Chirac-Sarko, qui est le looser?

En lisant des extraits du dernier livre de Pierre Péan, L'inconnu de l'Elysée, je me suis tout d'un coup aperçu du fossé qui sépare Jacques Chirac de Nicolas Sarkozy. L'un est honni des médias, caricaturé comme un looser fini, dont le seul mérite aura été de parler de la "maison qui brûle" et d'avoir reconnu la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des juifs. L'autre est adulé par l'intelligentsia parisienne, parce qu'il serait le premier homme de droite à ne pas être à gauche. Parce qu'il serait l'homme de l'action, celui qui tient ses promesses. Pas étonnant, dès lors, qu'on oppose sans cesse les deux hommes, pour élever le petit et rabaisser le grand.
12,8% pour Sarko en 1999
Et pourtant. Pourtant, il y a de quoi être songeur en étudiant la biographie des deux hommes. Jacques Chirac, sans cesse vilipendé pour son inaction, sa politique désastreuse, peut pourtant se retourner et regarder son passé avec une certaine satisfaction. Il a fait la guerre d'Algérie. Il a été quatre fois secrétaire d'Etat, deux fois ministre de l'Agriculture, une fois ministre de l'Intérieur, deux fois premier ministre. Député de Corrèze, président du conseil général du même département, maire de paris pendant 18 ans. Elu président de la République à deux reprises. Certes, il a dissous l'assemblée nationale en 1997. Echoué dans sa volonté de ratifier la constitution européenne par référendum. Commis de belles boulettes pour le plus grand plaisir des Guignols.
Mais Sarkozy, lui, où sont ses titres de gloire? Il a piqué la mairie de Neuilly à Pasqua pendant que celui-ci était opéré d'une hernie, en 1983? Il a négocié avec le preneur d'otages de l'école maternelle de Neuilly, en 1993? Sarkozy a surtout redoublé sa 6ème, échoué au concours d'entrée de l'IEP de Paris, parié sur Balladur en 1995, réalisé un score minable aux européennes de 1999 (12,8% des suffrages, derrière de Villiers et Pasqua qui avaient réuni 13,1% des voix). Chirac a tué politiquement Chaban-Delmas, Giscard, Barre, Seguin, Balladur, Pasqua. Sarkozy, lui, est sorti de l'oubli en 2002, après trois ans de coaching en communication. Est devenu ministre de l'Intérieur, a géré la police comme un ministère de l'Education nationale et en a fait un marchepied vers la gloire. Ses amis sont de grands esprits : Hortefeux, Fillon, Raffarin...En réalité, il ne manque qu'une ligne à la biographie de Sarkozy : être battu par Bayrou (prononcer : Baïrou) à la présidentielle, ce qui est probable si le Béarnais double Ségo sur sa gauche et se qualifie pour le second tour. ça, ça aurait de la gueule!