Chafouinage

Mardi 23 décembre 2008

Le brillantissime blogueur politique Luc Mandret, au sujet du repos dominical, illustre bien le consumérisme qui se cache derrière la volonté de "libérer les énergies" et d' "enfin permettre aux gens de travailler le dimanche" (je maintiens que je n'en ai jamais croisé un seul, personnellement...) :

"Pourquoi cette hypocrisie ? Personne ne sembler outré que l'on puisse se rendre dans un café, dans un restaurant ou même dans un musée un dimanche. On pourrait me suggérer de faire mes achats de Noël un autre jour qu'un dimanche. Que ceux-ci me jettent la première pierre et avouent n'avoir jamais mangé ailleurs que chez eux un dimanche. En quoi le dimanche devrait-il obligatoirement être chômé ? Oui au repos hebdomadaire après six jours d'activité. Non à l'obligation que ce jour chômé soit le dimanche. Au non de quel principe ? La tradition ?"


Je passe sur les fautes d'orthographe, ça peut arriver à tout le monde, même aux premiers du classement wikio. Après tout, celui-ci n'est pas un gage d'excellence! (ok, j'arrête) En revanche, ce que j'ai du mal à comprendre, c'est comment on peut militer dans un parti politique en ayant aussi peu d'idées. En simplifiant autant un problème complexe, en l'expédiant ainsi en dix lignes.

Le raisonnement est aussi simple que creux : c'est sympa de faire des courses - j'ai pas eu le temps de les faire le jeudi - alors je les ai faites le dimanche - et après tout, les églises et musées sont bien ouverts le dimanche, alors? Pourquoi les gentils commerces n'auraient pas le droit d'ouvrir le dimanche, hmmmm?


Allez, Luc. Pose toi deux secondes, la tête entre les mains. Oui, c'est ça. Rends toi compte que la phrase "en quoi le dimanche devrait-il obligatoirement être chômé", typiquement péremptoire, peut aisément être remplacée par "en quoi les travailleurs devraient -ils être payés au Smic?" ou je ne sais pas, moi, "en quoi les enfants n'auraient-ils pas le droit de bosser, hein, s'ils en ont envie?". Et puis, tu sais, c'est plus simple quand tout le monde a les mêmes jours de repos, peu ou prou, non? ça permet à la vie sociale d'être mieux organisée. Oui, c'est ça. Tu vois, quand tu veux? Un de tes commentateurs te l'a dit : ton raisonnement n'est valable que pour un célibataire sans enfant.

Alors voilà. Je voulais te le dire : La politique, ça consiste à réfléchir aux conséquences sur la société des mesures que l'on veut prendre. Ce ne doit pas, jamais, être la résultante de nos désirs individuels.

Par Le chafouin
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Mercredi 17 décembre 2008

Moi je dis qu'une fois qu'on a vu ça, on peut mourir tranquille... Un journal communiste défendant le repos dominical, c'est tellement étrange, quand on y pense. Quasi inespéré. Vraiment. Cela peut paraître très classique aujourd'hui, mais après tout, qui nous aurait cru s'il y a trente ans, on aurait dit que la droite allait pilonner le repos dominical et la gauche, s'y arc-bouter?
Par Le chafouin
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Jeudi 20 novembre 2008

Un de mes indics préférés me rapporte l'existence d'un excellent article d'Yvan Rioufol (une fois n'est pas coutume...) sur la mémoire du génocide vendéen. Si ce génocide fait peu de doutes, il n'est pas certain qu'une reconnaissance par la loi soit nécessaire. Mais quand la République française reconnaîtra-t-elle ses crimes, elle qui se targue de donner des leçons au moinde entier?

Balayer devant sa porte : une attitude qui honorerait la France, coupable de nombreuses exactions pendant la Révolution française, et qui se permet de donner des leçons aux Turcs tout en étant totalement amnésique de son propre passé. Parmi elles, les souffrances imposées à la Vendée font partie des plus symboliques. Non pas qu'il faille sous-estimer les autres répressions (A Lyon par exemple, où Fouché commit des horreurs sans nom). Mais en Vendée, un plan systématique d'élimination, de destruction a été envisagé, théorisé, et mis en pratique. Comment peut-on l'occulter, deux cent ans après?

Des preuves historiques existent de cette volonté d'extermination, dans des textes de loi votés par la Convention (1er août et 1er octobre 1793) mais également dans les correspondances entre les généraux de l'armée républicaine et les chefs politiques de cette époque (1793-1794). Comment peut-on l'occulter, deux cent ans après? Rappelons que l'article L211-1 du code pénal définit le génocide comme étant « le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de membres de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; mesures visant à entraver les naissances ; transfert forcé d’enfants. »

Voici ce qu'en dit Jean Tulard, co-auteur du Livre noir de la Révolution française :

Le génocide vendéen a bien été planifié comme le montre lumineusement Reynald Secher. Première étape : une guerre civile qui débute en mars 1793 et qui s’achève sur la défaite des Vendéens à Savenay en décembre. Guerre atroce mais équilibrée. La victoire des bleus est suivie par la mise en place d’un système d’anéantissement de la Vendée. Pas question de pardon après la défaite. L’alerte a été trop chaude. De là, selon un rapport présenté à la Convention, l’idée qu’il n’y aura « moyen de ramener le calme dans ce pays qu’en en faisant sortir tout ce qui n’est pas coupable, en exterminant le reste, et en le remplaçant le plus tôt possible par des républicains qui défendront leurs foyers ».

Conception reprise par Barère, “l’ondoyant Barère”, qui perd son sang-froid : « Détruisez la Vendée ! » Général en chef de l’armée de l’Ouest, Turreau confirme : « La Vendée doit être un cimetière national. » De là les innombrables scènes d’horreur décrites par Secher : il faut empêcher les Vendéens de se reproduire, donc, tuer également les femmes et y ajouter les enfants en passe de devenir de « futurs brigands ». Carrier, l’homme des noyades de Nantes, s’exclame : « Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens ; ils doivent tous être exterminés. » Il n’est pas jusqu’au nom de Vendée qui ne soit rayé de la carte : il y aura désormais un département Vengé. C’est l’extermination totale, un « populicide », écrit Gracchus Babeuf lui-même : un génocide.

