Laïcité ou anticléricalisme?

Publié le par Le chafouin

A lire le dossier consacré aujourd'hui par Libération à la défense de la laïcité, on se demande où sont les vieux, les conservateurs, les inquiets. Je n'ai pas dit les intégristes, même si j'ai failli. Ou plutôt si, on le sait puisqu'ils y sont énumérés. Pardi! Ils sont à la CGT, au Grand Orient de France, à la Libre Pensée, à la FSU, à la Ligue des droits de l'homme, tous signataires "institutionnels" de ce fameux "appel laïque" qui a recueilli pas moins de 100 000 signatures depuis les discours de Sarkozy au Latran puis à Riyad. Franchement, qui aurait pensé que la Libre Pensée, adepte de la pendaison systématique de tous les croyants, allait réagir autrement aux propositions de Nicolas Sarkozy? Libé soutient l'appel, Laurent Joffrin, pas tellement si l'on en croit son édito mou et peu convaincu. Au fond, Sarkozy a réveillé les vieux réactionnaires endormis!

Plus ça va, plus je pense qu'il y a du fantasme anticlérical dans tout cela. Car laïque, d'après la définition - à mon avis bonne - donné par Wikipédia, désigne "un partisan ou un militant de la laïcité, c'est-à-dire de l'indépendance de la société civile à l'égard des institutions religieuses, et du domaine religieux de façon générale". Mais dites-moi, Sarkozy a-t-il appelé à confondre sphère politique et sphère religieuse? A-t-il décidé de mettre en avant ses convictions (imaginer que notre président a des convictions religieuses est d'ailleurs ubuesque) lorsqu'il décide en tant que chef d'Etat?

La réponse est non. Les pétitionnaires n'entendent que ce qu'ils veulent entendre. Ils oublient par exemple ceci, que le président a déclaré avec force à Riyad : "en tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre. Je dois les respecter toutes, je dois garantir que chacun puisse librement croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans la dignité. Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas. J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines. " Alors, en danger, la laïcité?

Pas vraiment. Au demeurant, nos amis "laïques" tiquent essentiellement sur cette prétendue supériorité que Sarkozy aurait donnée au curé sur l'instituteur. Ce qui relève du révisionnisme coupable. Le président a constaté la réalité, à savoir que jamais, au grand jamais l'instituteur ne pourra replacer le curé dans la définition du bien et du mal. Pourquoi? Tout simplement parce que ce n'est pas son rôle! L'Etat est la pour instruire, pas pour éduquer. Le bien et le mal, ce n'est pas son job. Il existe sans doute une morale laïque, une morale athée, mais ce n'est pas à l'instituteur de la définir : sinon, ce serait justement là une atteinte à la laïcité.

Deuxième chose qui chagrine nos bien-pensants : le fait que Sarkozy ait déclaré que le pays avait besoin de croyants. Alors qu'il n'a pas dit ça! Seulement que la France avait besoin de croyants pleinement croyants! Que les idéologies, contrairement aux religions ne permettent pas de "trouver un sens à l'existence" et ne "répondent pas aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort". Où est le faux là dedans? Que sont ces phrases, à part des évidences, formulées à un président à des chrétiens? La pensée de Sarkozy, c'est qu'il n'y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial et considérer le fait spirituel avec bienveillance, en se disant qu'à la limite, on a tout à gagner à avoir beaucoup de citoyens qui professent l'amour des autres. J'ai bien dit qui professent. Ce qui ne veut pas dire que les athées, par exemple, sont contre l'amour. Les athées ne sont pas exclus. Au fond, c'est ça qui chagrine l'appel laïque, c'est cette bienveillance? L'indifférence est-elle une meilleure solution?

Il y a un truc de bien, dans le dossier de Libé, c'est l'analyse selon laquelle le retour du religieux suscite un retour de l'antichristianisme. «Je sens monter dans la société des bouffées d’antichristianisme beaucoup plus fortes qu’il y a quelques années et je vois naître vis-à-vis de la religion un phénomène de curiosité bienveillante tout à fait nouveau. Les deux phénomènes coexistent. De ce point de vue, la situation française est très originale», y analyse Jean-Pierre Denis, directeur de rédaction de l'hebdomadaire chrétien La Vie. Cela paraît sensé.

Ce qui me gêne, c'est que bon nombre de gens avec qui on discute de ces questions ne sont pas crédibles car dans le fond, on voit bien qu'ils considèrent la religion avec méfiance. Comme un vague truc qui sclérose la pensée. Comme un instrument de manipulation des masses. Pour ceux-là, au fond, la laïcité est une bonne excuse pour lutter contre la religion. Dès qu'il est plus ou moins question de Dieu, cela bute sur le mur qu'ils ont installé dans leur cerveau. Alors si Dieu arrive dans le débat public, ça chauffe!

Quant à cette histoire de félicitations envoyées par la présidence à quatre diacres du Bon Pasteur nouvellement ordonnés, cela frise le ridicule. Dans le papier de Libé, Jacky Durand (que je croyais coureur cycliste) ne sait même pas faire la différence entre traditionnalistes et intégristes. Franchement, quand on ne comprend rien à rien, pourquoi on ne se tait pas?

EDIT : Authueil relève que tout le débat provient d'un hiatus sur la définition du mot laïcité. J'adhère à celle qu'il propose : la laïcité, c'est "la neutralité de l'espace public qui ne doit prendre parti pour personne, qui ne doit donner à aucune religion, ni à aucune idéologie la possibilité d'imposer à la collectivité ses propres schémas de pensée. Chacun doit pouvoir croire ce qu'il veut, ou ne pas croire, sans que cela ait la moindre conséquence, ni positive, ni négative."

