n'a jamais réussi à se faire passer pour un type sympathique, autant Besancenot réussit à masquer le danger qu'il porte avec sa gueule d'ange et son image de gendre idéal quoique imberbe. Voilà désormais notre facteur considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy, d'après un sondage publié par le Figaro. Danger pour le PS, mais surtout, pour la France. Et signe que le néo-libéralisme ne mène à rien à part au désastre.

Il y a beaucoup à dire sur cette nouvelle configuration politique. Précisons que Besancenot arrive non seulement en tête des sondés au niveau global (17%, devant Delanoë à 13% et Hollande et Royal à 9%), mais surtout au sein de l'électorat socialiste (avec 26%, il arrive largement devant Delanoë avec 17%, Hollande avec 11% et Royal avec 10%). Partant de là, on peut bien sûr s'interroger, avec Luc Mandret, sur les conséquences de ce succès, et en premier lieu sur le PS qui a tout à perdre d'une montée de la LCR à sa gauche. Et qui par la force des choses, va à coup sûr tenter de le contrer par un recentrage. Ce qui fera de nouveau monter Besancenot... qui ne sera jamais majoritaire, et donc restera stérile. La LCR et le futur "nouveau parti anticapitaliste" joueront-ils, comme Le Pen, le simple rôle d'idiots utiles? Nicolas Sarkozy, cité par Marianne, le résume bien en s'adressant ainsi à François Hollande, "vous nous avez emmerdés pendant des années avec Le Pen, maintenant, on va vous niquer avec Besancenot". L'analyse est belle, mais incomplète, car elle ne s'intéresse qu'au petit jeu politique sans aller au fond des choses.

En apparence, Besancenot se présente juste comme un vrai socialiste. Son discours global, celui qu'on entend le plus souvent, celui qu'il clame sur les plateaux de télé, n'est pas beaucoup plus à gauche que celui du PS d'il y a une trentaine d'années, celui d'avant la conversion à l'économie de marché. Et c'est bien sûr ça qui fait son succès. Quoi qu'on en pense, lui, il est sur le terrain. Il est aux portes des usines en grève. Il est du côté de ceux qui souffrent. Il les défend, amène des caméras avec lui. Pendant ce temps, où sont les socialistes? A préparer leur congrès, à s'interroger sur la définition du mot "libéralisme", bref, à cent lieues des préoccupations des Français. Si j'étais socialiste, je voterais Besancenot sans hésiter. Bon ok, je ne le suis pas...

Mais il faut également, avec Koz, s'interroger sur la réalité intime du personnage. Sur le message qui se cache derrière les belles phrases, derrière l'invitation chez Drucker, derrière le gentil facteur qui se dresse contre les méchants patrons. Je suis entièrement d'accord avec lui lorsqu'il s'emporte en ces termes : "Il faut en finir avec la bienveillance coupable avec laquelle on regarde Olivier Besancenot. Il faut en finir avec cet étonnant complexe bourgeois (pour le coup) qui fait que l’on attaque si peu Olivier Besancenot, protégé par sa gueule ronde et sa jeunesse comme par un talisman. Il faut prendre Besancenot pour ce qu’il est. Pas un bon ptit gars. Pas un romantique. Il faut avoir conscience en l’écoutant et, pour ceux qui le font, en lui parlant, que l’on a affaire à quelqu’un pour lequel le respect de la vie est relatif, subordonné aux objectifs politiques."

J'abonde également dans son sens lorsqu'il dénonce l'accueil fait par Besancenot à Jean-Marc Rouillan, ex d'Action Directe. Lorsqu'il réclame une clarification, "que Besancenot ne puisse pas tenir deux discours. Qu’il ne puisse pas offrir sa gueule de bon facteur rond et jeune tout en assumant ces discours au sein de son parti, discours qui sont très certainement les siens lorsque les micros s’éloignent."

La preuve : ses disciples ébahis, tels CSP, prennent prétexte de la violence quotidienne subie par les travailleurs pour ne pas condamner, voire se réjouir, du terrorisme passé d'Action directe. Comment, dans ces conditions, ne pas avoir peur de tels militants? On voit certains de ses commentateurs affirmer benoîtement que Rouillan a payé sa dette, d'autres confier leur admiration pour cet assassin non repenti. Et le même CSP le dit lui-même : "Le NPA a venir ne sera pas l'épouvantail commode qui permet aux autres partis de se donner bonne conscience : on a plus faim que ça. Et c'est pour ça que le stratagème de la droite, dont on peut être certain qu'elle se félicite actuellement avec force ricanements, va lui retomber sur la gueule plus vite qu'elle ne le croit. Ces gens nous sous-estiment : on est vraiment très énervés..."

