BHL : la contre-enquête de rue89 snobée par les médias traditionnels
BHL soupçonné d'avoir en partie pipeauté un reportage au coeur de la Géorgie en guerre paru sur deux pages du Monde, voilà qui devrait faire les choux-gras de médias avides de petites phrases, de polémiques en tout genre et de "transparence".
Et pourtant, rien. Ou presque. Rideau, rien à voir, rien à dire sur le philosophe. Intouchable, BHL?
Pourtant, ce ne serait pas si compliqué : tout le travail a été effectué par rue89, qui a soupesé chaque mot de Bernard-Henri Lévy, pour le confronter au témoignage de témoins de sa virée géorgienne, ou tout simplement, à la réalité du conflit russo-osséto-abkhazo-géorgien.
Un exercice de "fact-checking" semblant démontrer que BHL n'est jamais allé à Gori, comme il le prétend. Une ville qu'il décrit toutefois comme "vidée", "pillée", "brûlée". Tout comme il aurait inventé d'autres détails, à la manière d'un romancier. Comme ce braquage, qu'il décrit précisément, alors qu'il n'y a pas assisté selon rue89.
Bref, quoi qu'on en pense de cette remise en cause de la véracité du récit de BHL, qui s'en défend bien naturellement, le travail de rue 89 est sur la table et mérite mieux que ce silence des médias traditionnels.
Mis à part des articles en ligne de Paris Match, Libé ou de 20 minutes, c'est l'omerta : même Le Monde garde le silence. Et encore, 20 minutes titre ainsi : "BHL part en Géorgie, le web part en croisade".
Une manière d'enfoncer une nouvelle fois le clou au sujet du web, réduit à un garnement incorrigible ne vérifiant jamais les faits, publiant toutes les rumeurs possibles et imagineables. Contrairement aux médias traditionnels, qui ne se laissent pas aller à ce genre d'horreur. Jamais!
Alors qu'il s'agit d'un problème déontologique majeur : peut-on publier dans un média de référence, sous l'étiquette "témoignage" (passant vite pour un reportage) le récit d'un intellectuel engagé et totalement partial dans ce conflit-ci? Déjà convaincu, avant de partir, que les Russes sont des grands méchants loups à combattre d'urgence?
Il y a plusieurs leçons à tirer de cette abstention des journalistes professionnels sur une telle information. Qui n'est pas d'importance capitale, mais qui n'est pas anodine, tant BHL représente en France une icône quasi néoconservatrice. Il est instructif de savoir que son éventuel bidonnage n'intéresse aucune rédaction. Peut-être est-ce parce que ce "témoignage" confirme la vision - clairement anti-russe - qu'ont eue la plupart des médias sur cette guerre, qui n'est pas encore terminée. Ou peut-être est-ce l'influence de BHL.
Jules de Diner's Room en tire quelques-unes, de leçons, et élargit le sujet aux différences qui existent entre blogueurs et journalistes. Et aux raisons qu'il y a de critiquer ces derniers.
Je ne participe que peu au média-bashing, car pour moi, il n'y a pas les "bons" blogueurs et les "méchants" journalistes. Il y a dans la critique systématique de la presse quelque chose d'excessif et souvent corporatiste de la part du web, De la même manière que le rejet du web participatif par les médias traditionnels, qui le considèrent à tort comme un rival, est ridicule. Etant à la fois journaliste et blogueur, je considère effectuer un travail tout à fait différent dans ces deux activités. Quand je suis journaliste, je ne suis pas là pour raconter ce que je pense du monde, mais comment je le vois, en toute honnêteté. Et j'espère, objectivité, même si ce mot est difficile à définir. Mon seul client est alors celui à qui s'adresse le message.
Les blogueurs, eux, ne prétendent pas à l'honnêteté. Ils sont clairement subjectifs, le revendiquent, et c'est que qui fait leur succès (relatif). Quand j'écris sur ce blog, je ne suis pas journaliste : je donne mon avis (souvent inutile) sur différentes choses, pour débattre. Je n'ai pas de "client" à satisfaire. Je ne "sors" pas d'informations.
Le combat web participatif VS médias classiques n'a donc pas vraiment lieu d'être : on peut regretter que par lâcheté, par révérence, par connivence, les médias en tant que système ne fassent pas leur travail correctement. De là à s'ériger en contre-pouvoir et en alternative à ces derniers, n'exagérons rien.
On peut néanmoins critiquer les médias au coup par coup : et sur celui-ci, je ne leur vois pas d'excuses valables poiur avoir "sêché" cette info.