AFP, communiqués et journalisme

Publié le par Le chafouin

En vacances tout au long de ce beau pont de la Pentecôte (vive les fêtes religieuses), j'ai manqué ce beau débat sur l'indépendance de la presse, sur les accusations portées par l'UMP à l'encontre notamment de l'AFP, et sur la proposition de notre brillantissime ministre de la Culture et de la Propagande Communication, Christine Albanel.

Celle-ci a en effet osé, après que l'AFP ait soi-disant refusé de traiter un communiqué de l'UMP au sujet de la condamnation récente de Ségolène Royal pour non-rémunération de deux collaboratrices (lire ici la réponse de l'AFP), soumettre l'idée suivante : la création d'un "fil" AFP spécial, qui reprendrait tous les communiqués des partis.

Au-delà du sempiternel débat sur l'indépendance des médias à l'égard du pouvoir (l'AFP, à cet égard, n'est pas plus exempte des critiques que les autres), au-delà même de la polémique sur la pseudo mainmise de la droite sur les médias (ce qui est faux, en dépit de la paranoïa de la gauche à ce sujet), cette proposition et les réactions qui ont suivi montrent deux choses.

La première, c'est l'hostilité croissante au métier de journaliste, qui est toujours montré du doigt comme l'empêcheur de tourner en rond. "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt", dit l'adage. Il est toujours plus pratique, quand on est en colère, quand on est mécontent, de se retourner contre le média d'un message, c'est-à-dire le journaliste. Cela ne signifie pas que celui-ci soit hors de toute critique, je suis le premier à le dire, mais quand on voit la façon dont les blogs politiques parlent globalement de la presse écrite et des médias audiovisuels, on est souvent plus proche du café du commerce et du poujadisme que de la réflexion construite sur ce que devrait être le journalisme. De nombreux blogs se croient légitimes à donner des leçons perpétuelles aux journalistes, alors qu'ils ne font globalement que pomper leurs informations, qu'ils commentent à souhait. Ceci dit, la blogosphère n'est que le reflet de la population, qui fait de moins en moins confiance aux journalistes. Dans le même temps, il faut dire, ceux-ci préfèrent gaspiller leur argent dans la presse people que dans de la vraie information. Est-ce la conséquence de cette hostilité, ou au contraire, cette turpitude ne leur ôterait-t-elle pas toute légitimité pour critiquer?

Après tout, le pouvoir réagit de la même façon que son peuple : en difficulté au mois de janvier, Sarkozy avait rejetté la faute sur la presse, qu'il a tant instrumentalisée par le passé. Aujourd'hui que la droite est désorientée sur la conduite à tenir, c'est la même chose : c'est de la faute des médias, et de l'AFP. Qui est accusée de la façon la plus ridicule qui soit, c'est-à-dire de ne pas avoir diffusé un communiqué qui n'apportait rien de nouveau à une information déjà développée en long, en large et en travers.

C'est au fond le pire dans l'histoire : on veut supprimer cet intermédiaire gênant, le journaliste, pour s'adresser directement au peuple. Que les journaux publient les communiqués! Ce sera plus simple. Mais ce sera la Pravda.

Quand au deuxième point soulevé par cette affaire, c'est la méconnaissance profonde de ce qu'est l'AFP, et de son fonctionnement. D'abord, l'AFP n'a pas pour clients les individuels, comme vous et moi. Vous ne recevez pas chez vous de dépêches AFP, que je sache. Donc de toutes façons, vous dépendez de l'intermédiaire des autres médias. Et le plus gros client de l'Agence, au statut bizarre ni-public, ni-privé, c'est l'Etat. Ensuite, ce sont les médias étrangers. Enfin, ce sont les médias français. Et spécialement la PQR (presse quotidienne régionale), dont les pages informations générales sont la plupart du temps constituées de dépêches plus ou moins remises en forme.

Dans ces conditions, à quoi servirait ce "fil" communiqués, dans lequel il n'y aurait aucune lisibilité, aucune hiérarchisation? A informer la PQR des déclarations de l'UMP? A part les petits canards locaux, la plupart des médias reçoivent déjà tous les communiqués des partis.