Au moment où ces mesures sont mises en place, la Vendée est déjà exhangue, prête à se soumettre. Son armée a été détruite, anéantie. Les soldats qui demeurent en Vendée, comme ceux de Charette ou Stofflet, sont constituées de vagues bandes qui ne représentent plus de danger, et passent plus de temps à chercher à échapper aux "Bleus" qu'à mener de véritables actions militaires. Et malgré cela, les sinistres Colonnes infernales seront montées, avec comme ambition affichée de ratisser la Vendée, pour tuer hommes, femmes, enfants, bétail, et ainsi détruire ce terrritoire rebelle. Républicains y compris. On exterminera des villages entiers, comme aux Lucs-sur-Boulogne, qui n'a rien à envier à Oradour mais est inconnu de tous. A Nantes, on coulera des bateaux remplis de Vendéens attachés. On brûlera même des paysans dans des fours. On tannera leur peau. On a ici le détail de toutes les horreurs qui ont été commises au nom de la République.

Pourquoi ces colonnes n'atteindront-elles pas leur objectif? Pourquoi seront-elles suspendues? Pas par humanité, mais parce qu'elles étaient contre-productives : le général Lazare Hoche, nommé chef des armées républicaines, comprendra que ces meurtres en font que raviver les blessures vendéennes, et que chaque massacre fournit des troupes nouvelles aux armées dites royalistes. "Dites", parce qu'en réalité, ces paysans étaient plus soucieux de défendre leur indépendance, leur religion, leurs coutumes, qu'un roi dont ils ignoraient tout. Ils préféraient Louis XVI, parce que la royauté les respectait et ne tuait pas leurs curés.

Une proposition de loi avait été déposée en 2007  puis début 2008 pour reconnaître ce génocide, initiée par Lionel Lucca et Hervé de Charette. Lisez-là, elle contient un tas d'informations précieuses sur ce sujet, et le résume admirablement. Elle se conclue ainsi : "La République sera d’autant plus forte qu’elle saura reconnaître ses faiblesses, ses erreurs et ses fautes. Elle ne peut continuer de taire ce qui est une tâche dans son histoire. Elle doit pour cela reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794, et témoigner à cette région – qui dépasse l’actuel département de la Vendée – dont la population a été victime de cette extermination, sa compassion et sa reconnaissance pour avoir surmonté sa douleur et sa vengeance en lui donnant des hommes aussi prestigieux que Georges Clemenceau ou Jean de Lattre de Tassigny qui servirent la Patrie et défendirent la République."

Une loi est-elle absolument nécessaire? Pas sûr, surtout au moment où le parlement se prononce contre les lois mémorielles. Mais une simple résolution? Une prise de parole officielle? Ce serait justice, pour réparer ce que Pierre Péan appelle la "Blessure française", dans un livre que je compte me procurer aussi vite que possible.

Par Le chafouin
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Jeudi 13 novembre 2008

Hier, j'ai appris avec une certaine satisfaction que le député du Nord Christian Vanneste avait été blanchi, au final, par la Cour de cassation, quatre ans après ses propos sur l'homosexualité, qui avaient été quasi-unaniment condamnés par les médias et le monde associatif et politique. Voilà qui est rassurant sur la santé "morale" de notre pays.

Comme le rappelle Le Figaro, "l"affaire est née de l'opposition de Christian Vanneste à la loi du 30 décembre 2004, réprimant les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes. Le parlementaire avait justifié sa position dans deux interviews, disant notamment dans la Voix du Nord que l'homosexualité «était inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité»."

On peut lire Eolas si l'on souhaite connaître avec précision la chronologie judiciaire exacte de l'affaire, et la justification juridique, basée sur la convention européenne des droits de l'homme, de l'arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

Que ce soit clair, d'emblée : je suis en désaccord avec ce propos. J'ai beau estimer, en raison notamment de mes convictions religieuses, que l'homosexualité est contre-nature, je ne suis pas pour autant "opposé à l'homosexualité", chacun étant responsable de sa propre vie. Je n'ai rien contre les personnes homosexuelles, en qui je vois avant tout des personnes, sans juger leur comportement. Je ne considère donc pas les homosexuels comme "inférieurs" à qui que ce soit. De la même façon, je trouve particulièrement stupide le lien irréfléchi et maladroit établi par Gérard Longuet entre pédophilie et homosexualité.

Et pourtant. Pourtant, on doit toujours être libre de s'exprimer, y compris, éventuellement, pour dire des bêtises. Comme le dit Eolas, "dire des âneries n'est pas forcément un délit en France". Jean-Marie Bigard y a droit, alors pourquoi pas Vanneste ou Longuet? Comme Criticus l'a énoncé de manière volontairement provocatrice, je considère que la liberté d'expression, sans pour autant être totale, doit être considérée de façon bien plus large qu'on ne l'admet aujourd'hui. L'injure, l'appel à la haine ou au crime ne sont-ils pas des limites largement suffisantes?

Au fond, ceux qui ont voulu museler le député du Nord ont contribué à donner une publicité encore plus grande à ses propos, comme ceux qui ont attaqué les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Et que serait notre société, si la justice était continuellement appelée à décider quels propos doivent être "autorisés" ou pas? Le débat démocratique, les échanges, les contradictions publiques, doivent suffire. Quand Jean-Marie Le Pen, par exemple, ose dire que l'occupation allemande n'a pas été si "inhumaine" que cela, chacun ne constate-t-il pas qu'il se trompe? Chacun n'est-il pas en mesure de constater qu'il s'agit d'une énormité? Les opinions adverses, et c'est heureux, ne peuvent-elles pas s'exprimer, et renvoyer le provocateur dans ses buts? A-t-on absolument besoin que la Justice vienne conforter l'opinion dominante?

La discussion est ouverte. Une chose est sûre : on ne pourra jamais empêcher quelqu'un de penser. Ou de s'exprimer dans la sphère privée. Dès lors, autant accepter que les opinions contraires s'expriment, ce qui laisse la possibilité de les contredire.

Par Le chafouin
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Mercredi 12 novembre 2008
Ainsi donc, les milieux de l'ultra-gauche sont clairement soupçonnés d'être à l'origine des sabotages en série qui ont touché ces derniers jours la SNCF et ses usagers. Reste à établir si oui ou non, ils ont bénéficié de complicités internes, tant il paraît évident qu'il fallait connaître le fonctionnement de l'entreprise publique pour l'atteindre aussi facilement.

