Depuis quand le droit de grève est-il absolu?
Il y a de quoi être étonné après les déclarations de Nicolas Sarkozy visant à instaurer une forme de service minimum dans les écoles en cas de grève. La gauche et les syndicats trouvent là une belle occasion de se jouer les vierges effarouchées, alors que le droit de grève n'a jamais été absolu, et ne saurait d'ailleurs l'être.
Il n'en fallait pas plus pour irriter tout ce que la France compte de syndicalistes, d'enseignants et de membres de l'opposition. Nicolas Sarkozy, au terme hier d'une journée de mobilisation plutôt réussie dans la fonction publique et dans l'enseignement, a annoncé son intention de présenter un projet de loi visant à instaurer un droit d'accueil dans les écoles les jours de grève. Est également évoquée l'obligation pour les professeurs grévistes de se déclarer 48 h à l'avance.
On peut d'emblée constater que cette loi n'est pas coercitive, et n'entrave en rien la liberté des fonctionnaires de l'Education Nationale de se mettre en grève. Se déclarer deux jours avant un mouvement n'est pas gênant, et l'acueil des élèves dans les écoles ne remplacera pas les enseignements, et doit être vu d'avantage comme une aide précieuse pour les familles, qui ne cherche pas à "casser la grève". Bref, il s'agit typiquement du genre de mesure qui peut permettre un progrès, tout en ménageant le droit légitime des agents de l'Etat à se faire entendre sur leur statut et le contenu des enseignements.
La grogne des syndicats, si on lit bien les réactions au-delà du mouvement actuel, se situe à un autre niveau, c'est-à-dire au caractère quasiment sacré du droit de grève, qui serait absolu et ne pourrait donc connaître de limitation. Une interprétation quelque peu hâtive et erronée des textes, puisque le préambule de la Constitution de 1946 stipule que "le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le règlementent".
La conclusion nous vient de Toréador et se trouve dans la déclaration des droits de 1789, celle-là même sur laquelle les syndicats s'appuient : définitivement, la loi a le droit de réglementer et d'organiser le droit de grève.
"Art. 4. - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi."
L'indignation est donc purement et exclusivement politique, et de circonstance. Les enseignants ne digèrent surtout pas les propos du président au terme d'une journée sociale qu'ils estiment réussie. Ce n'est pas une raison pour faire dire à la Constitution ce qu'elle ne dit pas!