Les ficelles de l'info (2) : le journalisme-précipitation

Publié le par Le chafouin

Hier soir, 19h à la rédaction. Appel d'un des "chefs" du journal.

- Salut, on passera jeudi ton enquête sur machin chose si ça te dérange pas.

- Hein? Mais si ça me dérange. Je n'ai pas fini, j'ai deux interviews prévues la semaine prochaine, c'est impossible à décaler et je ne peux pas écrire sans ça.

- Désolé on l'avait prévu depuis lundi mais on avait oublié de te le dire. Tu te débrouilles, tu peux finir ça demain (aujourd'hui, note du chafouin). De toutes façons, on n'a pas le choix, on n'a pas de dossier pour la une.

- Cela veut dire que je dois bacler vite fait un travail que j'ai entamé depuis 4 mois, pour remplir un trou?

- Si tu as une autre idée on est preneur.

Voilà parfois comment ça fonctionne dans les rédactions. On sert juste à remplir une page. La plus-value humaine d'un travail de longue date, on s'en moque. C'est la conséquence logique du manque d'effectifs. Parce que manque de lecteurs. Et donc manque d'argent. Et donc qualité moins bonne et ainsi de suite : le serpent se mord la queue. Je ne parle pas de l'actualité, qui doit toujours être traitée dans l'urgence : on a l'habitude. Mais pour le sujets de fond, mieux vaut prendre son temps.

Finalement, j'ai réussi à sauver mon travail. Mais j'ai dû proposer un autre sujet, que je devrai finir avant ce soir. En plus de mon travail habituel, cela va sans dire. En une journée, ce sera forcément baclé. Je le sais, ce chef le sait aussi. Il ne m'en voudra pas. C'est pas grave, parce que le lecteur, on s'en fout!

Allez, continuez à faire confiance à ce qui est dit dans vos journaux, bien sûr. C'est toujours écrit par des gens détendus qui ont le temps, la compétence et le moyens nécessaires pour enquêter convenablement. Et jamais par des petites fourmis stressées par la chute des ventes, l'érosion de la crédibilité, le j'men foutisme ambiant et la tension sociale permanente.
 
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Publié dans Les ficelles de l'info

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L
tss, tss. Il y a trois ans, je suis passé par le même état. Résultat tu as une bonne ligne sur ton CV, un book et j'ai été embauché, preuve qu'il y a du travail. Sauf que je ne me suis pas mis à arrêter de ravailler juste parce que j'avais une situation plus stable.Cherche plutôt que de râler! ;)
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C
Et toi, tu es un jeune qui profite du système... salaud, va ! ;-) Je ne vois pas l'intérêt pour votre stagiaire, puisqu'il sera remplacé par un autre, et c'est la même chose dans tous les journaux. Du coup, avoir acquis une expérience ne sert à rien, puisqu'il n'y a pas de boulot ! Si, ça sert à avoir un pur CV pour postuler à l'étranger et se barrer de ce pays communiste.
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L
@criticusLe gouvernement gère de l'argent public, c'est ça la différence... Le privé fait ce qu'il veut du sien... Ceci dit tu me fais sourire avec "les vieux" journalistes, car il y a clairement un problème d'exploitation des jeunes et des précaires dans ce métier. Ce sont eux qui font tout le boulot... On a actuellement un stagiaire (non payé, évidemment) qui remplit quasiment le journal à lui tout seul. D'un côté c'est cool pour lui de pouvoir trouver une expérience mais c'est vraiment indigne de se reposer sur ceux qui débutent.Et concernant les patrons, oui je pense que dassaut agit dans le figaro, qu'etienne mougeotte est interventionniste. Que Bernard Arnaut le sera aux Echos.Les journaux nord américains sont clairement plus offensifs que les nôtres et je me demande effectivement à quoi ça tient. Sans doute sont ils plus indépendants de nature...
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C
« quand le sjournaux appartiennent à des riches industriels, ils deviennent manipulés »Contrairement à Cratyle, je ne pense pas que les journalistes se sentent une quelconque obligation envers celui qui les possède... regarde France Télévisions et Radio France, très critiques par rapport au gouvernement. Et puis, regarde les journaux nord-américains, sont-ils moins irrévérencieux que les journaux français ? Je suis d'accord avec toi sur le mécénat, mais il ne faudrait pas non plus que les journaux continuent à être des gouffres à fric... on ne peut pas appeler le gouvernement à faire preuve d'orthodoxie budgétaire et continuer à payer des vieux journalistes qui écrivent un papier par semaine, pendant que les jeunes font des stages gratuits ou des piges payées au lance-pierres... ;-)
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L
@AbstraitDes formes d'assises du journalisme, on en parlait récemment avec des collègues. Je suis entièrement d'accord avec toi. Il faudrait réfléchir à briser l'agenda (cela fera l'objet d'un prochain post, car la série sur les ficelles de l'info a vocation à enfler au rythme demon énervement) par exemple. A dire non à la connivence, à refuser le système de centralisaiton de l'info. Après, il y a aussi des questions économiques mais là je n'y comprends rien alors je laisse ça à d'autres.@CriticusD'un autre côté quand le sjournaux appartiennent à des riches industriels, ils deviennent manipulés donc... Mon rêve, c'est un système similaire au football, ou un fan absolu, du genre dreyfus ou abrahamovic, rachète un journal juste par plaisir, parce qu'il se sent une mission sociale, et engouffre sa fortune dedans. On peut rêver, non?
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