Médias

Mercredi 3 décembre 2008

Libération nage dans le flou le plus total, ce qui explique la chute progressive de ses ventes : ce journal hésite sans cesse entre flatter les bourgeois et taper sur la droite, avec une grille de lecture et une culture marxistes pour tout ce qui est sociétal, et un penchant de plus en plus ouvertement avoué pour le libéralisme pour ce qui est de l'économique. La schyzophrénie est patente.

Nouvelle illustration du flou qui règne à Libé, ce matin. Laurent Joffrin, son rédacteur en chef, fulmine contre le gouvernement après la remise en liberté de trois des cinq individus de l'extrême-gauche qui avaient été placés en détention provisoire pour leur implication supposée dans les sabotages de caténaires, en novembre.

L'éditorialiste croit bon de s'interroger sur la qualification de "terrorisme" appliqué à cette affaire (chacun sait que les informations judiciaires sont ouvertes au plus large, mais ne sont pas figées, est-ce à Libération d'en juger?), alors que ce n'est absolument pas le sujet.

"Devait-on pour autant taper sur la grosse caisse de l’antiterrorisme dans une affaire d’une dimension somme toute limitée, où la culpabilité des prévenus, de surcroît, n’est pas établie ?", questionne le barbu de Libé. Dimension limitée, quand des sabotages coordonnés paralysent une partie du trafic SNCF? Certes, il n'y a pas de victimes, juste du désordre. Et la culpabilité dont parle Joffrin, n'est-ce pas les tribunaux qui en décident? A ma connaissance, ce n'est pas le juge d'instruction, pas les policiers, pas MAM, pas même Laurent Joffrin qui doivent se prononcer là-dessus.

En réalité, Joffrin est furieux de s'être fait rouler. "Manifestement, Michèle Alliot-Marie a agrippé cette caténaire à des fins essentiellement propagandistes. Le bourrichon quelque peu monté par les fumeuses théories d’un de ses conseillers, un dénommé Bauer (non pas Jack mais Alain), selon lequel certaines formes d’altermondialisme plus activistes que d’autres sont une antichambre d’Al-Qaeda, elle a affublé du mot «terrorisme» ces actions dont il faut bien reconnaître qu’elles ne terrorisent personne, même si elles sont inexcusables"., ose-t-il.

Quel culot! Doit-on rappeler quelle était la "une" de Libé, au lendemain du coup de filet de l'anti-terrorisme? "L'ultra-gauche déraille". Quand on a sans cesse à l'esprit le souci du bon mot plus que du fond... Autrement dit, Joffrin regrette que MAM ait entraîné Libé sur la voie due l'emballement médiatique. Est en pétard, parce qu'il a cru sur parole ce qu'une ministre "martiale" (n'ayons pas peur des mots, Laurent!) a déballé en conférence de presse.

"Il est temps de revenir dans cette procédure à une vitesse normale et à une qualification adéquate, conforme au droit et au bon sens", conclut Joffrin. A qui parle-t-il? Aux juges? Au gouvernement? Ou à ses journalistes? Ou à lui-même?

Car si l'on s'intéresse au fond, est-ce de la faute du gouvernement, si les médias se sont rués sur cette affaire comme un faucon-pélerin sur sa proie? Sans pour autant aller parler de "nouvel Outreau", comme le fait hardiment André Gunthert, on peut se poser la question de savoir s'il était nécessaire d'exposer à ce point les personnes interpellées? De déballer leur vie privée, leurs noms, d'aller traquer leurs familles? Même le Bloc identitaire condamne ce harcèlement, ce "lynchage médiatique", c'est dire!

Sur ce blog, on s'était interrogé, le jour de ces arrestations, sur la montée de la radicalisation d'une certaine extrême-gauche, et je persiste dans cette voie. La libération de ces trois suspects ne remet rien en cause, pour moi : pas plus qu'une détention provisoire signifie qu'il y a culpabilité, un élargissement ne signifie qu'il y a innocence.

Et les propos généraux restent valables. Oui, la haine du flic, du pouvoir, de l'ordre et de la société libérale peut conduire à des actions "terroristes". Oui, il existe un certain nombre de personnes en France qui sont prêtes à organiser ce type d'actions. Le but est là : déstabiliser le pays, pour favoriser la montée de mouvements sociaux.

Prétendre que le gouvernement a intérêt à se créer ce type d'ennemis n'a pas de sens. Le mobile ne tient décidément pas!

Par Le chafouin
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Mardi 28 octobre 2008

La communication politique atteint un niveau tellement élevé qu'on se demande, parfois, où est la limite entre la pédagogie et la propagande. Veut-on expliquer ou manipuler?

Ainsi, Thierry Saussez, le M. Com' de Nicolas Sarkozy, qui n'en a pas assez avec tous les sites internets gouvernementaux qu'il crée chaque semaine, a annoncé lundi soir sur Public Sénat qu'il réfléchissait à la création d'une émission de télévision, si possible sur le service public, où l'exécutif pourrait expliquer sa politique et répondre aux questions des Français.

On se demande comment on peut oser affirmer une telle énormité, sans même sourciller!

Sur la forme, Thierry Saussez explique que "tout est ouvert", et sur le fond, qu'il veut qu'à côté de la "bouilloire médiatique", existe quelque chose qui permette "d'ancrer les messages, les réformes, les mesures dans la durée". Ben voyons!

Evidemment, la société des journalistes de France Télévisions et le syndicat SNJ dénoncent ce projet, qui n'a d'autre but que de contourner et de placer sur la touche ceux qui sont justement là pour expliquer l'action gouvernementale, en la replaçant dans un contexte et en respectant le principe du contradictoire, autrement dit les journalistes.