On le disait ici-même au sujet du NPA, de Jean-Marc Rouillan et du blogueur CSP : lorsque le moteur de l'action politique, publique ou clandestine, est la haine, il ne peut en sortir rien de bon. Il ne peut en sortir que de la violence. Et on a tout à redouter de ses conséquences. Les faits nous auront très vite donné raison.

Sauf qu'en l'occurrence, il ne s'agit pas des mêmes mouvances que celles qui congratulent et vénèrent Olivier Besancenot : les dix individus arrêtés hier pour les sabotages contre les installations de la SNCF semblent appartenir à des groupes "anarcho-autonomes". Vraiment, rien à voir, même si les passerelles existent et que les lignes bougent assez facilement.

Le profil est plutôt jeune : le cerveau présumé du groupe, le plus âgé, a 34 ans, et les autres ont entre 23 et 30 ans. Ils habitent en Corrèze, à Rouen, Paris, Limoges. Sont décrits comme des gens sans histoires, plutôt "gentils et polis", qui vivent en communauté. Ils ne travaillent pas et tentent d'appliquer des formes d'altermondialisme : élevage de chèvres, culture d'un potager...

Pourtant, certains d'entre eux sont déjà connus pour avoir participé à des actes de violence en France ou à l'étranger. En l'espèce, les sabotages ne risquaient pas de faire dérailler des trains ou de causer des pertes autres que financières, mais peut-être ne s'agissait-il que d'un début?

D'ailleurs, ces mouvances dites "anarcho-autonomes" sont peu ou prou constituées des mêmes personnes que celles qui cassaient des vitrines dans les manifestations anti-CPE ou dans les manifestations lycéennes de décembre 2007, qui balançaient des canettes sur la police ou brûlaient des voitures après l'élection de Nicolas Sarkozy : des individus sans foi ni loi, qui ne croient en rien, et qui sont donc totalement incontrôlables.

On le voit aujourd'hui : ce groupe était, selon la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie "surveillé depuis plusieurs mois" par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, issue de la fusion RG-DST). Il faisait même l'objet depuis avril dernier, de la part de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la PJ, d'une enquête pour dégradations. Selon une source du Monde, la SDAT soupçonne "d'éventuels liens avec l'ultra-gauche allemande, qui a déjà revendiqué des actions contre des trains transportant des déchets nucléaires'. On les surveillait, certes, mais on n'a pas pu empêcher les sabotages...

Certains commentateurs s'étaient  gaussé de ce constat, que j'avais relevé dans l'article susnommé consacré à CSP : oui, la menace de radicalisation d'éléments isolés de l'ultra-gauche est prise très au sérieux par le pouvoir en place et les autorités policières. "Depuis mon arrivée au ministère, j'ai souligné les risques de résurgence violente de l'extrême gauche radicale", a précisé MAM au cours de son point-presse. Des cellules de veille existent dans chaque département, sous l'égide des directions locales du renseignement intérieur. Au même titre que la menace islamiste.

Et il faut dire que oui, on peut craindre cette montée de fièvre. En tant que journaliste, j'ai déjà été confronté à cette réthorique impossible à contrer, à cette haine du système, à cette volonté de vivre en marge de la société, de ne pas se compromettre avec le "mal". Je cotoie ce genre d'individus de temps à autre, et je dois dire que j'ai toujours été effrayé par leur détermination, la rage sourde qui les anime, et surtout, cette faculté à tomber dans la paranoïa. Quand on est inconditionnel, on devient irrationnel.

Avec la crise qui pointe le bout de son nez, et qui risque de faire des ravages importants, on a d'ailleurs tout lieu de penser que ces groupes vont se renforcer, se radicaliser et mener des actions autrement plus importantes que ces sabotages qui ressemblent à un simple rodage. Reste à espérer qu'on ne revivra pas l'hécatombe causée par les Brigades rouges, la Bande a Baader et autre Action directe...
Par Le chafouin
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Mercredi 22 octobre 2008


Une vidéo chipée chez Maxime Pisano, d'une conférence de Pascal Salin, un libéral-libertarien qui se dit "fier d'être extrémiste" (c'est un gag) et qui pense qu'on peut "résoudre tous les problèmes" en laissant la liberté... libre de toute contrainte. N'hésitez pas à écouter la conférence en entier (la vidéo ci-dessus n'est qu'un extrait), qui en dit long sur l'idéologie la philosophie libérale.

Alors que l'actualité récente nous montre bien que la liberté des hommes doit être sous contrôle si on veut éviter au système de ne profiter qu'aux plus fort, il est assez comique d'entendre un tel discours, qui incite à l'irresponsabilité.

L'impôt "consiste à transférer de façon forcée la propriété de quelqu'un à quelqu'un d'autre", selon lui, est un système "immoral par nature parce qu'il repose sur la contrainte", un système qui n'est "pas juste", ce qui est assez drôle de la part de quelqu'un qui un peu plus tôt, explique qu'il ne "peut y avoir de justice sociale", puisque la définition de la justice dépend de l'opinion de chacun . Les morales personnelles de chacun "entrent nécessairement en conflit", donc la "justice sociale ne peut pas être définie" et donc, est "un concept dénué de sens".

Si l'on suit son raisonnement jusqu'au bout, la morale de chacun étant personnelle, on se demande au nom de quoi on devrait tenir compte des idées libérales, qui ne sont après tout également que l'expression d'une morale personnelle...

Pascal Salin, bien sûr, a la réplique toute trouvée : si j'ai bien compris, dans son schéma, le droit de propriété doit être le curseur, la ligne rouge qui nous dit ce qui est bien ou mal :  comme il s'agit du "fruit de l'effort humain", son respect absolu doit être érigé en "morale universelle", qui nous permet de déterminer ce qui est juste ou non. Pour moi, il y a une limite toute trouvée au droit de propriété : la destination universelle des biens.

Voilà qui me paraît en tout cas à la fois incohérent et dangereux. Ce relativisme absolu ne conduit-il pas tout droit à "l'état de nature", c'est-à-dire la loi de la jungle? Le problème, dans un système où on érige la propriété en valeur absolue et inviolable (Lomig disait bien, l'autre jour, qu'un principe connaissant des exceptions n'en était pas un), où on insiste sur la liberté de chacun, c'est que très rapidement, ce sont toujours les plus faibles qui se retrouvent pénalisés. C'est la dissolution du contrat social!

