XV de France : Modernisation politique sur la forme... en attendant les législatives pour en savoir plus sur le fond
Beaucoup de commentaires négatifs sur le gouvernement Fillon-Sarkozy annoncé ce matin à l'Elysée. Il s'agit certes essentiellement de symboles, d'effets d'annonce à moins d'un mois des législatives. Mais tout est-il à jeter là-dedans? Encore une fois, attendons les actes avant de juger... Et de chafouiner!
Comme dit la CGT, il n'y a guère de "nouveau" dans ce gouvernement : beaucoup d'anciens ministres et de ténors (Bertrand, MAM, Juppé, Borloo...) dans ce XV de France annoncé par Claude Guéant, bras droit de Sarkozy et nouveau secrétaire général de l'Elysée. Mais il y a bel et bien du neuf et de véritables raisons d'espérer. Sur le papier, bien entendu.
En premier lieu, la nomination d'un n°2 (quasi vice-premier ministre) du gouvernement à la tête de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, est un signe que les obligations de changer en la matière ont été prises en compte. Tout comme le pacte écologique du sieur Hulot. Le titre (ministre d'Etat) et son titulaire (le poids lourd Alain Juppé, qui nous revient tout neuf du Canada) montrent que Sarkozy ne veut pas prendre ce problème à la légère. D'autant que l'ex premier ministre Juppé a tout de suite annoncé un "Grenelle de l'environnement" pour l'automne.
Ensuite, l'ouverture promise a bien eu lieu, n'en déplaise au parti socialiste, décidément abattu par cette semaine à l'espace médiatique restreint pour Hollande and Co. Avec quatre membres du gouvernement issus de la gauche, d'abord : les socialistes Bernard Kouchner aux Affaires étrangères et Eric Besson secrétaire d'Etat à la Prospective économique et de l'évaluation des politiques publiques, l'ancien patron d'Emmaüs Martin Hirsch, nommé Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, et le copain du couple Hollande-Royal, un moment tenté par Bayrou avec ses amis "Gracques", Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes. Personnalités auxquelles il faut ajouter l'ex-UDF Hervé Morin, qui hérite de la Défense. Mais aussi les "sociaux" de la droite, Jean-Louis Borloo à l'Economie, les Finances et l'Emploi et Christine Boutin au Logement et à la Ville. Sans oublier la nomination de la chiraquo-gaulliste Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur, à l'Outre-mer et aux Collectivités territoriales, un poste-clef (saura-t-elle séduire les policiers comme elle l'a fait avec les militaires?).
Affichage, "manoeuvre", comme dénonce le PS? Ou réelle volonté de prendre en compte les diversités de notre société? Là encore, il faudra attendre avant de voir. Il est amusant de voir le PS affirmer, par la voix de son porte-parole Benoît Hamon, qu'il n'y a "pas de ministre de gauche" dans ce gouvernement. Forcément, Besson-le-traître-récompensé a claqué la porte et Kouchner vient de se faire virer. Mais l'arrivée de ces deux-là n'est, au fond, ni une surprise, ni un évenement. Symbole pour le second, qui est en fait capable de bosser avec tout le monde, et arrivisme pour le premier...
La parité annoncée, elle, n'est pas vraiment effective. Certes, on aura pour la première fois une ministre de l'Intérieur, MAM. Le porte-parole du gouvernement sera une porte-parole, la chiraquienne Christine Albanel, chargée de la Culture. Certes, sept ministres de plein exercice sur quinze sont des femmes. Mais si l'on ajoute les quatre secrétaires d'Etat et le Haut commissariat de Martin Hirsch, on arrive à 7 sur 20...
Les "amis" récompensés malgré tout
Et au rayon des déceptions, la promesse de ne pas "récompenser" les amis n'est que partiellement tenue. Certes, certains fidèles, comme Patrick Devedjian, ne sont pas là. On verra s'ils chercheront à se venger. Mais 7 des 20 nommés sont sarkozystes du premier et du second cercle : les porte-parole de campagne, Xavier Bertrand (Travail, Relations sociales, Solidarité), Rachida Dati (Justice) et Valérie Pécresse (Enseignement supérieur et Recherche), les fidèles parmi les fidèles, Brice Hortefeux (Immigration, Intégration et Identité nationale), Roselyne Bachelot (Santé, Jeunesse et Sports) et le sulfureux Roger Karoutchi (Relations avec le parlement), auxquels il faut ajouter le récent "converti" Eric Woerth (Budget, Comptes publics, Fonction publique). "Quelques touches d'originalité, mais beaucoup de continuité", commente avec justesse Jean-Christophe Cambadélis (PS Strauss-Kahn touch).
La vérité, elle, sera connue dès cet été, après les législatives et à l'annonce des premières mesures. Il sera intéressant de voir comment les promesse électorales de Sarkozy seront tenues par un gouvernement très divers, entre chiraquiens, sarkozystes, centristes et personnalités de gauche. Un équipe au sein de laquelle les tensions pourraient arriver au premier coup de vent. Mais imagine-t-on MAM parler de kärcher dans les banlieues ou instaurer des lois liberticides? Pense-t-on que Martin Hirsch se laissera ballader?
Après avoir fait campagne clairement à droite, avec par-ci par-là quelques propositions destinées à flatter le centre, Nicolas Sarkozy vient de rendre visite aux salariés menacés d'Airbus, à qui il a promis l'interdiction des parachutes dorés. Pendant ce temps, François Fillon visitait un centre d'hébergement pour femmes en difficulté...
Allez comprendre. Dès après les législatives, on saura s'il s'agissait ou non de poudres aux yeux! Après la nomination d'un tel gouvernement, qui sur la forme, introduit une "réelle modernisation de la vie politique" si l'on en croit le MoDémien Jean-Christophe Lagarde, la déception serait totale et le retour de bâton mérité.
P.S. : Et pendant ce temps... Ségolène Royal est en vacances en Tunisie! La candidate malheureuse à l'Elysée a le sens des priorités. Merci, madame, de continuer envers et contre tout à nous faire rire.
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