Il est vrai que si dans les journaux, à la télé, on remplaçait les articles ou les émissions par des communiqués de tel ou tel groupe social, parti politique, organisation, syndicat ou association, on supprimerait tout filtre et on pourrait atteindre directement la cible du message. Celle-ci serait alors laissée à elle-même et donc manipulable à souhait. Comme à la belle époque de la Pravda! Efficacité totale : sans contradiction, le message est effectivement plus limpide...

Cela rappelle l'idée qui avait été lancée, à droite, d'imposer à l'AFP la diffusion des communiqués des partis politiques. L'Agence France-Presse avait vigoureusement répondu que les journalistes sont là pour sélectionner l'information, et pas pour la diffuser de manière exhaustive. Il y a d'autres créneaux pour les communiqués, comme les sites internets des dits partis.

Sans compter que de manière générale, il y a une emprise déjà beaucoup trop forte de la communication sur l'information. Les frontières sont devenues floues, de nombreux étudiants en communication deviennent journalistes et inversement, les journalistes se recyclent de plus en plus dans des services de communication.

On assiste également à une explosion des budgets "com" des institutions, et à une centralisation irrésistible de l'information dans les services en question : les focntionnaires, et parfois les élus eux-mêmes ont souvent consigne de se taire. On veut éviter que des bêtises soient racontées aux journalistes, et on veut unifier la "ligne politique" pour tout contrôler. Résultat : vous n'avez bien souvent comme seul interlocuteur un gentil monsieur ou une gentille dame sans aucune légitimité, qui a pour consigne de vous endormir et de faire en sorte que votre "papier" soit favorable. Ou de décaler la réponse à un moment jugé plus opportun par l'institution. Bien sûr, si vous vous orientez dans un sens défavorable, on peut aller jusqu'à black out : on ne répond pas à votre question. Circulez, y'a rien à voir...

Tout cela ne serait pas gênant si le but était de mieux expliquer l'action. Bien souvent, il s'agit surtout de créer l'illusion de l'action, ou de focaliser l'attention sur telle action, plutôt que sur telle autre. Ce phénomène est loin d'être l'apanage de la droite. Mais dans le cas de la proposition de Thierrry Saussez, on est dans la propagande quasiment avouée...

Par Le chafouin
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Mardi 9 septembre 2008

J'aimerais revenir, une fois le débat apaisé, sur la publication par Paris-Match d'une interview des guerriers talibans ayant pris en embuscade une patrouille française en Afghanistan, et tué dix de nos soldats. Et de photos controversées montrant le groupe exhiber les trophées de son succès militaire : les uniformes, les armes, en un mot le matériel de certains défunts.

Cette publication a considérablement ému, jusqu'au sommet de l'Etat. L'argument est double : en ouvrant une fenêtre aux Talibans, Paris-Match joue le jeu de sa propagande. Et surtout, l'hebdomadaire ne respecterait pas la douleur des familles, comme le Premier ministre en personne l'a suggéré. Oui, car depuis la mort de nos soldats, on les évoque comme des "victimes", comme s'il s'agissait de civils touchés dans un attentat. Rappelons que le boulot d'un militaire est de faire la guerre, concept englobant la notion de mort. On voit bien que le premier argument ne tient pas : la sécurité nationale peut imposer une limitation de la liberté d'informer. De mettre en perspective. De donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais. Mais la douleur, elle, n'est qu'un intérêt particulier, si l'on peut s'exprimer ainsi, et malgré le respect qu'on doit naturellement à la souffrance des familles de nos soldats.

Sur le second point, il y aurait d'avantage à dire. Car comme Véronique de Viguerie - la photographe indépendante ayant rencontré les Talibans pour le compte de Paris-Match - le reconnaît elle-même, les guerriers islamistes ont une stratégie de communication bien huilée et ne s'en cachent pas : un des leurs est porte-parole, et organise les reportages avec les journalistes qui entrent en contact avec lui. On se doute que les Talibans ne suivent pas un but altruiste (la liberté de l'information, ils s'en moquent), qu'ils filtrent à coup sûr les reportages en fonction de l'intérêt qu'ils peuvent en tirer. Et au cours du reportage, ils imposent même le lieu, le moment et les conditions de prise des photos. Le but est clairement de faire passer un message : "on a battu les Français, on a leurs uniformes, et on recommence quand on veut parce que nous sommes les maîtres de l'Afghanistan".

On sait très bien et depuis longtemps, qu'une des conditions d'efficacité du terrorisme, comme de tout combat actuel, est la médiatisation de son action, qui en l'occurrence a pour but de répandre la peur pour faire douter l'opinion publique.

Le sachant, le journaliste devrait-il refuser toute interview, pour ne pas être le jouet d'une stratégie de com'? Mais l'essentiel, n'est-ce pas que le journaliste ne soit pas dupe? Car inutile de penser que les institutions françaises fonctionnent différemment : elles aussi font en sorte de faciliter les investigations des journalistes dans les domaines où elle a un bénéfice à tirer. Pour le reste, tu peux courir : les portes se ferment très facilement.

Et puis, cette interview nous permet aussi de constater que le gouvernement a menti sur plusieurs points au sujet des circonstances de l'attaque. D'où l'intérêt de respecter le principe du contradictoire, qui permet d'accéder à une information plus complète, plus neutre. Et donc plus vraie.