Il est vraiment abbérant aberrant (merci Raveline!) qu'en France, en 2008, de tels partisans de la dictature du prolétariat puissent se trouver aussi haut dans les sondages. Mais surtout, que personne ne s'en émeuve! Je l'ai déjà écrit ici mais je le répète : pour moi, les trotskystes et les fascistes sont de la même trempe, ils sont de ceux qui jouent sur les peurs pour tenter de séduire les plus faibles.

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n'est-il pas qu'aujourd'hui, en France, personne d'autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d'un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Le problème n'est-il pas qu'un nombre incalculable de gens ne voient pas de solution à l'horizon? Que nombre d'Etats soient sommés de se conformer à une ligne économique et politique orthodoxe mais destructrice de l'humain, de la diversité culturelle, de la terre elle-même? Qu'on accepte des trucs immoraux au possible, sous prétexte "qu'on ne peut rien faire"? Qu'on accepte d'ériger en règle inattaquable la loi de l'offre et de la demande, qui est d'une stupidité sans nom? Qu'on accepte de mettre en compétition des Etats qui n'ont pas les mêmes règles sociales? Qu'on se laisse gouverner par des tarés qui jouent dans les salles de marché comme les prolétaires jouent au loto? Qu'on accepte ainsi d'être à la merci d'une rumeur, d'une baisse de moral des investisseurs, d'une peur psychologique qui fait baisser les cours? Que le gateau soit sans cesse partagé entre les mêmes, au mépris de toute justice? Que les incompétents aient des primes de risque, quand ceux qui triment et créent la richesse n'ont jamais aucune reconnaissance de leur travail?

En tant que journaliste, j'ai couvert des conflits sociaux où on croit marcher sur la tête. Il ne faut pas s'étonner d'entendre certains réclamer qu'on mette la tête de certains dirigeants au bout d'une pique.

Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux - j'entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance - le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler.

Par Le chafouin
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Mardi 10 juin 2008 2 10 06 2008 09:10

La solution pour tenter d'amortir dans la poche des Français les augmentations du prix du gasoil et de l'essence a été toute trouvée : forcer Total à contribuer encore d'avantage au paiement de la prime à la cuve.

Ben voyons! Hormis le fait qu'il soit politiquement judicieux mais moralement douteux de faire payer à Total des changements de cours auxquels elle ne peut rien, il y a de quoi s'interroger avec cette mesure qui touchera... Tenez vous bien : 700 000 foyers! Oui, vous avez bien lu! Montant total de l'ardoise : 102 millions d'euros.

On croit rêver. On va aider ceux qui se chauffent au fioul et qui sont non imposables, et les autres, basta, circulez, y'a rien à espérer. C'est assez drôle car lorsque l'autre jour, nous parlions ici même de l'opportunité ou non de supprimer les taxes sur l'essence, beaucoup ont répondu que ce serait un mauvais signal pour le développement durable et l'écologie.

Et là, paf, on récompense ceux qui se chauffent au fioul, une des énergies les plus dégoûtantes qui soient.

On peut en être certain : cette mesure est donc uniquement politique. Comme il est impossible de modifier nos taxes, en raison de ces satanés engagements européens, eh bien on fait mine de froncer les sourcils, de montrer les gros bras et de se la jouer gauchistes. On simule le coup de force sur Total, qui s'en tire bien et lui aussi, fait ine de souffrir alors qu'en réalité, la firme redresse son image à peu de frais (comparés aux douze milliards de bénéfices réalisés en 2007...) Comme l'écrivait Authueil dimanche, "en créant cette "prime d'aide à la cuve", le gouvernement aide Total, en lui offrant le moyen de maximiser l'effet symbolique des versements qu'il est obligé, politiquement, de faire. Au passage, le gouvernement se rend service en montrant qu'il n'est pas indifférent au problème (bien réel) et qu'il agit."

C'est dingue comment on peut tenter de faire croire n'importe quoi aux masses. Et c'est fou de constater que ça fonctionne. J'aimerais juste être petite souris, et savoir ce qu'a négocié Total en échange de ce (mini) coup de pouce politique.

EDIT : un lecteur avisé me fait remarquer qu'il y avait un bon jeu de mots à faire dans le titre. Il a raison, j'aurais dû écrire : "Prime à la cuve, ou comment tenter de nous faire prendre des vessies pour des citernes".

Par Le chafouin
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