On peut là encore employer le mot "naïveté"  : à trop croire, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, que "l'homme naît naturellement bon", on peut aboutir aux pires dérives. Non, l'homme naît avec ses faiblesses, ses passions, il est un "loup pour lui-même", pour paraphraser Hobbes (tiens! un libéral...). Il faut donc le tenir à carreau.

Le caractère absolu de la liberté, tout comme celui de l'égalité, ne peut conduire qu'à la pagaille : sans contrainte, il n'y aurait certes pas d'impôt, mais il n'y aurait peut-être plus de charité. Chacun sera d'accord pour dire qu'une solidarité volontaire a plus de valeur qu'une solidarité collective. Peut-être même que cette dernière est une des causes de l'égoïsme, puisque si on donne déjà aux impôts, ma bonne dame, on n'a pas à sourire au sdf qui mendie en bas de chez soi. Il n'empêche : on a de quoi se méfier de la générosité personnelle, dans une société où on ne prône que la réussite personnelle et matérielle.

Mais ça, est-ce vraiment le souci de M. Salin?
Par Le chafouin
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Lundi 29 septembre 2008

 

 

 

Il faut que je vous parle d'un type, que vous connaissez peut-être déjà. Il a une belle plume, une grande culture politique, un cynisme sans borne et un charisme certain. Avec en prime, un sens de l'humour désopilant, et un amour inconditionnel pour les briques. Et à vrai dire, un penchant pour toute les formes de sévices physiques à infliger aux méchants capitalistes, aux infâmes curés et aux salauds de publicitaires.

Cet énergumène, c'est l'auteur du blog "CSP", alias le Comité de Salut Public, du nom de cet effroyable tribunal révolutionnaire qui, à l'époque radieuse de la Terreur, envoyait les ennemis de la liberté à l'échafaud sans autre forme de procès. Tout un programme, avant même d'avoir jeté un œil sur sa prose. Un autre blog s'appelle bien "Vive le goulag", alors pourquoi pas? (On imagine la durée de vie d'un blog intitulé "Vive Auschwitz", mais c'est sûrement un signe de mauvaise foi de notre part)

En le découvrant, CSP m'a d'abord révulsé. Et puis dans un second temps, j'ai lu plus attentivement, les sujets m'ont amusé puis intéressé. Comme l'auteur le dit lui-même, "c'est un exercice de l'esprit qui est intéressant : s'aventurer en territoire hostile est toujours très instructif". Les rengaines crypto-trotskystes m'ont à vrai dire un peu déridé, puis bousculé. Je croyais à une forme de second degré dans ces écrits. Et puis, leur montée en puissance correspondait vaguement à celle du mentor de l'ultra-gauche, le sémillant facteur neuilléen Olivier Besancenot. Vous savez, cette gueule d'ange rouge maquée avec une éditrice parisenne pleine aux as. Une opération de découverte, à visée sociologique, s'imposait donc. Et j'ai passé des mois en immersion...


Ceux-ci ont passé, et malgré ma bonne volonté petit à petit, le malaise a grandi. Au fil des lectures, la plume m'a parue plus amère. Plus je lisais, et moins je regardais les bons mots, l'enrobage, pour me focaliser uniquement sur le démontage en règle des blogueurs libéraux par trop caricaturaux ou encore adolescents, les sempiternelles fusillades d'Ivan Rioufol, les coups de bambou infligés aux sociaux-traîtres du PS. Ils ont fini par me lasser. Le disque m'a vite semblé rayé, mon intérêt a décliné. CSP avait beau me classer parmi ses blogs de droite favoris (appartenance politique que je refuse toujours), je cherchais vainement une espérance derrière ce tombereau d'injures et cet amas de violence.


P
ouvait-il y en avoir une? Quel est le but de tout cela, je veux dire, à part vomir sur les méchants riches et de célébrer la montée du Nouveau Parti Anticapitaliste? Pouvait-il seulement exister un minuscule projet ou une envie dans ce torrent de râleries et de mécontentement? Un semblant de positif dans ce fatras de critiques acerbes et de "fureur enthousiaste"?

Je crains que non. Ici, tout n'est définitivement que haine, haine, et encore haine. Une fois tombé le masque du cynisme et du style fort joli, ne reste qu'elle. La haine. Un crachat, une morsure.

Si seulement, après tout, un humanisme se cachait derrière tout cela, mais même pas. A l'écouter, on n'a même pas le droit d'être catholique et de l'exprimer publiquement. Défiler vêtu de string en cuir sur des chars ridicules, oui, mais marcher au nom de valeurs jugées "réactionnaires", non. Bloquer toutes les semaines les rues de nos villes avec des manifestations conservatrices réunissant toujours les mêmes cégétistes, oui, mais une fois par an, rappeler qu'il existe des prolife, non. Cette opinion n'a pas le droit d'être exprimée.


On en revient au final au titre même du blog. Comité de Salut Public. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté
. Pas de quartier pour ceux qui pensent différemment. Pas de rémission. Pas de trêve. Pas de négociation, seulement le combat, et si possible, le combat à mort. On ne se bat pas avec les mêmes armes, un peu comme le Mordor dans le Seigneur des Anneaux : il veut juste tuer, détruire. Il n'est pas question de fraternité ou d'amour de l'humanité.

Or la haine peut-elle être un moteur de l'action politique? J'en doute.

Il est d'ailleur assez préoccupant, pour élargir un peu le sujet, de voir qu'à chaque crise, on en revient aux mêmes recettes. Les mêmes qui excitaient le peuple en 1789, 1830, 1848, 1871, 1917 (avec les résultats que l'on sait), avec leurs promesses de lendemains qui chantent, reviennent aujourd'hui en promettant la lune à tous les exploités du système. Olivier Besancenot a ainsi été désigné par un sondage Opinion Way, pour la deuxième fois, comme le meilleur opposant à Sarkozy. On croit rêver!


Car lui, sa haine, il la cache mieux que CSP. Il fait le malin chez Drucker ou Denisot, joue le gendre idéal, mais surtout évite de s'étendre sur son programme rétrograde qui nous plongerait à coup sûr dans la guerre civile s'il était appliqué. La volonté de légalisation de drogues dures en est un bon exemple.