Eric de Lavarène, qui accompagnait Véronique de Viguerie pour Radio France, remet d'ailleurs les pendules à l'heure : "Quand on part en reportage avec les forces de l'OTAN, on nous fait signer des documents nous demandant de ne pas divulguer certains détails. On nous montre ce qu'on veut bien nous montrer. Les journalistes sont instrumentalisés, et les militaires sont très forts pour ça. En allant chez les talibans, nous savions que nous allions être instrumentalisés aussi, bien sûr. Sinon, ils ne nous auraient pas reçus. Mais nous avons jugé que les photos, et le reportage, avaient une valeur informative très forte. C'est la première fois qu'on voit un groupe de talibans avec des pièces d'équipement français. Cela montre qu'ils sont bien mieux organisés que ce qu'on veut nous dire, et que nous sommes bien en guerre, contrairement à ce que prétend Hervé Morin [ndlr: ministre français de la Défense]."

Une valeur informative très forte. N'est-ce pas justement ce qui justifie la reprise éventuelle de la propagande "ennemie", si l'on peut s'exprimer ainsi?

Par Le chafouin
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Mercredi 27 août 2008

BHL soupçonné d'avoir en partie pipeauté un reportage au coeur de la Géorgie en guerre paru sur deux pages du Monde, voilà qui devrait faire les choux-gras de médias avides de petites phrases, de polémiques en tout genre et de "transparence".

Et pourtant, rien. Ou presque. Rideau, rien à voir, rien à dire sur le philosophe. Intouchable, BHL?

Pourtant, ce ne serait pas si compliqué : tout le travail a été effectué par rue89, qui a soupesé chaque mot de Bernard-Henri Lévy, pour le confronter au témoignage de témoins de sa virée géorgienne, ou tout simplement, à la réalité du conflit russo-osséto-abkhazo-géorgien.

Un exercice de "fact-checking" semblant démontrer que BHL n'est jamais allé à Gori, comme il le prétend. Une ville qu'il décrit toutefois comme "vidée", "pillée", "brûlée". Tout comme il aurait inventé d'autres détails, à la manière d'un romancier. Comme ce braquage, qu'il décrit précisément, alors qu'il n'y a pas assisté selon rue89.

Bref, quoi qu'on en pense de cette remise en cause de la véracité du récit de BHL, qui s'en défend bien naturellement, le travail de rue 89 est sur la table et mérite mieux que ce silence des médias traditionnels.

Mis à part des articles en ligne de Paris MatchLibé ou de 20 minutes, c'est l'omerta : même Le Monde garde le silence. Et encore, 20 minutes titre ainsi : "BHL part en Géorgie, le web part en croisade".

Une manière d'enfoncer une nouvelle fois le clou au sujet du web, réduit à un garnement incorrigible ne vérifiant jamais les faits, publiant toutes les rumeurs possibles et imagineables. Contrairement aux médias traditionnels, qui ne se laissent pas aller à ce genre d'horreur. Jamais!

Alors qu'il s'agit  d'un problème déontologique majeur : peut-on publier dans un média de référence, sous l'étiquette "témoignage" (passant vite pour un reportage) le récit d'un intellectuel engagé et totalement partial dans ce conflit-ci? Déjà convaincu, avant de partir, que les Russes sont des grands méchants loups à combattre d'urgence?

Il y a plusieurs leçons à tirer de cette abstention des journalistes professionnels sur une telle information. Qui n'est pas d'importance capitale, mais qui n'est pas anodine, tant BHL représente en France une icône quasi néoconservatrice. Il est instructif de savoir que son éventuel bidonnage n'intéresse aucune rédaction. Peut-être est-ce parce que ce "témoignage" confirme la vision - clairement anti-russe - qu'ont eue la plupart des médias sur cette guerre, qui n'est pas encore terminée. Ou peut-être est-ce l'influence de BHL.

Jules de Diner's Room en tire quelques-unes, de leçons, et élargit le sujet aux différences qui existent entre blogueurs et journalistes. Et aux raisons qu'il y a de critiquer ces derniers.

Je ne participe que peu au média-bashing, car pour moi, il n'y a pas les "bons" blogueurs et les "méchants" journalistes. Il y a dans la critique systématique de la presse quelque chose d'excessif et souvent corporatiste de la part du web, De la même manière que le rejet du web participatif par les médias traditionnels, qui le considèrent à tort comme un rival, est ridicule. Etant à la fois journaliste et blogueur, je considère effectuer un travail tout à fait différent dans ces deux activités. Quand je suis journaliste, je ne suis pas là pour raconter ce que je pense du monde, mais comment je le vois, en toute honnêteté. Et j'espère, objectivité, même si ce mot est difficile à définir. Mon seul client est alors celui à qui s'adresse le message.

Les blogueurs, eux, ne prétendent pas à l'honnêteté. Ils sont clairement subjectifs, le revendiquent, et c'est que qui fait leur succès (relatif). Quand j'écris sur ce blog, je ne suis pas journaliste : je donne mon avis (souvent inutile) sur différentes choses, pour débattre. Je n'ai pas de "client" à satisfaire. Je ne "sors" pas d'informations.

Le combat web participatif VS médias classiques n'a donc pas vraiment lieu d'être : on peut regretter que par lâcheté, par révérence, par connivence, les médias en tant que système ne fassent pas leur travail correctement. De là à s'ériger en contre-pouvoir et en alternative à ces derniers, n'exagérons rien.

On peut néanmoins critiquer les médias au coup par coup : et sur celui-ci, je ne leur vois pas d'excuses valables poiur avoir "sêché" cette info.

Par Le chafouin
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Mercredi 9 juillet 2008

Malgré une nausée qui m'obscurcit les idées et me contraint à rester à l'air du cocon de mon appartement, je voulais revenir sur les histoires de nombril entre journalistes-blogueurs et blogueurs tout court, la semaine passée, et qui ont fini par avoir raison des dernières vélléités de Nicolas Vanbreemersch à rester Versac.

