Laurence Ferrari, ce n'est pas non plus le Pérou
Alors que Laurence Ferrari est annoncée comme celle qui succèdera à PPDA dès la rentrée prochaine au prestigieux 20 h de TF1, il semble devenu de bon ton de s'extasier devant les formidables talents de la nouvelle muse du journalisme politique.
Il faut avouer que son émission "Dimanche +" avait le mérite de parler politique sur un ton nettement moins convenu que la moyenne. Et à une heure de grande audience. Espérons que la case demeurera chaque dimanche sur Canal.
Il faut également avouer que les airs de courtisan du monstre sacré de la télévision française, PPDA, ne nous manqueront pas. Comme Claire Chazal, David Pujadas, Christine Ockrent, Patrick Poivre d'Arvor se contente bien souvent d'utiliser ses questions comme introduction de la réponse de son interlocuteur, plutôt que comme une vraie technique journalistique ayant pour but de placer l'interviewé face à ses éventuelles contradictions. Et il y en a forcément, en politique. Au fond, PPDA est plus convainquant lorsqu'il présente des émissions littéraires. Ou qu'il écrit des bouquins sur la Bretagne.
Mais Laurence Ferrari est-elle vraiment d'une autre veine que ses illustres prédécesseurs? Le temps de son insolence envers Nicolas Sarkozy, au cours d'une interview mémorable, où elle posait sans relâche ses quesitons jusqu'à obtenir une réponse, est derrière elle. Quand on n'a rien à perdre, on se lâche. Quand on est au sommet, c'est plus risqué : pourquoi mécontenter?
Ainsi, hier par exemple, ai-je été très étonné de son interview de Rachida Dati, annoncée comme étant une exclusivité. Mais encore ne faut-il pas la gâcher, cette exclu! Aucune question gênante, pour une ministre sur le fil du rasoir. Des interrogations convenues sur le mariage annulé à Lille. Aucune question sur les frais de bouche du ministère de la Justice. En revanche, on a entendu celle-ci, très courageuse : "vous sentez-vous victime un lynchage?". Pour moi, c'est typiquement le genre de question à ne pas poser, surtout à un ministre. S'il veut le dire, très bien. Mais un journaliste n'est pas là pour tendre des perches. Il y avait donc, à coup sûr, une lise de quesitons interdites. "Tu veux que je vienne dans ton émission? Alors tu ne me pose pas ça, ni ça, ni ça".
Si Laurence Ferrari rentre là-dedans, le remplacement de PPDA ne sera qu'un joker d'image. Pas un changement de fond à attendre du côté de TF1.