Comme disait Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon, "l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique".

Erreur historique, oui. Dans laquelle peuvent pourtant tomber facilement les populations les plus fragiles, qui ne voient que les caciques de la LCR se déplacer vers eux. Sans compter qu'une forme de radicalisation d'une certaine jeunesse coexiste avec l'action politique des "antis". Que celle-ci est prise très au sérieux et inquiète au plus haut point dans les sphères policières, et que cette menace est étudiée au même titre que celle qui résulte de l'intégrisme islamiste.

Disons-le tout net : c'est très triste. Ces gens sont tristes. Ils me font sincèrement de la peine, car ils gâchent leur santé et leur belle jeunesse à voir le monde en noir, à chercher des méchants et des complots partout, dans une parano qui va croissant...

Et vous, pensez-vous que la haine, la fureur, puissent être le ferment de quoi que ce soit de productif, de constructif pour la France et le monde?

Par Le chafouin
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Mercredi 24 septembre 2008
Tout à l'heure, je recevais  un courriel (mot nettement plus chouette que "mail") dans ma "boîte aux lettres électronique" professionnelle. Un de ces communiqués de presse dont les rédactions sont inondées chaque jour, mais qui généralement, ne paraissent jamais dans les médias. D'une part parce qu'il y en a trop, d'autre part parce que ce n'est pas toujours intéressant et que les journalistes aiment rarement qu'on leur dicte de manière trop évidente ce qu'ils doivent écrire, dire ou filmer.

En l'occurrence, c'est un message d'un député PCF du Nord, qui titre son communiqué : "ne pas mettre en oeuvre le droit d'accueil dans les écoles est une action civique". S'ensuit une longue diatribe contre le service minimulm institué par Xavier Darcos (applicable depuis début septembre) qui oblige les mairies à instituer un accueil des élèves de l'école primaire, en cas de grève impliquant plus de 25% des effectifs.

A la limite, il pense ce qu'il veut de cette loi, qui peut poser question et notamment dans les conditions de son exécution. Car une nouvelle fois, l'Etat se défausse sur les collectivités territoriales. Mais ce texte a au moins le mérite de tenter de trouver une solution au problème des grèves à répétition dans l'Education nationale, qui mettent bien souvent les parents dans le pétrin, surtout quand il s'agit d'enfants jeunes.

Mais ce monsieur annonce que dans la commune dont il est le maire, il n'y aura pas de "droit d'accueil". Une "action civique"! Ci-vi-que! Civique?

Déjà, il est amusant de voir qu'on peut, sans rire, oser qualifier de "civique" une action qui de fait, n'est que le fruit d'un positionnement idéologique et partisan. Limite lutte des classes.

Ensuite, affubler de ce doux mot une position militante qui se retournera contre les usagers, à savoir les parents, c'est le pompon. Déjà qu'on doit supporter, dans notre beau pays, de voir des moustachus prétendre qu'ils ont de la "désobéissance civique" en détruisant des Mac Do ou en arrachant des OGM...

Il suffit d'aller faire un petit tour sur wikipédia pour lire que le "civisme" "désigne le respect du citoyen pour la collectivité dans laquelle il vit et de ses conventions, dont notamment sa loi. Ce terme s'applique dans le cadre d'un rapport à l'institution représentant la collectivité : il s'agit donc du respect de la « chose publique » et de l'affirmation personnelle d'une conscience politique. Le civisme implique donc la connaissance de ses droits comme de ses devoirs vis-à-vis de la société".

Ne pas respecter une loi dont la mise en oeuvre mettrait en danger des personnes ou des biens, pourquoi pas. Mais là, on n'est pas du tout dans ce genre de cas. Il y a donc bien détournement du sens d'un mot dans un but d'auto-justification de ce qui n'est que la violation d'une loi à des fins bassement partisanes.  Et cet état de fait illustre bien l'entrée en vigueur d'une véritable novlangue. Les mots n'ont plus la même signification. On se permet de les déformer, de les triturer, de les utiliser à tort et à travers.

"Solidarité", "jeunes", "quartiers difficiles", "cité sensible", font également partie de cette "novlangue". Le pire, c'est que tout le monde le sait, mais que les médias où les "officiels" continuent à être les seuls à employer ce genre de mots sans sourciller.
Par Le chafouin
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Mercredi 3 septembre 2008

Quelle affaire! Le jardin de la villa corse de Christian Clavier, grand copain de Nicolas Sarkozy, occupée sans heurts, samedi par des nationalistes. Le patron des forces de sécurité de l'île, lui, est viré pour n'avoir pas empêché cet événement de se produire, alors qu'il en avait connaissance.

Inutile de crier au scandale ou à l'affaire d'Etat, comme s'escriment à le faire quelques socialistes, décidément bien à la peine, ou François Bayrou, qui saute sur la moindre occasion de faire parler de lui autrement que pour les défections à son parti. On pourrait encore s'en étonner, jouer aux vierges effarouchées, se dire que dans un Etat démocratique, le copinage et les renvois d'ascenseur n'existent pas : que c'est un régime pur et parfait, puisqu'on l'a appris en cours d'éducation civique.

Sauf qu'on en vit pas en démocratie. Que la démocratie, d'ailleurs, n'existe pas. Et que ce faisant, il est illusoire d'espérer que des hommes dotés du pouvoir n'en profitent pas, même si on pourrait légitimement l'espérer. Ne rêvons pas.

Ceci étant dit, il est assez comique de lire ou d'entendre les arguments de ceux qui osent affirmer que ce limogeage est sans rapport avec les liens existant entre l'acteur et le président.

Au premier rang desquels je citerais ce cher Authueil, repris par Luc Mandret (dont l'évolution politique pose question): "notre président a suffisamment de sens politique pour anticiper l'effet désastreux d'un limogeage qui serait uniquement motivé par ses liens amicaux avec Christian Clavier".