Je sais bien que ces histoires n'intéressent guère les lecteurs n'étant pas eux-même blogueurs, et qu'elles sont moins importantes que d'autres, la présence annoncée de Sarkozy aux J.O. de Pékin, par exemple, ou la nouvelle bévue de Ségolène Royal, qui accuse ouvertement le gouvernement d'être responsable du cambriolage qu'elle a subi.

Mais ce qui m'agace, à chaque fois que ce genre de conflit ressurgit, c'est l'éternel débat d'une part sur l'influence supposée des blogs, et d'autre part, sur la rivalité entre journalistes professionnels et blogueurs que l'on qualifiera d'amateurs.

Je ne reviendrai pas sur la notion d'influence, qui m'échappe totalement. Versac évalue à 2 000 son nombre de visites quotidiennes. C'est beaucoup moins que certains skyblogs racontant des vies d'adolescentes. Je ne vois pas trop où est l'influence là-dedans. Si Versac a été pendant des mois le visage du blog politique aux yeux du grand public, c'est parce qu'il l'a accepté, qu'il a une plume, de l'humour, un esprit carré, des idées, une ouverture d'esprit et de dialogue. De là à influencer qui que ce soit, je suis perplexe.

En revanche, sur l'aspect de la guéguerre entre journalistes et blogueurs, il y a à dire. Narvic et Authueil estiment que le rapport (de forces) évolue entre ces deux catégories qui commentent sans cesse le débat politique, de façon parallèle. Selon eux, leurs univers se croisent et les étiquettes changent. Authueil explique ainsi que la crise morale et économique vécue par les médias va pousser "ceux qui se prétendent journalistes" à "descendre dans l'arène", opérant ainsi "un rapprochement assez spectaculaire avec les blogueurs, mais si cela semble être à leur corps défendant", ce qui va accroître le nombre de conflits du même type dans le futur.

Cela rejoint un peu ce qu'on pouvait lire la semaine passée chez Diner's Room : "Laurent Gloaguen et Versac — mais surtout Versac — ont commencé de pénétrer l'univers médiatique traditionnel. Et c'est là que je vois le point de crispation Jean-Michel Apathie et Guy Birenbaum n'ont pas conquis leur célébrité sur le web. Malgré une audience honorable, ils n'apparaissent pas comme des leaders d'opinion pour une partie des internautes français. Et il peut leur sembler que le statut de Versac et de Laurent a les allures d'une usurpation au regard de leur propre parcours dans la mediasphère."


Narvic, lui, qui anime un blog spécialisé dans l'analyse des phénomènes médiatiques, va plus loin et estime que de nombreux blogueurs sont déjà, du fait de leur activité informative, des journalistes. Il cite par exemple Versac, Embruns, Eric Dupin (Presse Citron)...

Il va sans dire que je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision des choses. On ne devrait pas donner aussi facilement l'étiquette de journaliste. Ce qui revient à la brader. Embruns fait-il du journalisme? Huit fois sur dix ses billets sont des reprises d'autres blogs, agrémenté d'un commentaire personnel. Ce n'est pas de la recherche d'infos, du tri, de la hiérarchisation, du recoupement. C'est de l'humeur, de l'opinion, et ça, ce n'est pas du journalisme. Cela peut en faire partie mais ça n'est pas constitutif de la profession de journaliste. A mon sens, un blogueur "amateur" est ponctuellement journaliste, lorsqu'il publie une interview, lorsqu'il effectue lui-même un travail d'enquête sur un thème donné, ou lorsqu'il est accrédité pour un événement politique, mais pas de manière permanente. Par exemple, Eolas a été journaliste lorsqu'il a lancé cette information, reprise par tous les médias, sur la dénonciation d'un étranger en situation irrégulière par une assistante sociale. Le reste du temps, son blog constitue le point de vue - certes passionnant - de plusieurs professionnels sur le droit positif (et le rugby). 

Moi-même, je suis journaliste de métier, mais lorsque je saisis mon clavier pour écrire ici, je n'ai pas le sentiment d'être journaliste... Je rebondis sur l'actualité, la plupart du temps, pour ouvrir un débat sur un sujet précis. Je vérifie les informations que j'utilise (en les recoupant avec divers médias), par déformation professionnelle, mais rien de plus.

La différence essentielle qui existe entre les blogs et les médias traditionnels, au-delà de la technique et des moyens utilisés, nettement à l'avantage de ces derniers, c'est que ceux-ci sont contraints par une ligne, une actionnaire, un format. Là où les blogs font ce qu'ils veulent (y compris des choses médiocres). Là où les blogs parviennent à s'extraire d'avantage de l'urgence de l'actualité pour mettre les choses en perspective. Là où les blogs sont habituellement plus dans le commentaire que dans l'information. D'où une rivalité inévitable, un complexe mutuel entre les deux modèles. N'oublions pas que les médias traditionnels fournissent la matière brute (l'information) aux blogueurs. 

Vu des blogs, cette situation est bien entendu à mettre sur le compte de l'incompréhension du web par les médias traditionnels, que Versac résume ainsi dans une interview accordée hier au Figaro : "Journalistes contre blogueurs, c'est un faux débat, qu'entretiennent des journalistes perdus dans leur citadelle et qui se sentent menacés par des gens qui ne leur veulent pas de mal, mais exercent juste un droit de libre correction. Depuis plusieurs mois, on assiste, dans les milieux journalistiques et politiques, à un retour du discours négatif à l'égard du web, qui ne serait que rumeurs, fausses informations, et relativisme. C'est évidemment une caricature. Ce prisme négatif entraine une démission de nombreux acteurs qui devraient prendre la responsabilité de s'investir positivement dans ce nouvel espace public. On aimerait qu'ils aient le courage de se déparer de leurs atours médiatiques pour entrer dans la conversation. ceux qui en font l'expérience, avec sérieux et authenticité, en retirent une expérience très positive, et apportent beaucoup à cet espace."

