Affaire Sébire : il est urgent d'attendre

Publié le par Le chafouin

Voilà, Chantal Sébire est décédée hier soir à son domicile situé près de Dijon. Qu'elle soit en paix. Désormais, puisqu'elle est devenue un symbole, l'ADMD n'aura de cesse de se servir de cette femme afin de réclamer à cor et à cri une nouvelle loi.

Les médias soutiennent ce "mouvement" de manière totalement partiale. Regardez Le Monde par exemple. Ce n'est pas du journalisme, mais du parti pris. Ces gens-là n'ont aucune éthique, ils vont là où le vent souffle, sans se poser de question, ni réfléchir. Ils ne prennent aucun recul sur les choses. Ils sont en complète empathie avec le sujet dont ils parlent.

Ainsi, dans l'article susvisé, on est surpris d'apprendre ceci :

 

Ces spécialistes ne cachent pas leur très vif étonnement au vu de l'absence, durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade. Ils indiquent que la maladie dont souffrait Mme Sébire (un esthesioneuroblastome ou neuroblastome olfactif) ne peut être qualifiée d'incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce. Les taux de survie sont de l'ordre de 70 % cinq ans après une intervention, quand les troubles sont pris en charge assez tôt, affirment ces experts.


D'autant que le même journaliste, auteur du même article, écrit quelques lignes plus tard :

Le cas de Chantal Sébire, soutenu par l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, a relancé le débat sur l'euthanasie en illustrant les limites de la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie. Celle-ci ne permet pas de répondre aux personnes en situation d'incurabilité qui réclament le droit de mourir en toute conscience.

Alors, schyzophrénie? Panurgisme, plutôt. Cette phrase signifie, en fait : la loi Leonetti de permet pas de solution à ceux qui refusent de profiter des mesures qu'elle propose... De la même façon que le Code de la route n'offre pas de solution à celui qui veut griller les feux rouges!

Pourquoi parle-t-on de fin de vie? Pourquoi parle-t-on de maladie incurable? Pourquoi établit-on un lien avec la loi Leonetti? Pourquoi cherche-t-on à distiller la confusion dans les esprits, en jettant volontairement le flou sur les notions d'euthanasie, d'acharnement thérapeutique et de suicide? Le gouvernement temporise pour le moment, en demandant à Jean Leonetti de faire le bilan de la loi portant son nom et votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Il y a eu unanimité il y a moins de trois ans, et il faudrait modifier ce texte excellent, qui établit une distinction entre euthanasie et arrêt de l'acharnement thérapeutique? Non. Il est probable que l'exécutif soit plutôt en train de gagner du temps.

Moi, j'attends toujours qu'on nous explique ce qu'est une mort digne. Qui peut juger de la dignité d'une mort, plus que d'une autre. Et si la tyrannie de la volonté individuelle, érigée, en norme suprême, doit s'imposer à la collectivité.

Sur cette affaire, il faut encore une fois lire Authueil, car tout est dans ce paragraphe :

Sur ce sujet, il faut que les parlementaires sachent résister aux pressions médiatiquement bien organisées. Chantal Sébire, c'est une très belle opération de lobbying, parfaitement orchestrée par l'ADMD, qui, comme par hasard, vient de lancer une grande campagne auprès de ses adhérents, pour qu'ils envoient tous à leur député un petit carton pré-rempli, façon "contribuables associés". On légifère pas sous le coup de la pression de l'émotion provoquée par des images choc au JT.

Publié dans Société

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le chafouin 04/06/2008 14:09

@ThaïsJ'ai enfin vu ton commentaire! ;) Il avait échappé à ma vigilance...Il y a des polémiques depuis plusieurs mois en suisse concernant dignitas, effectivement, pour les nuisances qu'ils causent aux voisinages de leurs implantations (il font ça parfois dans des camionnettes, en forêt...), et puis aussi pour leur histoire d'étouffement dans des sacs plastiques (cf mon autre billet). Les dérives sont là : j'ai touours pensé qu'il n'y avait pas de différence de prinicpe entre supprimer un malade en phase terminale et un dépressif. Si c'est la VOLONTé qui est le critère décisif, il n'y a pas de raison d'atablir de distinction...

Thaïs 03/06/2008 19:52

Dans le NO de la semaine dernière (plus en ligne à ce jour) un article s'intitule "Mort sur facture". Nous apprenons qu'avec l'association Dignitas (qui sévit en Suisse) on peut mourir pour 6000 euros.(De nombreux étrangers viennent ) Je peux y lire "Cela fait longtemps déjà que l'association ne se contente plus d'apporter le repos éternel aux patients condamnés par la médecine. Les veufs inconsolables, les personnes agées isolées, les dépressifs, comme dit Erika Lulley ont aussi droit à leurs prestations". (comme quoi l'idée de dérive n'est pas insensée) Et on apprend que l'association est régulièrement chassée des appartements qu'elles louent car les voisins ne sont pas friands de cercueils...Un autre petit article fait état de l'adhésion de Chantal Sébire à Dignitas quelques jours avant sa mort et que le produit retrouvé lors de l'autopsie est régulièrement utilisé par cette association.Brrr

ppscouby 22/03/2008 00:39

oups... désolé pour les fautes grossières

ppscouby 21/03/2008 22:45

La grande erreur de certain est de vouloir réservé le soins palliatifs au temps des derniers jours et de l'agonie. C'est une erreur que l'on constate au quotidien (appel des médecins dans les derniers jours...) et qui finalement dans certains cas amènent à l'échec de l'accompagnement (pas le temps rencontrer les patients et les familles, d'instaurer une relation de confiance, laissant place souvent au seul traitement dans l'urgence de symptômes difficiles). Plus les équipes de SP interviennent tôt dans la maladie de la personne et connaissent les familles, plus il sera facile d'avoir un accompagnement de qualité. Il n'y a de ce fait pour nous acteurs des soins palliatifs, pas de frontière entre d'un côté les soins curatifs de l'autre les soins palliatifs mais une continuité ou tout doucement l'un laisse la place à l'autre (dans les cas de non rémission). Les soins palliatifs s'intègre ainsi tout naturellement dans ce que l'on appelle les soins de support : c'est à dire la prise en charge dès l'annonce d'un diagnostic mortel.

Cochise 21/03/2008 09:43

 
"Laissez la police faire son travail, dès que nous aurons de plus amples informations,croyez bien que vous en serez les premiers informés..." ;)