Merci, Carla!
On pourra dire ce qu'on veut sur Carla Bruni, sur la première interview accordée à son compère de l'Express Christophe Barbier, la nouvelle première dame de France a eu diablement raison de renvoyer le Nouvel Observateur dans ses buts au sujet du SMS à Cécilia.
Oui, on ne va parler que de cela, de cette petite phrase, "A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs?"
Et à vrai dire, le reste de l'ITV n'est pas passionnant. L'organisation du mariage avec Sarkozy, ses sentiments sur le monde politique, on s'en contrefiche. Franchement. A la limite, on est vaguement intéressé par ses justifications au niveau de sa relation aux médias. Par sa vision de ce que doit être une première dame de France. On se dit que peut-être, elle a compris qu'elle ne pourrait tout faire maintenant qu'elle a choisi d'emprunter cette "voie" sans doute difficile et risquée pour elle. Du moins, on l'espère naïvement...
Certes, Carla aurait pu, aurait dû éviter cette comparaison douteuse et choquante. Voilà où mène cette stupide habitude de certains, à gauche, de systématiquement fasciser l'adversaire. On voit peu de liens entre le fait de publier une information selon laquelle Nicolas Sarkozy aurait demandé à Cécilia de revenir (et on comprend que ça ne plaise pas à la nouvelle élue du coeur de l'élu), et le fait de publier des listes de noms de juifs. C'est de mauvais goût. On peut même s'étonner que l'Express ait laissé passer une telle idiotie. Bon, elle s'est excusée, paraît-il.
"Pathétique", répond chez Rue89 Michel Labro, directeur de la rédaction du Nouvel Obs'. Celui-ci estime que la sortie de la première dame est "parfaitement hallucinante, assez incroyable et pathétique", en résumé "parfaitement imbécile". Il s'étonne que dans la presse, peu de monde prenne la défense de son hebdomadaire, qu'il qualifie de "sérieux", et "reconnu".
Mais au-delà de cette polémique née de l'interview, c'est justement le problème : la crédibilité du Nouvel Obs'. Il a clairement franchi les bornes. Cette info, difficilement vérifiable, a été balancée sur internet sans même être signée autrement que par des initiales, rappelons-le. Quel courage! Alors peut-être que le journaliste qui a recueilli l'info est sûr de lui et peut justifier ainsi l'usage de l'indicatif plutôt que du conditionnel. Peut-être qu'il a vu l'un ou l'autre des téléphones de Cécilia ou de Nicolas. Mais on peut en douter.
Et au-delà du problème de la source, du recoupement, bref, de l'éthique de base du journalisme, se pose la question de l'intérêt en soi de l'info. Qui est proche du zéro, convenons-en. Michel Labro, d'après rue89, "s'étonne aujourd'hui du procès qui lui est fait pour avoir mélangé vie privée et vie publique, quand la femme du Président elle-même accorde "une interview où ligne par ligne on ne cesse de mélanger les deux allègrement". Oui, mais lui, il est journaliste! C'est à lui de faire le tri. Les "oui mais c'est lui qui a commencé", ça n'a aucun sens. On en reviendra toujours là : ok, Sarkozy a fait le premier pas en élargissant le cercle de sa vie publique une partie de sa vie privée. Certes, il a laissé les journalistes rentrer dans la brèche. Est-ce une raison pour céder à la tentation de confondre Closer et le Nouvel Obs'?
Gageons que l'histoire servira de leçon? On peut en tout cas dire merci à Carla Bruni, qui nous a donné un bon prétexte pour enfin parler ici de ce SMS, sans avoir l'air de basculer à notre tour dans le people. Pas mal, non?
NB : le Contre-journal a demandé à quelques blogueurs dits influents s'ils auraient publié l'info. On se demande pourquoi Laurent Gloaguen (Embruns) aurait un avis plus original que Tartempion sur la question, on se demande aussi pourquoi on n'interroge pas plutôt les directeurs de Marianne, de l'Express ou du Point, mais j'aime assez la réponse de Versac : "Première étape : quelle est la source, peut-on la recouper ? Vérifier l'information ? Deuxième étape : l'information est-elle d'importance ? éclaire-t-elle les choix politiques de notre président ? Est-elle susceptible d'influer sur son exercice du pouvoir ? Apporte-t-elle des éléments nouveaux nous permettant de juger de ce qui guide son action ?"