Le problème, c'est surtout que "les blogs", ou "les blogs politiques", ça ne veut rien dire, ça n'est pas un groupe homogène. Etant un espace de liberté, c'est aussi un espace où l'information n'est pas contrôlée. Ce qui peut être pour le meilleur (on évite la censure), mais aussi pour le pire (on ne vérifie pas, on propage une rumeur).

Ce "combat" a-t-il donc une raison d'être? Est-il pertinent? Peut-on vraiment reprocher aux professionnels de se méfier de ce monde hétérogène qui les concurrence moralement? De douter de sa légitimité, quand celui-ci, en retour, lui donne de perpétuelles leçons? Et au fond, y a-t-il une réelle incompatibilité entre un modèle vertical (les médias traditionnels), et un modèle participatif (les blogs) basé sur l'échange, la communauté? Pour moi, il y a complémentarité.

Par Le chafouin
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Mardi 17 juin 2008

Finalement, pour PPDA, être évincé du 20 heures de TF1 de cette façon un peu, disons, cavalière, aura eu un effet secondaire inespéré, un dommage collatéral plutôt inattendu, : mué en martyre d'une prétendue fatwa sarkozienne, il s'est refait une virginité de journaliste.

Aujourd'hui, dans l'inconscient collectif, PPDA s'est fait éjecter du 20h en raison de son insolence, de sa trop grande liberté d'esprit envers le chef de l'Etat. On aime bien croire ce genre de chose : le fantasme qui consiste à voir la main de l'Elysée partout, quand bien souvent, les choses se règlent d'elles-mêmes, naturellement. Evidemment, tout ce qu'on compte sur terre d'anti-sarkozystes est bien sûr convaincu de la toute puissance de Sarkozy dans les médias en général et dans TF1 en particulier.

Plutôt flatteur, quand on y pense, ce portrait de résistant brossé pour un homme dont les interviews ont toujours été aussi fades que convenues et complaisantes. Cette canonisation d'un homme ayant bien peu de faits d'armes à son actif est étonnante.

La défense de notre nouveau saint est d'ailleurs bien étrange, quand celui-ci ripose par communiqué : "Je pense avoir accompli ma tâche, durant plus de vingt ans, avec dignité, professionnalisme et une efficacité qui a permis à TF1 de devancer tous les soirs, sans exception, une concurrence talentueuse". Efficacité, oui, mais professionnalisme et dignité?

Rappelons en effet qu'au moins deux faits d'armes contredisent allègrement cet auto-portrait "immaculée conception" : notre gourou cathodique a vécu des moments très pleu glorieux (Arlette Chabot a les siens), comme ce montage bidon laissant croire qu'il avait interrogé Fidel Castro. Ou encore cettecitation peu glorieuse dans l'affaire Botton, où PPDA a été condamné pour recel d'abus de biens sociaux pour avoir accepté un peu trop de cadeau de la part du clan Michel Noir. C'est ça, un bon journaliste? Faisons attention aux mots...

Par Le chafouin
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Lundi 9 juin 2008

Alors que Laurence Ferrari est annoncée comme celle qui succèdera à PPDA dès la rentrée prochaine au prestigieux 20 h de TF1, il semble devenu de bon ton de s'extasier devant les formidables talents de la nouvelle muse du journalisme politique.

Il faut avouer que son émission "Dimanche +" avait le mérite de parler politique sur un ton nettement moins convenu que la moyenne. Et à une heure de grande audience. Espérons que la case demeurera chaque dimanche sur Canal.

Il faut également avouer que les airs de courtisan du monstre sacré de la télévision française, PPDA, ne nous manqueront pas. Comme Claire Chazal, David Pujadas, Christine Ockrent, Patrick Poivre d'Arvor se contente bien souvent d'utiliser ses questions comme introduction de la réponse de son interlocuteur, plutôt que comme une vraie technique journalistique ayant pour but de placer l'interviewé face à ses éventuelles contradictions. Et il y en a forcément, en politique. Au fond, PPDA est plus convainquant lorsqu'il présente des émissions littéraires. Ou qu'il écrit des bouquins sur la Bretagne.

Mais Laurence Ferrari est-elle vraiment d'une autre veine que ses illustres prédécesseurs? Le temps de son insolence envers Nicolas Sarkozy, au cours d'une interview mémorable, où elle posait sans relâche ses quesitons jusqu'à obtenir une réponse, est derrière elle. Quand on n'a rien à perdre, on se lâche. Quand on est au sommet, c'est plus risqué : pourquoi mécontenter?

Ainsi, hier par exemple, ai-je été très étonné de son interview de Rachida Dati, annoncée comme étant une exclusivité. Mais encore ne faut-il pas la gâcher, cette exclu! Aucune question gênante, pour une ministre sur le fil du rasoir. Des interrogations convenues sur le mariage annulé à Lille. Aucune question sur les frais de bouche du ministère de la Justice. En revanche, on a entendu celle-ci, très courageuse : "vous sentez-vous victime un lynchage?". Pour moi, c'est typiquement le genre de question à ne pas poser, surtout à un ministre. S'il veut le dire, très bien. Mais un journaliste n'est pas là pour tendre des perches. Il y avait donc, à coup sûr, une lise de quesitons interdites. "Tu veux que je vienne dans ton émission? Alors tu ne me pose pas ça, ni ça, ni ça".

