Mourir pour des idées
Voilà, ça y est. Benazir Bhutto est morte, tuée sous les coups des fanatiques psychopathes. Al Qaeda revendique le rôle, libre à lui. L'ex-premier ministre pakistanais, déjà visée par l'explosion d'une voiture-piégée dès son retour "d'exil", en octobre, n'a cette fois pas pu en réchapper. Elle a été tuée par un attentat-suicide perpétré lors d'un meeting électoral près d'Islamabad.
Inutile de gloser pendant des heures sur les raisons qui poussent ces tarés à tuer, violer, emprisonner au nom de Dieu. Leur logique paraît décidément étrangère à la raison. Comment stopper des types qui refusent de dialoguer, qui n'ont d'ailleurs pas de revendications, et qui sont prêts, à l'instar des kamikazes des Japonais, à mourir pour que leur combat soit victorieux? Qui sont prêts à la lutte totale? Comment arrêter des radicaux? Et puis la question n'est pas là, mais tourne plutôt autour de la notion de martyre. D'ailleurs, les partisans de Benazir comme les fous d'Allah prononcent ce mot. Mais la différence, c'est que l'homme qui a déclenché la bombe, lui, a subi un véritable lavage de cerveau. Il n'a pas vraiment choisi de mourir. Et il est mort par haine d'autrui.
Benazir Bhutto, elle, savait qu'elle allait mourir. Elle savait, et a continué sa route. Elle a accepté implicitement l'idée de sa fin, l'idée de l'accomplissement de son destin. "Je n'ai pas peur de la mort, je sais qui veut me tuer", avait-elle dit au soir de l'attentat manqué contre elle, qui a tout de même fait près de 200 victimes. Comment a-t-elle vécu entre octobre et hier, quel était son état d'esprit? Que se disait-elle le soir en se couchant? Elle savait pertinemment ce qu'elle faisait en voulant jouer à nouveau un rôle dans un pays qui a beaucoup changé depuis son départ en 1996. Un pays tenu par un despote soutenu par les Américains et honni par les islamistes qui gangrèent le pays. Un Pakistan au bord de la guerre civile. Elle savait ce qu'elle risquait, mais elle a persévéré.
Comment ne pas rapprocher ce cas de celui de tous ces antisyriens qui tombent, les uns après les autres, sous les balles et les bombes des antilibanais? Ils sont traqués, doivent se protéger, vivent dans la peur, mais ils ne changent pas de cap pour autant. Je pense aussi à ces catholiques chinois, pourchassés par le pouvoir, qui doivent vivre dans la clandestinité, célèbrer leur foi en cachette, inventer mille ruses pour déjouer la vigilance de la police. Leurs évêques, leurs prêtres, sont sans cesse arrêtés. Tout cela ne les arrête pas, on dirait même que ça les fortifie. Je pense aussi à Anna Politovskaïa, cette journaliste qui a bravé Vladimir Poutine, qui a voulu que la vérité triomphe, qui a voulu que l'information passe, et qui a récolté ce à quoi elle s'attendait : trois balles dans la tête. Elle s'y attendait, mais elle ne s'est pas couchée.
J'admire tous ces hommes, toutes ces femmes, qui luttent pour un objectif clair et net : mettre en accord leur pensée et leurs actes. Être fiers d'eux-mêmes. Être droits. Toutes ces personnes courageuses qui sont prêts à tout risquer, et donc à tout perdre, pour leur cause, leur idéal de bien, ou tout simplement leur liberté. Ces gens qui pourraient baisser les bras et "s'arranger" pour vivre malgré tout, mais qui persévèrent. Ces gens qui sont des exemples vivants de la différence qui existe entre l'homme et l'animal.
Je les admire d'autant plus que je doute de mes capacités à faire de même en pareille situation. J'ai essayé de me mettre intellectuellement à la place de Benazir Bhutto, mais rien à faire, je n'y arrive pas. Je crains même de manquer totalement de courage à ce niveau. Il faut dire que nous autres occidentaux, nous avons tendance à ressembler de plus en plus à ces Romains du quatrième siècle, qui étaient au crépuscule de leur puissance. Et n'ont rien fait pour repousser les barbares. Aveuglés, et comme obsédés par la réussite matérielle, écartés de toute transcendance, focalisés sur l'économie, la croissance et la consommation (ah pardon, j'oublie le championnat de Ligue 1 et la Star Académy), nous sommes devenus - globalement, s'entend - des mous, des décadents, préoccupés par nos petits placements, nos petits cadeaux, nos petites vies médiocres et sans sel. Certes, les droits, les libertés, les revendications de tous ceux qui meurent pour leurs idées, nous les avons déjà. Mais je prendrai un exemple simple, qui sera très parlant pour nous qui raillons sans cesse les Américains. Qui, parmi ceux qui lisent ces lignes, aurait été capable d'aller se battre en Irak si nos dirigeants nous y avaient envoyés? Qui aurait été capable de tenir un Famas, allongé dans le désert, assailli par des tarés en djellabah?
Pour le coup, en apprenant ce matin la mort de Benazir Bhutto - on a tendance, en vacances, à oublier d'écouter les informations, ça repose un peu - j'ai trouvé très impertinents nos débats à nous. Ces histoires de vacances de Sarkozy en Egypte (mais arrêtons d'être obsédés par cet homme!), ces histoires de Falcon de Bolloré, ces histoires d'heures supplémentaires qui ne vont plus devenir supplémentaires semblaient un peu dérisoires... On a les débats qu'on peut et ceux qu'on mérite, en quelque sorte!