Sens politique, Sarkozy? Il a eu, certes, le sens politique de ne pas aller dîner au Fouquet's le soir de sa victoire. De ne pas passer ses premières vacances sur un yacht luxueux. Sarkozy, c'est l'image de celui qui assume. Qui fait, et ensuite qui ne dément pas, quitte à être éreinté durement par la critique. Donc en terme d'anticipation, pas sûr qu'il soit le meilleur exemple. Certes, il donne le sentiment de tout gérer, de tout prévoir en terme de communication, mais ce n'est souvent qu'un leurre : combien de polémiques auraient été évitées, depuis mai 2007, si ce "sens politique" était réel? Et puis, limoger un haut fonctionnaire pour si peu dans une île où les villas sautent...

Mais le plus comique sur ce sujet, c'est assurément le porte-parole du ministère de l'Intérieur, qui s'obstine à revendiquer la paternité de ce limogeage. Hier sur France Info, ce communicant assurait en substance que "partout, pas seulement en Corse et pas seulement en ce qui concerne Christian Clavier, une telle sanction aurait été prise". Ah bon. Partout. Pour toute "légèreté similaire". La meilleure de l'année. Et quand les pêcheurs cassent tout dans un supermarché, que José Bové détruit un Mc Do ou un champ d'OGM, qu'une manif tourne mal, les préfets de police, pourtant toujours remarquablement renseignés, sont-ils remerciés?
Par Le chafouin
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Mardi 19 août 2008
L'économie, alpha et oméga de nos vies? On pourrait le croire à lire ces esprits apeurés se flageller devant l'affreuse nouvelle qui nous est tombée sur la tête la semaine passée : au deuxième trimestre de 2008, l'économie française a légèrement rapetissé, de -0.3%. L'horreur totale !

Rendez-vous compte! La catastrophe n'est pas loin. Pire, on a rempli la première partie des conditions définissant la récession, qui rappelons-le aux incultes, est  constituée lorsque deux trimestres consécutifs, le PIB d'un pays recule. C'est bien ça, j'ai bon?

Ré-ces-sion. Ils n'ont que ce mot là à la bouche, nos chers économistes. Vous savez, ceux qu'on voit partout dans les journaux, à la télé, prêchant la bonne parole, se plantant tout le temps sans conséquence, multipliant les pronostics sans aucune responsabilité ni risque, jouant le rôle d'oracles anonymes de notre chère économie moderne, érigée en divinité redoutable et capricieuse. Et dont les encycliques sont la croissance, les taux d'intérêts, les chiffres du chômage... L'économie est une science inexacte, à qui l'on peut tout faire dire, mais eux sont perpétuellement appelés par les journalistes à donner leur avis d'experts. Un avis jamais démenti, jamais confronté à la réalité, quand bien même il s'avère faux par la suite.

Ré-ces-sion. Le spectre du malheur, en somme! Peut-être allons-nous être moins riches. Et on s'en relèvera! Ils doivent bien rire, ceux qui prêchent la décroissance. Sans aller jusque là, il semble que l'Occident ait perdu la tête, ou au moins le sens des priorités. La rigueur, oui, et alors? Est-on devenu à ce point pauvres d'esprits, pour que la courbe du moral devienne dépendante de l'état du porte-monnaie et de la richesse collective? Va-t-on se laisser abattre par une mauvaise nouvelle économique? Souvenons-nous du passé et retroussons-nous les manches.

Pendant ce temps, l'Occident décadent réfléchit à liquider des vieux. Remarquez, les deux sujets sont liés : avec le poids démographique et les contraintes budgétaires qui pèsent sur nos pauvres économies, ceux qui coûtent le plus cher et qui ne rapportent rien de palpable, ce sont les vieux. Et j'insiste : ce sujet est autrement plus important. Car c'est d'humain qu'il s'agit. Et comme chacun sait depuis Jean Bodin, "il n'est de richesses que d'hommes".

Non mais!

Lire aussi Seb de CaReagit, qui n'est pas du tout d'accord avec moi, le fourbe.
Par Le chafouin
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Jeudi 14 août 2008
Cela faisait des semaines que j'attendais ce jour avec grande impatience : la sortie hier en salle de Gomorra, le film noir sur la mafia napolitaine, adaptation par le cinéaste italien Matteo Garrone du livre éponyme choc du journaliste Roberto Saviano. Et il n'y a pas de déception au bout du compte, loin s'en faut.

Car Gomorra n'est pas seulement une ligne sur la palmarès du Festival de Cannes, où il a décroché le Grand Prix. Le film fait partie de ces chocs qui ne vous laissent pas indemnes. L'hyperréalisme du travail de Garrone, qui tourne au coeur même du territoire de la Camorra, les fameuses Voiles, véritable supermarché de la Coke à ciel ouvert, en fait un quasi-documentaire. A prendre tel quel, à avaler tout cru. C'est à prendre ou à laisser...

Alors que le livre de Saviano est une enquête démontant les rouages économiques du système, le mettant à nu, le film de Garrone propose de rentrer dans la psychologie de ceux qui la composent, à travers une série de portraits de personnages liés à la mafia de Naples. Pour envisager la réaction de ceux qui vivent au coeur de cette horreur. Et qui de fait, agissent à l'instinct. Comme dit le cinéaste italien, "c'est comme un reportage sur des animaux dans la jungle". Certes.

Alors qu'il s'agit de vies bien humaines, que le film sent la vie, à travers la peur de la perdre. Mais aussi l'absence de respect de la vie, qu'on prend ou qu'on donne sans broncher. Avec toujours, en ligne de mire, l'argent, le profit, érigé en valeur suprême. Cela vous rappelle peut-être quelque chose...

Il y a ce petit garçon qui peu à peu, est happé par la bande. Ces deux têtes brûlées qui croient pouvoir agir en solo et manier la provocation en toute impunité. Le porte-enveloppes protégé par le système qu'il représente, et qui sans lui, se retrouve soudain fragile, tout nu. Ce tailleur qui parvient à le quitter, écoeuré. Cet enfouisseur de déchets toxiques, l'immoralité incarnée. Mais toujours justifiée. Son assistant, qui réussit à conserver en lui un brin d'idéalisme, une forme de distinction entre bien et mal.

La jungle. La loi du plus fort. Du plus malin. L'incertitude du choix d'un clan par rapport à un autre. Les suprématies contestées. Au fond, la mafia ne semble pas anti-système, mais bien intégrée au système. Ne finance-t-elle pas la reconstruction du World Trade Center? Une caricature, poussée à l'extrême, du monde dans lequel on vit. Un monde dans lequel la Justice, la vraie, n'a que peu de poids face aux différents intérêts contradictoires qui sont en jeu et qui dépasse le simple petit humain de base. L'intérêt du consommateur de gaz européen contre celui du paysan géorgien.