Si Laurence Ferrari rentre là-dedans, le remplacement de PPDA ne sera qu'un joker d'image. Pas un changement de fond à attendre du côté de TF1.

Par Le chafouin
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Vendredi 23 mai 2008
Désolé, j'ai du retard à l'allumage mais c'est serré en ce moment. Merci à Jean Quatremer, qui a eu le courage de briser l'omerta journalistique, et de dénoncer le mensonge éhonté d'un de ses confrères journalistes. Du jamais vu! L'affaire fait pourtant très peu de bruit...

Le Nouvel Obs' a en effet prêté au président de la République des propos qu'il aurait tenus dans une conversation avec des journalistes spécialistes des questions européennes.

L'objet du délit, qui décridibilise l'hebdomadaire et est une honte pour son auteur, est un "billet d'humeur" publié dans la rubrique "Téléphone Rouge" du Nouvel Obs', et dont le titre était "les nouveaux connards de Sarkozy"

"Nicolas Sarkozy a toujours autant de mal à se faire au style présidentiel. “Putain les mecs, il fait chaud, on se fout sur la terrasse !”, a-t-il lancé, lundi 5 mai, à quelques journalistes spécialistes des questions européennes qu’il avait invité pour une rencontre informelle à l’Elysée. L’entretien s’est déroulé dans la bonne humeur jusqu’à ce qu’un des reporters s’avise d’interroger Sarkozy sur sa pusillanimité à propos des droits de l’homme en Tunisie. Réponse du président : « Rien à foutre, de toute manière, ce ne sont que des connards qui posent des questions à la con… ”

Manque de bol, Jean Quatremer était à cette réunion et a démenti catégoriquement. L'info a été en réalité totalement déformée, même si elle repose sur un tout petit fond de vérité. Comme dirait Jules, de Diner's Room, le journal "a franchi cette limite pourtant assez franche entre l'information et la désinformation". Le Nouvel Obs a été contraint de présenter ses excuses mais les a prononcées du bout des lèvres.

Le problème de fond posé par cette preuve flagrante et terrible de malhonnêteté, ce n'est pas seulement celui du trop grand militantisme de certains journalstes de gauche ou de droite. Même s'il y a un peu de ça. Là, en l'occurrence, l'auteur de ce billet a soit volontairement raconté des sottises en pensant que cela ne se verrait pas, soit accordé naïvement sa confiance et rapporté des propos via une source qui elle, avait intérêt à nuire à Nicolas, et dont il aurait donc dû se méfier. Tactique connue des journalistes : pour obtenir une info sur quelqu'un, appelez son ennemi.

Comme pour l'affaire du soi-disant SMS de Cécilia Sarkozy, c'est donc une nouvelle fois à cause de l'absence de recoupement - principe de base du journalisme - que le scandale arrive.

Le Nouvel Obs' s'est fait pincer, mais ce type de travail au mieux baclé, au pire malhonnête n'est pas rare. Les billets d'humeur ou papiers "confidentiels" sont d'ailleurs particulièrement propices. On raconte un événement auquel on n'a pas participé, on met un peu d'humour si possible, et hop, le tour est joué. C'est d'ailleurs le ton de ce genre de rubrique qui fait son succès.

La question est : l'auteur de l'article sera-t-il licencié pour faute professionnelle? Il a causé un tort énorme à son journal, mais aussi à un métier déjà discrédité et vilipendé à chaque coin de rue, et qui perd jour après jour ses clients, c'est-à-dire ses lecteurs. Il serait vraiment, vraiment temps de faire cesser cette impunité dans la presse.

N.B : Bizarrement, aucune trace de cette info pour l'instant chez ceux qui vigilent. Les vrais Vigilants, pour l'heure, sont Koz, Embruns, Diner's room et London. Bandes de gauchistes, va!
Par Le chafouin
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Mercredi 14 mai 2008

En vacances tout au long de ce beau pont de la Pentecôte (vive les fêtes religieuses), j'ai manqué ce beau débat sur l'indépendance de la presse, sur les accusations portées par l'UMP à l'encontre notamment de l'AFP, et sur la proposition de notre brillantissime ministre de la Culture et de la Propagande Communication, Christine Albanel.

Celle-ci a en effet osé, après que l'AFP ait soi-disant refusé de traiter un communiqué de l'UMP au sujet de la condamnation récente de Ségolène Royal pour non-rémunération de deux collaboratrices (lire ici la réponse de l'AFP), soumettre l'idée suivante : la création d'un "fil" AFP spécial, qui reprendrait tous les communiqués des partis.

Au-delà du sempiternel débat sur l'indépendance des médias à l'égard du pouvoir (l'AFP, à cet égard, n'est pas plus exempte des critiques que les autres), au-delà même de la polémique sur la pseudo mainmise de la droite sur les médias (ce qui est faux, en dépit de la paranoïa de la gauche à ce sujet), cette proposition et les réactions qui ont suivi montrent deux choses.