Et quand une rédaction reçoit un communiqué, elle n'a aucune obligation à lui accorder une publicité. Croyez-moi sur parole : une rédaction en reçoit à la pelle, des communiqués. Chacun veut son petit mot, son petit bout de journal. L'association machin, le groupe d'étudiants chose, le parti truc... Un bon nombre d'entre eux finissent généralement directement à la poubelle. Les réactions aux décès de personnages publics, par exemple, qu'on reçoit en vingt exemplaires dans les minutes qui suivent l'annonce officielle. Comme si le quidam en avait quelque chose à faire de savoir ce qu'un élu local pense de Béjart ou de Pascal Sevran...

Conclusion : non seulement cette proposition est néfaste dans le fond, mais en plus, elle est totalement inutile sur la forme. D'où l'intérêt de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler...

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Publié dans Médias

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E
Quand je parle de pouvoir de la presse, c'est par exemple, en période électorale, la manière dont elle "matraque" certains hommes politiques, en les plaçant sans cesse en Une. Mais ne refaisons pas le match...Je n'ai pas dit que les médias ont fait l'élection.Les phénomènes médiatiques sont très complexes. On ne peut pas avoir un avis tranché sur la question. Mais, à mon avis, les médias n'exercent plus à fond la fonction de contre-pouvoir qu'ils avaient autrefois. Ils sont plus proche d'un pouvoir...
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C
Je trouve toute cette histoire complètement disproportionnée. A un tel point que j'ai presque des doutes sur la 'colère' de Lefèvre ou même de Sarko sur ce communiqué non repris.Mais au moins ça nous fait un intéressant billet du chafouin ;)
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L
@ericencore une fois tu n'étais pas visé... Pour moi le texte auquel je renvoie, et qui n'est pas écrit par toi, me semble un bon exemple. Il suffit de voir le mépris avec lequel nombre de blogs de gauche tiennent les médias pour s'en assurer. Tout se passe comme si les blogs était LA source d'info et que les médias était constitué de pauvres types malhonnêtes ne pensant qu'à sacraiser la droite en permanence. C'est totu simplement faux...Après, il est clair qu'il y a des soucis et notamment en matière d'investigation, come l'a dit l'auteur de ce texte fort justement. Ce qui m'amène à ne pas être trop d'accord (mais j'attends ton développement, peut-être que je me trompe) avec toi sur le pouvoir que tu prêtes à la presse. Les révélations ne fusent pas et la presse est souvent muselée par le "off". Il suffit de lire le livre de Ridet pour en voir une illustration parfaite.Le canard enchaîné ne constitue même pas un contre-exemple, ca rje suis persuadé que 9 fois sur 10, ses infos viennent soit des politiques voulant règler leurs comptes avec des rivaux, soit de journalistes d'autres médias ne pouvant pas balancer l'info dans leur canard.@FalconTu résumes parfaitement le débat! Leproblème, c'ets surtout la mauvaise foi de quelques journalistes, qui se croient militants. Et ils existent dans les deux camps.
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E
Un petite précision: quand tu dis que les blogs se<br /> croient légitimes à donner des leçons perpétuelles aux<br /> journalistes, tu t'avances un peu trop!Les blogs (comme le mien par exemple, qui est cité) essaient de "décrypter la presse", entre autres, et de la critiquer. La critique est aisée et l'art est difficile, me diras-tu. Mais la critique est utile, parfois!Donner des leçons, dire à tel ou tel ce qu'il devrait faire, c'est au dessus de mes capacités.Les blogueurs (les citoyens) s'expriment; ils prennent plaisir à cela; ils le font chacun avec l'honnêteté qui est la sienne; avec les moyens qui sont les siens, et avec le faible temps qui lui est aloué pour le faire.Enfin, pour en venir au fond, j'aimerais poser une question (et j'en parlerais bientôt sur mon blog!): si la critique se porte si durement sur les journalistes, n'est-ce pas parce que leur pouvoir s'est accru, à mesure que le pouvoir des politiques s'amoindrissait. Est-ce qu'aujourd'hui, le pouvoir politique n'a pas perdu quelques plumes au profit de ceux qui "font l'opinion" (les médias et leurs propriétaires) et de ceux qui cherchent à faire valoir leurs intérêts particuliers (les lobbyes et autres ONG)? Question à examiner...
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F
Bon billet. Marre de ces donneurs de leçons : quand on est à droite, on suppose que toute la presse est de gauche, les salops. Et durant la campagne électorale, c'était la critique globale de toute une presse salement Sarkozyste, les salops aussi...Bon billet. Bonne journée  
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