Dans tout ça, l'homme semble nu, seul, fragile. Alors si en plus on lui donne un flingue... cela donne Gomora.
Par Le chafouin
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Dimanche 10 août 2008

Je me disais bien que ce ne serait pas éternel. Je m'en doutais. Trente jours de repos, de bulle absolue, c'est beaucoup, mais quand ça prend fin, ça fait mal. Une dernière journée décontractée, et puis il faudra bien prendre ce fichu train. Et au bout, fatalement, il y aura le travail, qui certes apporte la santé, mais après tout, ni plus ni moins que le fameux trio coup de soleil-barbecue-rosé. Une triplette que j'affectionne.

Comme d'habitude, cet incontournable sentiment de mélancolie me titille. Il ressemble un peu à celui qu'on éprouve lorsque, gamin, on est invité pour jouer chez un copain, et que le soir venu, alors qu'on vient d'entamer un jeu super chouette (un jeu de uno, par exemple), on entend les pneus de la voiture familiale crisser sur les gravillons. Flûte. Il va falloir y aller.

Bref. Là aussi, il va bien falloir retourner au turbin de toutes façons. Je tenterais bien la tactique du gosse capricieux et colérique, Elle a été réalisée sous mes yeux, l'autre jour au supermarché, avec un succès indéniable. Mais je doute de son efficacité dans le monde du travail. Un chafouin en train de se rouler par terre, ça n'a jamais impressionné qui que ce soit. Et puis les patrons sont généralement plus durs en affaires que les mamans. Inutile de gémir, par conséquent : soyons stoïque.

La fin des vacances, cela signifie aussi le retour du blog. Donc voilà. Me revoilà. J'ai eu du mal à me sevrer d'actualité, mais j'ai pas trop mal réussi, à part de rares gazettes d'information (une drogue dure) et le survol superficiel de mon agrégateur de super-blogs-politiques (une drogue douce). Moyennant quoi, j'ai achevé la série Millénium et bien entamé La conjuration des imbéciles, un roman rafraîchissant, tout à fait adapté au sable chaud, tout près du club Mickey. Allongé dans l'herbe, c'est pas mal aussi.

Etant de retour à proximité de ma boîte mail, les commentaires vont donc retrouver leur spontanéité d'antan. Finie, la modération. Au passage, je dois préciser que durant ce mois d'absence, j'ai du supprimer trois ou quatre commentaires insultants. A l'avenir, ils passeront également à la trappe.

Bon, stoppons là ce bavardage, et retrouvons-nous très rapidement cette semaine pour de brillants commentaires sur la vie, la politique, le classement wikio et le rock satanique. En mode doux, bien sûr, le temps de reprendre ses marques...

Par Le chafouin
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Jeudi 10 juillet 2008
Les évidences de Madame Royal relèvent de plus en plus de la psychiatrie. On n'est plus dans le lynchage, mais dans l'autodestruction, le sadomasochisme, une forme de sacrifice kamikaze.

La Jeanne d'Arc du PS persiste et signe au sujet du cambriolage de son appartement, et en rajoute une couche : sur RTL, elle a affirmée qu'elle était "sans doute suivie ou écoutée". Sous-entendu, par une officine travaillant pour le compte du mafioso Sarkozy. Ségolène flaire là une "affaire politique". Elle parle de "violence" et de "vulgarité" de la part de l'UMP. Mais qui est violent, celui qui s'indigne ou celui qui raconte n'importe quoi pour être au sommet de l'affiche?

On atteint un sommet de bêtise et de candeur atterrant. Pourquoi pense-t-elle cela? Parce que la veille de ce cambriolage, elle aurait critiqué le "clan Sarkozy". Et de façon très poussée : elle l'avait accusé d'enrichir ses amis milliardaires, vous rendez-vous compte! Donc c'est forcément lui. Mis en fureur par cette adversaire redoutable, qui lui cause maints tourments, Sarkozy aurait donné l'ordre à des exécutants de basses oeuvres d'aller cambrioler l'appartement de Madame Royal. Bien sûr, pas besoin de preuve pour l'affirmer, à quoi bon se fouler, quand on peut accuser aussi facilement? D'ailleurs, c'est bien connu, la plupart des opposants à Sarkozy, Besancenot, Delanoë, Bayrou, Le Pen, Villiers, Dupont-Aignan, MAM, Villepin et même Chirac ont récemment été cambriolés, eux-aussi victimes de la nouvelle police politique.

Deuxième étape du raisonnement, si on l'a cambriolée entre 20h30 et 22h30, c'est qu'on connaissait les allées et venues de chacun. D'où le soupçon selon laquelle sa famille serait suivie ou sur écoute. Belle déduction. Tout le monde sait qu'un truand prépare son coup, pas besoin d'être policier pour cela, il suffit de surveiller l'appartement pendant une petite semaine... Quant aux apparitions publiques de Ségolène Royal, pas besoin de la mettre sur écoute pour en être informé.

Ce qui est incroyable, c'est que Ségolène ne doute même pas un seul instant de sa thèse : "Alors en effet, soit je suis écoutée, soit je suis suivie depuis mon lieu de travail jusqu'à mon domicile, c'est une évidence", assure-t-elle benoîtement. Mais moi aussi, Madame Royal, je suis suivi et écouté. C'est une évidence. D'ailleurs, parfois, quand je marche dans  la rue, j'entends des pas derrière moi... C'est pas une évidence, ça?

Une évidence. Une é-vi-dence. Heureusement que dans un système libéral, on ne se borne pas à des"évidences" pour juger de la culpabilité de tel ou tel. Et madame Royal ose surenchérir, en se plaignant que "dans n'importe quelle autre démocratie, le pouvoir se serait ému". Mais ému de quoi? Il aurait fallu que l'Elysée fasse un communiqué? Pour un vol d'ordinateur portable?

Que ce cambriolage soit troublant, c'est une chose qu'on peut dire ou entendre, tant les circonstances semblent en effet étrange. Mais accuser ainsi le pouvoir en place est une faute grave. Alors de deux choses l'une : soit Ségolène Royal a des preuves, et elle les lance publiquement, soit elle ne se base sur rien d'autre qu'un ressenti et dans ce cas, eh bien tout simplement, elle se tait.