La première, c'est l'hostilité croissante au métier de journaliste, qui est toujours montré du doigt comme l'empêcheur de tourner en rond. "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt", dit l'adage. Il est toujours plus pratique, quand on est en colère, quand on est mécontent, de se retourner contre le média d'un message, c'est-à-dire le journaliste. Cela ne signifie pas que celui-ci soit hors de toute critique, je suis le premier à le dire, mais quand on voit la façon dont les blogs politiques parlent globalement de la presse écrite et des médias audiovisuels, on est souvent plus proche du café du commerce et du poujadisme que de la réflexion construite sur ce que devrait être le journalisme. De nombreux blogs se croient légitimes à donner des leçons perpétuelles aux journalistes, alors qu'ils ne font globalement que pomper leurs informations, qu'ils commentent à souhait. Ceci dit, la blogosphère n'est que le reflet de la population, qui fait de moins en moins confiance aux journalistes. Dans le même temps, il faut dire, ceux-ci préfèrent gaspiller leur argent dans la presse people que dans de la vraie information. Est-ce la conséquence de cette hostilité, ou au contraire, cette turpitude ne leur ôterait-t-elle pas toute légitimité pour critiquer?

Après tout, le pouvoir réagit de la même façon que son peuple : en difficulté au mois de janvier, Sarkozy avait rejetté la faute sur la presse, qu'il a tant instrumentalisée par le passé. Aujourd'hui que la droite est désorientée sur la conduite à tenir, c'est la même chose : c'est de la faute des médias, et de l'AFP. Qui est accusée de la façon la plus ridicule qui soit, c'est-à-dire de ne pas avoir diffusé un communiqué qui n'apportait rien de nouveau à une information déjà développée en long, en large et en travers.

C'est au fond le pire dans l'histoire : on veut supprimer cet intermédiaire gênant, le journaliste, pour s'adresser directement au peuple. Que les journaux publient les communiqués! Ce sera plus simple. Mais ce sera la Pravda.

Quand au deuxième point soulevé par cette affaire, c'est la méconnaissance profonde de ce qu'est l'AFP, et de son fonctionnement. D'abord, l'AFP n'a pas pour clients les individuels, comme vous et moi. Vous ne recevez pas chez vous de dépêches AFP, que je sache. Donc de toutes façons, vous dépendez de l'intermédiaire des autres médias. Et le plus gros client de l'Agence, au statut bizarre ni-public, ni-privé, c'est l'Etat. Ensuite, ce sont les médias étrangers. Enfin, ce sont les médias français. Et spécialement la PQR (presse quotidienne régionale), dont les pages informations générales sont la plupart du temps constituées de dépêches plus ou moins remises en forme.

Dans ces conditions, à quoi servirait ce "fil" communiqués, dans lequel il n'y aurait aucune lisibilité, aucune hiérarchisation? A informer la PQR des déclarations de l'UMP? A part les petits canards locaux, la plupart des médias reçoivent déjà tous les communiqués des partis.

Et quand une rédaction reçoit un communiqué, elle n'a aucune obligation à lui accorder une publicité. Croyez-moi sur parole : une rédaction en reçoit à la pelle, des communiqués. Chacun veut son petit mot, son petit bout de journal. L'association machin, le groupe d'étudiants chose, le parti truc... Un bon nombre d'entre eux finissent généralement directement à la poubelle. Les réactions aux décès de personnages publics, par exemple, qu'on reçoit en vingt exemplaires dans les minutes qui suivent l'annonce officielle. Comme si le quidam en avait quelque chose à faire de savoir ce qu'un élu local pense de Béjart ou de Pascal Sevran...

Conclusion : non seulement cette proposition est néfaste dans le fond, mais en plus, elle est totalement inutile sur la forme. D'où l'intérêt de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler...

Par Le chafouin
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Mardi 19 février 2008
La journée d'hier fut assez amusante, à vrai dire. On a entendu, sur tous nos médias, surgir une belle "polémique" sur la médiatisation des opérations d'arrestations à Villiers-le-Bel. Voir les médias relayer en boucle le message selon lequel les mêmes médias en font trop est vraiment délectable!

Petit aparté pour le lecteur distrait, qui ne s'informe pas : eh oui, cher ami, la police a procédé hier à un vaste coup de filet dans cette petite bourgade qui s'est rendue célèbre, fin novembre, pour ses troubles manifestes à l'ordre public, suite à la mort de deux ados dont la mini-moto était entrée en collision avec une voiture de police. Une trentaine de personnes ont été interpellées dans le cadre de l'enquête sur les violences avec armes (ce qui signifie qu'on a tiré sur les CRS, en somme) perpétrées contre la police au cours de ces soirées agitées. Fin de la parenthèse.

Alors bien sûr, il y avait des nuées de journalistes pour assister à cette opération. Le maire n'est pas content d'avoir été prévenu en dernier. Le pauvre. La gauche, elle, râle. Police-spectacle, dit-elle. Ségolène Royal, qui posa un temps avec ses bébés à la maternité, aurait mieux fait de se taire sur ce coup là. Mais au fond, elle et ses copains n'ont sans doute pas tort, même si leur action semble guidée d'avantage par le souci de se raccrocher aux branches, que par l'intérêt public. La question se pose : agit-on pour la presse, ou pour l'ordre public? SI on avait une une brève venant de l'AFP, évoquant juste les arrestations, y aurait-on perdu au change en terme informatif? Sans doute pas.

En-dehors du fait qu'il est alarmant de voir que la police, dans certains quartiers, est désormais contrainte de s'y mettre à mille pour interpeller trente personnes, ou qu'elle soit obligée de "patrouiller" toute l'après-midi d'après, un peu comme si on était dans la bande de Gaza, l'attitude des médias est intéressante à analyser.

En général, pour ce genre de "coup", les médias sont prévenus la veille. Par qui? Michèle Alliot-Marie est comique lorsqu'elle affirme benoîtement qu'une enquête sera menée afin de déterminer l'origine de la fuite. Alors, le Parisien et France 2, vous la donnez, votre source?