Inutile de gloser pendant des heures sur les raisons qui poussent ces tarés à tuer, violer, emprisonner au nom de Dieu. Leur logique paraît décidément étrangère à la raison. Comment stopper des types qui refusent de dialoguer, qui n'ont d'ailleurs pas de revendications, et qui sont prêts, à l'instar des kamikazes des Japonais, à mourir pour que leur combat soit victorieux? Qui sont prêts à la lutte totale? Comment arrêter des radicaux? Et puis la question n'est pas là, mais tourne plutôt autour de la notion de martyre. D'ailleurs, les partisans de Benazir comme les fous d'Allah prononcent ce mot. Mais la différence, c'est que l'homme qui a déclenché la bombe, lui, a subi un véritable lavage de cerveau. Il n'a pas vraiment choisi de mourir. Et il est mort par haine d'autrui.
Benazir Bhutto, elle, savait qu'elle allait mourir. Elle savait, et a continué sa route. Elle a accepté implicitement l'idée de sa fin, l'idée de l'accomplissement de son destin. "Je n'ai pas peur de la mort, je sais qui veut me tuer", avait-elle dit au soir de l'attentat manqué contre elle, qui a tout de même fait près de 200 victimes. Comment a-t-elle vécu entre octobre et hier, quel était son état d'esprit? Que se disait-elle le soir en se couchant? Elle savait pertinemment ce qu'elle faisait en voulant jouer à nouveau un rôle dans un pays qui a beaucoup changé depuis son départ en 1996. Un pays tenu par un despote soutenu par les Américains et honni par les islamistes qui gangrèent le pays. Un Pakistan au bord de la guerre civile. Elle savait ce qu'elle risquait, mais elle a persévéré.
Comment ne pas rapprocher ce cas de celui de tous ces antisyriens qui tombent, les uns après les autres, sous les balles et les bombes des antilibanais? Ils sont traqués, doivent se protéger, vivent dans la peur, mais ils ne changent pas de cap pour autant. Je pense aussi à ces catholiques chinois, pourchassés par le pouvoir, qui doivent vivre dans la clandestinité, célèbrer leur foi en cachette, inventer mille ruses pour déjouer la vigilance de la police. Leurs évêques, leurs prêtres, sont sans cesse arrêtés. Tout cela ne les arrête pas, on dirait même que ça les fortifie. Je pense aussi à Anna Politovskaïa, cette journaliste qui a bravé Vladimir Poutine, qui a voulu que la vérité triomphe, qui a voulu que l'information passe, et qui a récolté ce à quoi elle s'attendait : trois balles dans la tête. Elle s'y attendait, mais elle ne s'est pas couchée.
J'admire tous ces hommes, toutes ces femmes, qui luttent pour un objectif clair et net : mettre en accord leur pensée et leurs actes. Être fiers d'eux-mêmes. Être droits. Toutes ces personnes courageuses qui sont prêts à tout risquer, et donc à tout perdre, pour leur cause, leur idéal de bien, ou tout simplement leur liberté. Ces gens qui pourraient baisser les bras et "s'arranger" pour vivre malgré tout, mais qui persévèrent. Ces gens qui sont des exemples vivants de la différence qui existe entre l'homme et l'animal.
Je les admire d'autant plus que je doute de mes capacités à faire de même en pareille situation. J'ai essayé de me mettre intellectuellement à la place de Benazir Bhutto, mais rien à faire, je n'y arrive pas. Je crains même de manquer totalement de courage à ce niveau. Il faut dire que nous autres occidentaux, nous avons tendance à ressembler de plus en plus à ces Romains du quatrième siècle, qui étaient au crépuscule de leur puissance. Et n'ont rien fait pour repousser les barbares. Aveuglés, et comme obsédés par la réussite matérielle, écartés de toute transcendance, focalisés sur l'économie, la croissance et la consommation (ah pardon, j'oublie le championnat de Ligue 1 et la Star Académy), nous sommes devenus - globalement, s'entend - des mous, des décadents, préoccupés par nos petits placements, nos petits cadeaux, nos petites vies médiocres et sans sel. Certes, les droits, les libertés, les revendications de tous ceux qui meurent pour leurs idées, nous les avons déjà. Mais je prendrai un exemple simple, qui sera très parlant pour nous qui raillons sans cesse les Américains. Qui, parmi ceux qui lisent ces lignes, aurait été capable d'aller se battre en Irak si nos dirigeants nous y avaient envoyés? Qui aurait été capable de tenir un Famas, allongé dans le désert, assailli par des tarés en djellabah?
Pour le coup, en apprenant ce matin la mort de Benazir Bhutto - on a tendance, en vacances, à oublier d'écouter les informations, ça repose un peu - j'ai trouvé très impertinents nos débats à nous. Ces histoires de vacances de Sarkozy en Egypte (mais arrêtons d'être obsédés par cet homme!), ces histoires de Falcon de Bolloré, ces histoires d'heures supplémentaires qui ne vont plus devenir supplémentaires semblaient un peu dérisoires... On a les débats qu'on peut et ceux qu'on mérite, en quelque sorte!
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