On comprend fort bien que Ségolène Royal ait besoin de se relancer, d'apparaître, tant elle ne peut plus compter sur ses idées ou un quelconque talentpour y parvenir. Mais il y a des limites à ce qu'on peut accepter. Il est trop facile de multiplier les erreurs, et de se présenter ensuite en victime des gros bras de l'UMP. Qui donne le bâton pour se faire battre ne peut se plaindre des bleus, dit l'adage.

La question posée ici il y a quelques jours reste donc d'actualité : On se demande comment cette femme parvient à regrouper autour d'elle autant de ferveur et de communion. Autant de supporters esbaudis et ébahis. Autant de militants qui croient sincèrement en elle. Qui placent en elle tous leurs espoirs. Comment cela se peut-il?
Par Le chafouin
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Vendredi 4 juillet 2008

On se demande comment cette femme parvient à regrouper autour d'elle autant de ferveur et de communion. Autant de supporters esbaudis et ébahis. Autant de militants qui croient sincèrement en elle. Qui placent en elle tous leurs espoirs. Comment cela se peut-il?

La candidate malheureuse à la dernière présidentielle, qui s'oriente vers un nouvel échec au Congrès de Reims, illustre complètement ce dont nous parlions hier, alors qu'elle était en visite au Québec, pour le 400e anniversaire de la belle province. Suivant là les traces de Bertrand Delanoë, mais en pire.

"Tout le monde le sait, c'était une opération colombienne rondement menée qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien", a déclaré l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle.

"Voilà : ni polémique, ni récupération politique qui serait totalement décalée parce qu'en l'occurrence, Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération", a ajouté la présidente de Poitou-Charentes, en visite au Canada pour le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec"


Ou comment chercher à exister quand on n'a rien à dire. Ou comment chercher à se faire valoir dans un événement international, quand on enrage de voir son rival en récolter les fruits indirectement bien malgré lui.

Oui, Nicolas Sarkozy est Président de la République. Oui, c'est lui qui accueillera Ingrid Bétancourt cet après-midi à la descente de l'avion, et pas Ségolène Royal, qui n'est que présidente de la région Poitou-Charentes. On comprend que ça l'énerve, qu'elle enrage, qu'elle piaffe de jalousie, mais c'est ainsi. ça tombe d'autant mieux qu'Ingrid a déjà dit beaucoup de bien de Sarkozy et de son action, mais semble ne même pas connaître notre chère Ségolène.

"Je veux embrasser le président (Nicolas) Sarkozy pour lui dire que je l'admire et que je lui dois le fait d'être là aujourd'hui", disait-elle jeudi! Mais il n'y est pour rien.

Et puis comme disait Koz, il est très amusant de voir des socialistes défendre les options d'Alvaro Uribe contre celles de Chavez. Et il est très drôle de voir l'opposition défendre une solution une fois qu'elle a débouché sur une réussite. ça, ce n'est pas de la polémique.

"Tout le monde sait". Ben voyons. Et en premier lieu notre spécialiste des relations internationales! Ben ouais, elle a déjà rendu visite à Bachelet au Chili, donc l'Amérique du Sud, elle connaît!

"Qui prouvent que les négociations étaient inutiles...". Ah bon? Essayez de transposer cette phrase au conflit israélo-palestinien. "Toute négociation avec des terroristes est inutile...". Vous imaginez? La belle justification des politiques de Sharon et Olmert?

Mais pourquoi ne s'est-elle pas tue, plutôt que d'enfoncer des portes ouvertes débouchant sur le vide? D'ailleurs, une fois la chute entamée, elle tente lamentablement d'expliquer ses propos, mais ramer dans le vide ne fait pas avancer.

Et c'est elle qui parle de "polémique" et de "récupération politique"? Ah, on oubliait : c'est la même qui avait prédit le chaos et des nuits d'émeute en cas de Nicolas Sarkozy.

Je me rappelerai toujours ce que m'avait répondu un ami à qui j'avais demandé, au matin du second tour de la présidentielle, pour qui il comptait voter. Il m'avait répondu : "Pour qu'à jamais, Royal demeure un nom de pizza, je voterai Sarkozy".

Et dire que j'ai voté blanc. Je n'aime pas Sarkozy, mais il rassure à côté de cette femme si malhonnête intellectuellement.

Par Le chafouin
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Mardi 1 juillet 2008

Pas le temps d'écrire sur le fond aujourd'hui. Juste deux faits, et deux questions :

- Le fait :

Le chef d'Etat-major de l'Armée de Terre, le général Cuche, a dû démissionner ce matin suite à l'accident déplorable survenu à Carcassonne de ce week-end. Selon Hervé Morin, il y a eu des dysfonctionnements graves qui sont à l'origine de la méprise entre balles réelles et balles à blanc.

- La question :

De deux choses l'une : soit ces dysfonctionnements sont propres à Carcassonne, et dans ce cas, pourquoi ne pas sanctionner le chef de la caserne locale, directement responsable? Soit les problèmes sont nationaux, et dans ce cas, on se demande pourquoi ne pas faire tomber le ministre de la Défense lui-même? Ces démissions comme solution aux problèmes, ça m'a toujours dépassé.

- Le fait :

Une vidéo tourne depuis ce matin sur les blogs, les médias en ligne, initiée par rue 89. Il y a fort à parier que ça va être le buzz de la semaine. On y voit Sarkozy discutant avec les journaliste de France 3, hier soir avant son passage à l'antenne. Embruns estime que ce n'est pas de l'info. Moi non plus. Il n'y a rien d'intéressant dans cette vidéo, que de l'eau apportée au moulin de ceux qui passent déjà leur temps à dauber sur le président. Il y a d'autres méthodes pour dénoncer une politique que l'on n'aime pas. En l'occurrence, cette vidéo n'est même pas pertinente. Ce n'est pas comme si Sarkozy avait dévoilé le nom du prochain sélectionneur des Bleus.

- La question :

Je la pose à notre courageux technicien de France 3 qui a diffusé la vidéo : l'aurait-il envoyée à rue 89 si Sarkozy avait dit un truc sympa sur France 3?

Par Le chafouin
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