Ils se posent la question, on imagine, lorsqu'ils sont alertés de l'iminence du coup de filet. On y va, là, ou pas? Ils ont un débat, dans la rédaction. Non, quand même, on ne va pas faire le jeu de Sarko, ne manquera pas de dire le plus à gauche de la rédaction. Et puis en plus c'est bientôt les élections municipales! Tout le monde opinera du chef, mais la question suivante mettra tout le monde d'accord : ouais, mais si l'info est demain chez le concurrent, on a l'air de quoi?

La pile de sucre s'effondre comme ça, tout simplement. Tout le monde y va parce que l'autre y va. Les médias français, suivistes? non... Et une fois sur place, les journalistes se rendent compte qu'il y a un problème. Les gens les regardent d'un drôle d'air. Mais qu'est-ce que vous faites là, vous? Ben, on fait notre boulot, ma bonne dame. Les critiques fusent. Les journalistes, comme d'habitude, se marrent entre eux pendant que les flics font leur travail.

Une fois rentrés, ils reprennent leur sérieux. Et pour se donner bonne conscience de leur choix inital pipé par une pseudo-concurrence, ils appellent,à tour de bras les copains du PS pour recueillir leur réaction, alors que tombent peu à peu les premières dépêches d'agence. Les copains du PS s'indignent, la boucle est bouclée...

Le résultat, au final, est grandiose : non seulement on a une belle arrestation, avec de belles images, mais en plus, on a une belle polémique avec un bon vieux affrontemement droite-gauche, et une Michèle Alliot-Marie qui fait des blagues. Et le top, pour la presse : le sentiment d'avoir fait du bon travail, coco, avec le principe du contradictoire et tout et tout!

La schyzophrénie ne s'arrête d'ailleurs pas là : le pompom, c'est de voir en photo, dans nos beaux journaux, ces mêmes journalistes avec leurs micros, leurs appareils photos, leurs caméras! Comme s'il ne s'agissait pas d'eux... Comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre que d'eux-mêmes... Vraiment, le métier de journaliste est compliqué. Une confidence : j'aurais agi exactement de la même façon. Parce que la responsabilité de ce foutoir provient d'un seul endroit : la source qui a fait fuiter l'info.
Par Le chafouin
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Vendredi 15 février 2008
Juste un exemple de la façon dont les états-majors municipaux travaillent dans des moments d'agitation électorale. C'est même quasiment tout le temps ainsi que ça se passe. Petit mail reçu hier par les médias du Nord-Pas-de-Calais :

Pour votre information

Martine Aubry et Bertrand Delanoé prendront un pot amical à Lille ce
vendredi 15 février 2008 à (telle heure)

Si vous souhaitez faire une image, c'est au café (machin chose).

Bien amicalement,

Et la signature.

Précisons que Bertrand Delanoë est en visite de soutien à quelques candidats socialistes du Nord ces jours-ci. Précisons aussi, à toutes fins utiles, que ce billet ne vise pas Martine Aubry plus qu'un autre, son équipe n'ayant nullement le monopole de stratégies de communication qui sont monnaie courante, surtout au PS et à l'UMP.

Mais c'est justement le problème. C'est le genre de pseudo événement médiatique créé de toutes pièces. Cela horripile les journalistes, qui ont l'impression de se faire dicter leur conduite. Je suis curieux de voir le résultat, mais je crains que certains honorent l'invitation. La peur de louper l'image. Mais quelle image? A quoi sert-elle? Localement, pas à grand-chose : à moins d'un retournement de tendance incroyable, Martine Aubry sera réélue dans un fauteuil. Mais au niveau national, cela suggère quoi, qu'elle est dans le bon wagon au PS? A part ça... cela alimente juste le "cirque" médiatique. C'est tout. Où est l'info?

Il faudrait parfois avoir l'honnêteté de répondre que ce n'est que de la com', et que la presse ne se mêle pas de com'. Mais est-ce toujours vrai? on se demande... Les médias manquent cruellement d'imagination : l'agenda décidé par d'autres leur suffit bien souvent.

De manière plus générale, il semble que bon nombre de journaux, du moins en presse régionale, subissent de plus en plus une centralisation de l'information, préjudiciable aux lecteurs. Il arrive fréquemment que cherchant à enquêter sur tels ou tels thèmes, les journalistes se voient fermer toutes les portes, parce que les institutions ne jugent pas le moment propice à la communication... Une conférence de presse est prévue le mois prochain, il ne faut pas anticiper! Or sans infos, difficile d'écrire quoi que ce soit... Et globalement, les langues se délient de plus en plus rarement : silence, c'est le service com' qui parle et personne d'autre!

Le plus amusant, c'est que les écoles de com' et de journalisme forment des diplômés qui sont interchangeables : de nombreux journaleux sont issus de formation en communication, et inversement. Beaucoup d'offres d'emploi pour des services com' réclament des diplômés en journalisme. Euh, c'est quoi déjà l'éthique?

La leçon de tout cela, c'est que les recettes pour manipuler les médias, ou du moins les orienter dans un sens précis sont connues, archi-connues. Livrées par les spécialistes eux-mêmes lorsqu'il "changent de camp". Le problème, c'est que la presse écrite et audiovisuelle ne se défend pas. Et "suit". Tout est laissé à l'appréciation du "simple" journaliste. Celui à qui l'on dit "allez, mon petit gars, tu vas aller serrer la pince à Delanoë et Aubry, hein?". Au fait, souhaitons bon courage à ceux qui devront se farcir le café machinchose!

N.B. Je profite de ce billet pour créer une catégorie "médias" sur ce blog. Il faudrait peut-être même créer une rubrique "les ficelles de l'info". Je ne sais pas si c'est susceptible d'intéresser?
Par Le chafouin
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