A côté de la plaque, non?
Peu avares en romantisme, nos défenseurs du terroir disent comprendre les raisons rationnelles qui poussent à adopter ce nouveau type de plaques (les voitures les garderont à vie, on supprimera les services administratifs gérant les cartes grises, et surtout, on évitera les plaques illisibles avec l'inflation du nombre de véhicules), mais préfèrent aller plus loin que la simple logique : "C'est une histoire de coeur, qui transcende les partis", lisait-on hier dans le jdd dans la bouche de l'initiateur du collectif, le député Richard Mallié. Il y a quelques mois, c'était le Pas-de-Calais qui avait initié une démarche similaire.
Pensez donc! Car que vont devenir les générations de marmots qui pour passer le temps, entre Dunkerque et Nice, s'exerçaient à reconnaître les numéros de département? Et puis, franchement, comment klaxonner un Parisien si on ne peut même plus le reconnaître? Vraiment, tout se perd...
Pour faire taire ces amoureux du "6-2, fils de...!", pour qui la plaque d'immatriculation est une partie intégrante de la France éternelle, le gouvernement a fait un geste. Et un beau. Comme vous le voyez sur la photo, un numéro de département pourra figurer facultativement dans un coin de la plaque. Et bien non! Nos nostalgiques des deux chiffres n'en ont pas encore assez.
Car ce qu'ils craignent par-dessus tout, nos exemples vivants du conservatisme, c'est qu'en touchant à ce symbole, on fasse un premier pas vers la suppression du département, préconisée par le défunt rapport Attali! "Je ne serais pas étonné que cette réforme soit un ballon d'essai pour tester les réactions des Français à ce sujet", explique, toujours dans le jdd, Pierre Allorant, maître de conférences à l'université d'Orléans. Pire, le député du Pas-de-Calais Michel Lefait estime que "les gens apprécient ces structures providentielles de proximité car elles versent de nombreuses prestations sociales. Et la proximité, c'est primordial, comme le démontre le succès du film de Dany Boon."
Non, Michel, ne confondons pas tout et ne me titillez pas sur ce point. Le film de Dany Boon, il a fonctionné grâce à un véritable rouleau-compresseur commercial, c'est tout. Quant aux départements, il est comique de les défendre en exhibant des plaques d'imatriculation, ou de se réfugier derrière des arguments tels que "les plaques, ça permet aux gens d'engager des conversations sur des aires d'autoroute". S'il n'y a plus que cela pour justifier le nombre effarant d'échelons d'autorités qui existent dans notre pays, ce collectif est... à coté de la plaque!
N.B. Pourtant il existe un vrai argument pour défendre ce système de plaque, et c'est un argument... policier et douanier. Comment les Douanes travailleront-elles aux frontières, si elles ne peuvent plus distinguer d'où viennent les véhicules? Pour les témoignages, également, la police devrait avoir quelques soucis. Car la première chose qu'on regarde, c'est le numéro de département. Simple question d'habitude?
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