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Publié dans Société

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T
dominique03 :"comme il faut être agriculteur pour recevoir le mérite agricole," pas du tout ! je connais quelqu'un qui l'a eu qui n'a jamais du aller dans une ferme !Quant à la sainteté, je rejoins tout à fait ce que dit Chafouin ; cependant il est clair que pour être déclaré Saint, il y a un processus long initié par l'eglise catholique...
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L
@Dominique- D'abord, je pense qu'il est faux de dire qu'il faut être catholique pour accéder à la sainteté... Quelqu'un qui fait le bien toute sa vie est saint. La sainteté, c'est le fait d'accéder au paradis, de rentrer dans la "gloire de Dieu"... Là, nous ne parlons d'ailleurs pas tant catholicisme que religion... Je crois qu'il existe une loi naturelle, qui permet effectivement à tout homme de savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Voler, tout le monde sait instinctivement que c'est mal, par exemple. ET cette loi naturelle, l'école laïque est tout à fait apte à la transmettre aux enfants, même si à mon avis, ce n'est pas son rôle. Passons.Ceci dit, à l'ère du relativisme le plus absolu, quel crédit apporter à la morale laïque? Va-t-elle changer tous les ans? Je suis persuadé que la distinction entre le bien et le mal n'est pas si facile à faire aujourd'hui. J'aime lorsque Sarkozy dit, en substance parce que je n'ai plus la citatin exacte, qu'il faut à côté du tumulte de la politique, et des changements, des gens qui proposent un chemin balisé, intangible. Qui sont là comme des gardiens, en quelque sorte, et qui résistent aux appels de pseudo modernité et à la démagogie. Bref, le Bien et le Mal, ce ne sont à mon avis pas de notions qui sont là pour nosu faire plaisir, mais qui prééxistent à l'homme. Mais là dessus, c'ets uen question de foi, bien sûr...- sur le sens à l'existence et le mystère de la mort : pour moi, la mort n'est pas non plus un mystère (même s'il y a des interrogations) et le sens de mon existence, c'est de m'y préparer... Et le vôtre, vous qui l'avez trouvé?
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D
Seules les religions permettraient de donner un sens à l'existence et  de répondre à la question fondamentale du mystère de la mort :je peux témoigner que j'ai pour ma part, après divers errements, trouvé quel sens avait mon existence et qu'il n'y a pas pour moi de mystère de la mort : on verra bien en temps utile. En attendant, il n'y a pas à spéculer. 
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D
Le débat étant passionnel, les compléments que vous apportez aux propos du président ùe satisfont (je prendrais quand même la peine de vérifier les citations).Restent deux questions en suspens :la première : Pouvez-vous précisez ce que vous entendez par bien et mal ? J'ai reçu une éducation à  l'école laïque : à la lumière de ce qu'on m'y a enseigné, je perçois assez clairement ce qui est bien et ce qui est mal. La loi a rebondi sur ces notions pour sanctionner.Ce que j'ai appris au catéchisme du bien et du mal, c'est plutôt la différence entre le Bien et le Mal. Je me souviens encore de cette discussion sur la saintenté : pour moi, je ne voyais pas pourquoi quelqu'un qui aurait toute sa vie fait le bien autour de lui ne pouvait pas accéder à la sainteté. Il m'a été répondu qu'il fallait être catholique pour accéder à la sainteté : comme il faut être agriculteur pour recevoir le mérite agricole, en somme.Jusqu'à ce que vous me démontriez le contraire, je reste convaincue que je sais faire la différence entre le bien et le mal et que les élements les plus valablesqu im'ont été fournis pour me prononcer sur le sujet l'ont été par l'école laïque/- pour la 2e, je recherche le propos qu'i m'a surprise et poste un autre commentaire
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L
@ThaïsTu me flattes... Je n'aurais jamais dû me confier sur la rousseur de mes poils barbesques ;)Cela rassure les journalistes d'appliquer une même réaction quand telle ou telle personne parle. Ce qui est drôle dans le cas de JP II, c'est qu'en revanche lorsqu'il est mort, tout le monde avait oublié ces histoires de chasteté!- Certes, les vies de saints du type charles de foucauld (ou françois d'assise) sont intéressantes parce que son parcours à lui est exceptionnel et c'est une leçon pour tout le monde... Mais pour l'abbé Pierre, j'avais mal pris cette révélation, sans avoir lu non plus le livre. Il y a un côté "scandale" là dedans. On a une responsabilité sur ce qu'on écrit, sur le choc que ça peut produire... Je ne pense pas que médiatiser ses propres turpitudes soient une bonne idée quand on est quelqu'un de ce niveau là. On se doute l'effet que ça peut produire...- Pour revenir au message et au débat initiaux, je crois que ceux qui considèrent que la religion est un enchaînement se fichent un peu de l'exemplarité. J'ai discuté avec "dominik" sous l'article "éduquer ou instruire", et tu sens bien qu'il n'y a pas de discussion possible sur le fond des choses. Je respecte son opinion! Mais sur ce coup-là, j'ai bien remarqué que c'était la notion même de transcendance, associé à celle de clergé, qui posait problème dans son esprit. Dès lors, comment discuter et s'entendre sur la laïcité avec des gens comme ça? Il y aura toujours un hiatus de départ, comme l'a souligné Authueil...
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